Dénomination et classification
Le nom kanien’kéha désigne la langue dans la langue elle-même ; il est apparenté à Kanien’kehá:ka, nom que se donne la nation, souvent rendu par « peuple du silex ». En français, la langue et la nation sont désignées par le terme mohawk, attesté dans les dictionnaires usuels du français québécois. L’orthographe de l’endonyme varie selon les conventions et les signes diacritiques retenus (Kanien’kéha, Kanien’kehá, kanien’keha).
Le kanien’kéha appartient à la famille iroquoienne, plus précisément à la branche des langues iroquoiennes du Nord. Il est apparenté aux autres langues des nations de la Confédération haudenosaunee, notamment l’oneida, l’onondaga, le cayuga et le seneca, ainsi qu’au wendat. Il est souvent présenté comme la langue iroquoienne comptant le plus de locuteurs au Canada.
Son code ISO 639-3 est moh.
Les linguistes distinguent généralement trois grands groupes dialectaux :
- un dialecte de l’est ;
- un dialecte central ;
- un dialecte de l’ouest.
Les différences portent surtout sur la prononciation et sur certains éléments du vocabulaire ; l’intercompréhension entre les variétés reste élevée.
Aire et communautés
Le kanien’kéha est parlé dans plusieurs communautés kanien’kehá:ka situées de part et d’autre de la frontière canado-américaine et de la limite entre le Québec et l’Ontario.
Au Québec
- Kahnawà:ke, sur la rive sud du Saint-Laurent, en face de Montréal, dans la région administrative de la Montérégie ;
- Kanesatake, sur la rive du lac des Deux Montagnes, près d’Oka, dans la région des Laurentides ;
- Akwesasne, communauté dont le territoire chevauche le Québec, l’Ontario et l’État de New York. Selon le recensement de 2021, plus de 700 personnes y parlent le mohawk à la maison.
En Ontario
- Six Nations de la rivière Grand ;
- Tyendinaga, sur la baie de Quinte.
La langue est aussi présente dans des communautés kanien’kehá:ka de l’État de New York.
Selon le gouvernement du Québec, de nombreux Mohawks parlent le kanien’kéha, tandis que l’anglais demeure la principale langue d’usage de la nation et que le français est parlé par un nombre croissant de ses membres. Cette situation de contact entre trois langues caractérise l’environnement sociolinguistique des communautés québécoises.
Vitalité, locuteurs et transmission
Locuteurs
Le nombre de locuteurs du kanien’kéha est estimé à environ 2 400 pour l’ensemble des communautés du Québec et de l’Ontario. Les chiffres varient selon la mesure retenue (langue maternelle, connaissance de la langue ou usage à la maison) et selon le territoire couvert. Statistique Canada publie des données sur l’ensemble des langues iroquoiennes, qui ne correspondent pas à un décompte propre au kanien’kéha. À Akwesasne, le recensement de 2021 dénombre plus de 700 personnes qui parlent le mohawk à la maison.
Statut de vitalité
La langue est considérée en danger : une partie importante des locuteurs de langue maternelle appartient aux générations âgées, et l’anglais domine l’usage quotidien. La transmission intergénérationnelle au foyer s’est affaiblie au cours du XXe siècle, sous l’effet notamment des pensionnats et de la scolarisation en langue anglaise.
Enseignement et revitalisation
Le kanien’kéha fait l’objet de programmes d’immersion considérés comme pionniers depuis les années 1980, en particulier à Kahnawà:ke, où des écoles enseignent aux enfants en kanien’kéha.
À Kahnawà:ke, le Kanien’kehá:ka Onkwawén:na Raotitióhkwa Language and Cultural Center œuvre depuis 1978 à préserver et à enrichir la langue et la culture. Son programme d’immersion pour adultes, Kanien’kéha Ratiwennahní:rats, lancé en 2002, forme de nouveaux locuteurs adultes appelés à transmettre à leur tour la langue dans leur famille et leur communauté. Le Conseil mohawk de Kahnawà:ke soutient également des activités linguistiques et culturelles.
Ces initiatives visent à reconstituer une communauté de locuteurs de seconde langue et à rétablir la transmission entre les générations.
Écriture et orthographe
Le kanien’kéha s’écrit en alphabet latin. Son inventaire graphique est restreint et reflète l’inventaire sonore de la langue :
| Catégorie | Graphèmes |
|---|---|
| Voyelles orales | a, e, i, o |
| Voyelles nasales | en, on |
| Consonnes | h, k, n, r, s, t, w, y |
| Coup de glotte | ’ (apostrophe) |
Plusieurs lettres de l’alphabet français sont absentes de l’orthographe standard, notamment b, f, l, m, p, v et z, à l’exception de certains digraphes.
Les signes diacritiques notent la prosodie :
- l’accent aigu marque la voyelle accentuée avec un ton montant ;
- l’accent grave marque un ton descendant ;
- le deux-points note l’allongement de la voyelle, comme dans ohén:ton « devant » ou Kahnawà:ke ;
- l’apostrophe représente le coup de glotte, comme dans Kanien’kéha.
L’écriture est une pratique vivante : elle sert à l’enseignement, à la signalisation, à l’édition de matériel pédagogique et à la toponymie. Les conventions orthographiques peuvent varier légèrement d’une communauté à l’autre, en particulier dans l’usage des accents et de la notation des nasales.
Caractéristiques linguistiques
Comme les autres langues iroquoiennes, le kanien’kéha est une langue polysynthétique : un seul mot verbal peut exprimer le contenu d’une phrase entière en français. Le verbe y occupe une place centrale et se construit par l’ajout de préfixes et de suffixes à une racine.
Parmi les traits notables :
- un système de préfixes pronominaux qui indiquent à la fois l’agent et le patient de l’action, avec des distinctions de nombre (singulier, duel, pluriel) et d’inclusivité ;
- l’incorporation nominale, procédé par lequel un nom s’insère dans le verbe ;
- un inventaire consonantique sans consonnes labiales, ce qui explique l’absence de lettres comme m, p ou b dans l’orthographe ;
- deux voyelles nasales, notées en et on ;
- un rôle distinctif de l’accent, du ton et de la longueur vocalique.
De nombreux toponymes du sud-ouest du Québec et de l’Ontario proviennent de la langue, à commencer par les noms des communautés elles-mêmes, comme Kahnawà:ke et Akwesasne.
Histoire et politiques linguistiques
Le kanien’kéha est la langue de la nation kanien’kehá:ka, l’une des nations fondatrices de la Confédération haudenosaunee, dont le territoire traditionnel se situe dans la vallée de la rivière Mohawk et s’étend jusqu’au fleuve Saint-Laurent. Les communautés de Kahnawà:ke, de Kanesatake et d’Akwesasne se sont établies dans la vallée du Saint-Laurent sous le Régime français.
Aux XIXe et XXe siècles, les politiques d’assimilation, notamment les pensionnats et l’enseignement en anglais, ont réduit la transmission familiale de la langue. Dans les communautés québécoises, l’anglais s’est imposé comme principale langue d’usage.
À partir de la fin des années 1970, les communautés ont pris en main l’enseignement de leur langue. La fondation du centre linguistique et culturel de Kahnawà:ke en 1978, puis la mise en place de programmes d’immersion dans les années 1980, ont fait du kanien’kéha un exemple souvent cité de revitalisation menée par la communauté. Le programme d’immersion pour adultes de Kahnawà:ke, créé en 2002, a prolongé ces efforts.
Sur le plan fédéral, la Loi sur les langues autochtones, adoptée en 2019, reconnaît le droit des peuples autochtones à se réapproprier et à revitaliser leurs langues. Les gouvernements du Québec et du Canada financent par ailleurs des initiatives linguistiques et culturelles dans les communautés kanien’kehá:ka.