Dénomination et classification
Le nom wendat est l'endonyme de la langue et de la nation qui la parle. Les sources françaises anciennes emploient le terme « huron », et l'usage contemporain retient aussi la forme composée « huron-wendat », consignée dans la Vitrine linguistique de l'Office québécois de la langue française. La langue est désignée par le code ISO 639-3 wya.
Le wendat appartient à la famille iroquoienne, plus précisément à sa branche du Nord, qui regroupe notamment le kanien'kéha (mohawk), l'onondaga, l'oneida, le seneca, le cayuga et le tuscarora. Il est donc apparenté aux langues parlées dans les communautés kanien'kehà:ka du Québec, comme Kahnawà:ke, Kanehsatà:ke et Akwesasne, mais il se distingue nettement des langues algonquiennes parlées par la majorité des autres Premières Nations du Québec (innu-aimun, atikamekw, cri de l'Est, anicinàbemowin, entre autres).
La revitalisation actuelle tire parti de cette parenté : la comparaison avec les langues iroquoiennes encore parlées aide à interpréter les formes anciennes consignées dans les archives.
Histoire et territoire
Le territoire d'origine des Wendats, appelé Wendake (souvent désigné par l'expression « Huronie » dans l'historiographie), se situe dans la région de la baie Georgienne, dans l'actuel Ontario. C'est là que les Récollets puis les Jésuites ont côtoyé les Wendats et appris leur langue durant la première moitié du XVIIe siècle.
À la suite des guerres et des épidémies qui ont frappé la confédération wendate au milieu du XVIIe siècle, une partie de la population s'est établie dans la région de Québec à partir de 1650. Après plusieurs déplacements, la communauté s'est fixée à l'emplacement de l'actuel Wendake, autrefois appelé Jeune-Lorette ou Village-des-Hurons. D'autres groupes wendats et wyandots se sont dispersés vers les Grands Lacs, puis vers les États-Unis.
À Wendake, la langue a cessé d'être transmise comme langue d'usage courant au cours du XIXe siècle. Le wendat est alors entré dans une longue période de dormance, sans que la nation cesse de s'identifier à lui ni d'en conserver des éléments, notamment dans les noms de personnes et de lieux.
Le toponyme Wendake, officialisé pour désigner la communauté située dans la région administrative de la Capitale-Nationale, témoigne de la présence durable de la langue dans le paysage québécois.
Sources documentaires et reconstruction
Le wendat est l'une des langues autochtones d'Amérique du Nord les mieux documentées pour le XVIIe siècle. Les missionnaires ont produit un ensemble important de manuscrits :
- dictionnaires et lexiques bilingues ;
- grammaires et notes sur la conjugaison ;
- textes religieux, sermons et prières traduits en wendat.
Parmi les auteurs de cette documentation figurent le récollet Gabriel Sagard, dont l'ouvrage Le Grand voyage du pays des Hurons (1632) comprend un dictionnaire, ainsi que plusieurs jésuites, dont Jean de Brébeuf et Pierre-Joseph-Marie Chaumonot.
Ces documents posent des défis d'interprétation : les missionnaires notaient la langue selon les conventions de l'orthographe française, de façon parfois incomplète ou variable, ce qui crée des ambiguïtés sur la prononciation et la structure des mots. La reconstruction consiste à analyser ces formes, à les recouper entre manuscrits et à les comparer avec les autres langues iroquoiennes.
Le Dictionnaire wendat, réalisé avec l'appui du Humanities Computing and Media Centre de l'Université de Victoria, expose les principes de ces choix de reconstruction et présente les mots selon l'orthographe standardisée. La linguiste wendate Megan Lukaniec a décrit ce processus de réapprentissage d'une langue « endormie » dans la revue Québec français en 2011.
Caractéristiques linguistiques
Comme les autres langues iroquoiennes, le wendat est une langue agglutinante et polysynthétique : un seul mot, construit autour d'un radical verbal, peut réunir des préfixes pronominaux, des marques d'aspect et de mode, voire un nom incorporé, et exprimer ainsi l'équivalent d'une phrase française entière.
Quelques traits généraux de la langue :
- Centralité du verbe : une grande partie du vocabulaire, y compris de nombreux noms d'objets ou de personnes, repose sur des formes verbales.
- Préfixes pronominaux : ils indiquent à la fois l'agent et le patient de l'action, en distinguant plusieurs personnes et nombres.
- Incorporation nominale : un radical nominal peut s'insérer dans le verbe.
- Inventaire de consonnes : à l'instar d'autres langues iroquoiennes du Nord, le wendat se caractérise par la quasi-absence de consonnes labiales, trait que les observateurs du XVIIe siècle avaient déjà relevé.
L'expression Wendat kwatatiahtah!, traduite par « Parlons wendat ! », a été popularisée dans les communications grand public sur la résurgence de la langue.
Écriture et orthographe
Le wendat s'écrit en alphabet latin. Les graphies des manuscrits anciens, calquées sur le français et parfois sur le grec pour certains sons, variaient d'un auteur à l'autre.
Dans le cadre des travaux de revitalisation, la Nation huronne-wendat a adopté en 2010 une orthographe standardisée. Celle-ci vise à représenter de façon cohérente les sons de la langue, à faciliter l'apprentissage et à uniformiser le matériel pédagogique. Elle est employée dans le Dictionnaire wendat, dans les leçons et exercices en ligne et dans le matériel scolaire.
Cette orthographe est un outil vivant : elle sert à la production de nouveaux textes, à l'affichage, à la désignation de lieux et d'institutions de la communauté et à la création de vocabulaire moderne. Le site Le monde de la langue wendat en présente les conventions.
Vitalité, locuteurs et transmission
Le wendat est une langue réveillée, en revitalisation. Il ne compte aucun locuteur de langue maternelle ; sa vitalité repose sur la réappropriation menée par la Nation huronne-wendat à Wendake. Aucun décompte publié ne quantifie le nombre de personnes capables aujourd'hui de converser en wendat ; les données disponibles portent sur les programmes d'enseignement plutôt que sur le nombre de locuteurs courants.
Étapes de la réappropriation
| Année | Étape |
|---|---|
| Fin des années 2000 | Travaux de reconstruction menés par la nation avec des partenaires universitaires (projet Yawenda) |
| 2010 | Adoption de l'orthographe standardisée et début des cours communautaires pour adultes |
| 2011 | Début des cours pour enfants à l'école Wahta' |
| 2015 | Intégration de la langue au centre de la petite enfance Orak |
Transmission
La stratégie de transmission vise toutes les tranches d'âge : formation d'adultes, qui deviennent à leur tour enseignants ou relais familiaux, enseignement primaire à l'école Wahta' et immersion précoce au CPE Orak. Des ressources d'apprentissage accessibles en ligne (dictionnaire, leçons, exercices) complètent l'enseignement en classe et permettent aux membres de la nation vivant hors de Wendake de suivre la démarche.
Le cas du wendat est fréquemment cité au Canada comme exemple de réveil d'une langue à partir d'archives, notamment par le Portail linguistique du Canada et l'Association canadienne des professeurs de langues secondes.
Rapport au Québec
Wendake est la seule communauté huronne-wendate du Québec. Enclavée dans le territoire de la ville de Québec, dans la région administrative de la Capitale-Nationale, elle constitue le principal foyer de la revitalisation de la langue.
Le wendat occupe une place particulière parmi les langues autochtones du Québec : il est la seule langue de la province à faire l'objet d'un réveil complet à partir de sources écrites, alors que les autres langues des Premières Nations et des Inuit du Québec conservent des locuteurs de langue maternelle. Son histoire est également étroitement liée à celle de la Nouvelle-France, puisque les manuscrits qui permettent sa reconstruction proviennent en grande partie des missions établies au XVIIe siècle et des collections conservées depuis.
Plusieurs institutions québécoises et canadiennes contribuent à la valorisation de la langue : l'Office québécois de la langue française consigne la terminologie qui s'y rapporte, Bibliothèque et Archives nationales du Québec met en valeur le patrimoine documentaire des langues autochtones, et le Portail linguistique du Canada recense des ressources d'apprentissage. Le wendat contribue aussi au patrimoine toponymique du Québec, à commencer par le nom même de Wendake.