Biographie
Jeunesse et formation
Hubert Aquin naît à Montréal le 24 octobre 1929. Il étudie la philosophie à l'Université de Montréal, puis poursuit sa formation à Paris, à l'Institut d'études politiques, au début des années 1950. Cette double formation, philosophique et politique, imprègne l'ensemble de son œuvre.
Radio, télévision, cinéma et édition
De retour au Québec, Aquin travaille dans les médias et la culture. Il est réalisateur à la Société Radio-Canada, puis il rejoint l'Office national du film, où il participe à la production de films documentaires. Il est aussi associé à la revue Liberté, dont il assume la direction au début des années 1960. Plus tard, il occupe des fonctions dans l'édition, notamment comme directeur littéraire aux Éditions La Presse au milieu des années 1970, poste qu'il quitte avec éclat.
Dernières années
Aquin enseigne également la littérature à l'université. Sa compagne Andrée Yanacopoulo partage ses dernières années. Il met fin à ses jours à Montréal le 15 mars 1977, à l'âge de 47 ans. Sa mort, longuement commentée, est devenue un élément marquant de la réception de son œuvre.
Engagement politique
Aquin s'engage tôt dans le mouvement indépendantiste. Il milite au sein du Rassemblement pour l'indépendance nationale (RIN), formation qui prône la souveraineté du Québec au cours des années 1960.
En 1964, il annonce publiquement son passage à la clandestinité afin de mener la lutte pour l'indépendance par d'autres moyens. Il est arrêté peu après, notamment pour possession illégale d'une arme à feu, et connaît une période de détention puis d'internement psychiatrique. C'est durant cette période qu'il entreprend la rédaction de Prochain épisode.
Sur le plan des idées, son essai « La fatigue culturelle du Canada français », publié dans Liberté en 1962, répond aux thèses de Pierre Elliott Trudeau sur le nationalisme. Aquin y analyse la condition culturelle des Canadiens français et la légitimité de leur aspiration à l'autonomie politique. Ce texte demeure l'une des pièces importantes du débat intellectuel de la Révolution tranquille.
Ses convictions se manifestent aussi dans son refus du Prix du Gouverneur général décerné pour Trou de mémoire, distinction fédérale qu'il décline pour des raisons politiques.
Œuvre romanesque
Aquin a publié quatre romans de son vivant ; un cinquième, écrit plus tôt, a paru après sa mort.
| Titre | Année de publication |
|---|---|
| Prochain épisode | 1965 |
| Trou de mémoire | 1968 |
| L'Antiphonaire | 1969 |
| Neige noire | 1974 |
| L'Invention de la mort | posthume |
Prochain épisode
Premier roman d'Aquin, paru à Montréal en 1965, Prochain épisode est commencé en 1964 pendant la détention et l'hospitalisation de l'auteur. Un narrateur interné, militant révolutionnaire, y écrit un roman d'espionnage dont l'action se déroule en Suisse. Le livre entremêle quête amoureuse, action politique et réflexion sur l'écriture ; il est souvent lu comme une allégorie de la question nationale québécoise.
Trou de mémoire
Roman à plusieurs voix, construit autour d'un manuscrit annoté par des éditeurs fictifs, Trou de mémoire pousse plus loin l'expérimentation formelle et le jeu des narrateurs.
L'Antiphonaire et Neige noire
L'Antiphonaire superpose une intrigue contemporaine et un récit situé à la Renaissance. Neige noire, conçu sous la forme d'un scénario commenté, interroge le rapport entre image, récit et vérité, en dialogue avec Hamlet.
L'Invention de la mort
Rédigé avant Prochain épisode, ce roman est resté inédit jusqu'à sa publication posthume.
Essais et autres écrits
Parallèlement aux romans, Aquin a produit une abondante œuvre d'essayiste et de chroniqueur. Ses articles, parus notamment dans Liberté, portent sur la politique, la culture, la littérature et les médias.
Parmi ses écrits non romanesques figurent :
- « La fatigue culturelle du Canada français » (1962), essai politique publié dans Liberté ;
- Point de fuite (1971), recueil de textes divers ;
- Blocs erratiques (1977), recueil posthume de textes rassemblés après sa mort.
Son activité à la radio, à la télévision et au cinéma, notamment à l'Office national du film, fait de lui une figure attentive aux transformations médiatiques de son époque. Plusieurs études universitaires se sont penchées sur cet « Aquin médiatique », dont les écrits pour l'écran et les ondes éclairent la construction de ses romans.
Esthétique et thèmes
L'œuvre d'Aquin se distingue par des formes narratives complexes : narrateurs multiples ou peu fiables, mises en abyme, intrigues enchâssées, emprunts au roman d'espionnage et au roman policier, notes et commentaires fictifs. Le texte réfléchit sans cesse sur sa propre écriture.
Plusieurs thèmes traversent les romans :
- la révolution et l'indépendance, souvent transposées sous forme d'allégorie ;
- la mort et le suicide, objets de nombreuses études critiques ;
- la mémoire, le double et l'identité, liés à la condition québécoise ;
- l'érudition, avec des références à l'histoire, à la peinture, à la musique, à la théologie et au théâtre élisabéthain ;
- l'au-delà et l'imaginaire religieux, analysés notamment dans la perspective de la tradition chrétienne.
Cette écriture érudite et baroque a souvent été rapprochée du Nouveau Roman français, tout en restant profondément ancrée dans les débats politiques et culturels du Québec des années 1960 et 1970.
Reconnaissance
Aquin a obtenu plusieurs distinctions au cours de sa carrière.
| Distinction | Année | Remarque |
|---|---|---|
| Prix du Gouverneur général | fin des années 1960 | Décerné pour Trou de mémoire ; refusé pour des raisons politiques |
| Prix Athanase-David | 1972 | Plus haute distinction littéraire du gouvernement du Québec, aujourd'hui intégrée aux Prix du Québec |
Le prix Athanase-David, attribué par le gouvernement du Québec, souligne l'ensemble d'une carrière littéraire. Sa remise à Aquin consacre la place qu'il occupe dans la littérature québécoise moderne.
Prochain épisode a été traduit en anglais et figure parmi les romans québécois les plus étudiés dans l'enseignement collégial et universitaire.
Postérité
Après sa mort, l'œuvre d'Aquin fait l'objet d'un important travail d'édition et de recherche. Une édition critique de ses œuvres, préparée par une équipe universitaire, est publiée à partir des années 1990 ; la maison Leméac et sa collection Bibliothèque québécoise assurent la diffusion de ses livres.
Les Archives de l'Université de Montréal conservent un fonds documentaire consacré à l'écrivain, qui documente sa vie, ses activités et la genèse de ses œuvres. La revue Voix et Images a publié une bibliographie de ses écrits et de la critique, mise à jour pour la période 1997-2012.
L'œuvre d'Aquin suscite de nombreux ouvrages et articles savants, parus notamment aux Presses de l'Université du Québec (Hubert Aquin en revue) et dans des revues diffusées par Érudit. Les études portent sur la poétique de ses romans, son rapport à la mort, ses écrits médiatiques et son engagement militant au sein du RIN.
Andrée Yanacopoulo et Gordon Sheppard ont publié en 1985 Signé Hubert Aquin, enquête consacrée à la mort de l'écrivain. La figure d'Aquin demeure associée à l'histoire intellectuelle de la Révolution tranquille et du mouvement indépendantiste.
