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Histoire

Crise d'Octobre

La crise d'Octobre est une crise politique survenue au Québec à l'automne 1970. Elle s'ouvre le 5 octobre avec l'enlèvement à Montréal du diplomate britannique James Richard Cross par une cellule du Front de libération du Québec (FLQ), suivi le 10 octobre de celui du ministre Pierre Laporte. Le 16 octobre, le gouvernement fédéral de Pierre Elliott Trudeau proclame la Loi sur les mesures de guerre et l'armée est déployée au Québec. La mort de Pierre Laporte, la libération de James Cross le 3 décembre et les arrestations massives font de cet épisode un moment marquant de l'histoire politique et des libertés civiles au Canada.

Robot des forces canadiennes lors de la crise d'octobre de 1970
Photographie : Robot des forces canadiennes lors de la crise d'octobre de 1970. Jimderkaisser (CC BY-SA 4.0) Wikimedia Commons · CC BY-SA 4.0

Contexte

La crise d'Octobre s'inscrit dans le climat politique et social de la Révolution tranquille, marqué par l'essor du mouvement indépendantiste, l'agitation syndicale et étudiante et les débats sur la condition des francophones au Québec.

Le Front de libération du Québec (FLQ) est fondé en 1963. Organisation clandestine structurée en cellules autonomes, il prône l'indépendance du Québec et une transformation socialiste de la société, et recourt à la violence pour atteindre ces objectifs. De 1963 à 1970, des attentats à la bombe visent notamment des boîtes aux lettres, des installations militaires, des édifices fédéraux et des entreprises ; l'attentat contre la Bourse de Montréal, en février 1969, fait plusieurs blessés. Ces actions causent plusieurs morts au cours de la décennie.

En 1970, le Parti libéral du Québec de Robert Bourassa a pris le pouvoir lors de l'élection générale du 29 avril, au cours de laquelle le Parti québécois, fondé en 1968 et dirigé par René Lévesque, a présenté pour la première fois des candidats. À Ottawa, le gouvernement libéral est dirigé par Pierre Elliott Trudeau, et Jean Drapeau est maire de Montréal. Avant octobre, la police avait déjoué certains projets d'enlèvement attribués au FLQ.

Enlèvements et manifeste

5 octobre 1970 : enlèvement de James Richard Cross

Le 5 octobre 1970, la cellule Libération du FLQ enlève à son domicile de Montréal James Richard Cross, attaché commercial du Royaume-Uni. Les ravisseurs posent plusieurs conditions à sa libération, parmi lesquelles la libération de prisonniers qu'ils qualifient de « prisonniers politiques », le versement d'une rançon, un sauf-conduit vers l'étranger et la diffusion de leur manifeste.

8 octobre 1970 : lecture du manifeste

Le 8 octobre, le manifeste du FLQ est lu sur les ondes de Radio-Canada. Le texte dénonce, dans une langue populaire, la domination économique, les grandes entreprises et la classe politique, et appelle à la libération du Québec. Sa diffusion suscite un large écho dans la population.

10 octobre 1970 : enlèvement de Pierre Laporte

Le 10 octobre, la cellule Chénier enlève devant sa résidence de Saint-Lambert Pierre Laporte, vice-premier ministre et ministre du Travail et de l'Immigration du gouvernement Bourassa. Cette cellule, qui agit indépendamment de la cellule Libération, réunit notamment Paul Rose, Jacques Rose, Francis Simard et Bernard Lortie.

Jours suivants

Les gouvernements fédéral et québécois refusent l'essentiel des revendications tout en maintenant un temps des échanges par l'intermédiaire d'un avocat représentant le FLQ. Le 14 octobre, un groupe de personnalités, dont René Lévesque et Claude Ryan, directeur du Devoir, ainsi que des dirigeants syndicaux, appelle le gouvernement à négocier. Le 15 octobre, un rassemblement étudiant et militant se tient au centre Paul-Sauvé, à Montréal, en appui aux objectifs du manifeste.

Intervention militaire et mesures de guerre

Le 15 octobre 1970, à la demande du gouvernement du Québec, les Forces armées canadiennes sont déployées au Québec en vertu des dispositions relatives à l'aide au pouvoir civil. Des soldats assurent la protection de personnalités publiques, d'édifices et d'infrastructures, notamment à Montréal et à Québec.

Dans la nuit du 15 au 16 octobre, à la demande des autorités québécoises et de la Ville de Montréal, le gouvernement fédéral proclame la Loi sur les mesures de guerre, invoquant un état d'« insurrection appréhendée ». C'est la première fois que cette loi est appliquée en temps de paix. Les règlements adoptés en vertu de la loi :

  • déclarent le FLQ illégal et rendent punissable le fait d'en être membre ou de l'appuyer ;
  • permettent aux forces policières de procéder à des perquisitions et à des arrestations sans mandat ;
  • autorisent la détention de personnes sans accusation pendant plusieurs jours.

Dans les semaines qui suivent, près de 500 personnes sont arrêtées, parmi lesquelles des militants indépendantistes, des syndicalistes, des artistes, des écrivains et des journalistes. La grande majorité d'entre elles sont libérées sans qu'aucune accusation ne soit portée contre elles.

Au début de décembre 1970, les règlements pris en vertu des mesures de guerre sont remplacés par une loi fédérale d'exception, la Loi concernant l'ordre public (mesures provisoires), qui demeure en vigueur jusqu'au 30 avril 1971.

Mort de Pierre Laporte et dénouement

17 octobre 1970 : mort de Pierre Laporte

Le 17 octobre 1970, au lendemain de la proclamation des mesures de guerre, le corps de Pierre Laporte est retrouvé dans le coffre d'une voiture, près de l'aéroport de Saint-Hubert, sur la Rive-Sud de Montréal. Sa mort provoque une onde de choc dans la population et réduit considérablement l'appui dont bénéficiaient les objectifs du FLQ dans certains milieux.

3 décembre 1970 : libération de James Richard Cross

La police localise le lieu de détention de James Cross dans le quartier de Montréal-Nord. Au terme de négociations, le diplomate est libéré le 3 décembre 1970. En échange, les membres de la cellule Libération obtiennent un sauf-conduit et sont transportés vers Cuba. Plusieurs d'entre eux reviennent par la suite au Canada, où ils sont jugés.

Fin de décembre 1970 : arrestation de la cellule Chénier

Bernard Lortie est arrêté au début de novembre. Les autres membres de la cellule Chénier, Paul Rose, Jacques Rose et Francis Simard, sont arrêtés à la fin de décembre 1970 dans une maison de campagne de la Montérégie, ce qui met fin à la phase aiguë de la crise.

Procès et commissions d'enquête

Les membres de la cellule Chénier sont jugés au début des années 1970 pour l'enlèvement et la mort de Pierre Laporte. Paul Rose et Francis Simard sont condamnés à l'emprisonnement à perpétuité, tandis que Jacques Rose et Bernard Lortie reçoivent des peines différentes ; tous ont par la suite obtenu une libération conditionnelle. Les membres de la cellule Libération rentrés de l'étranger sont jugés pour l'enlèvement de James Cross et condamnés à des peines moins lourdes.

Les événements d'octobre 1970 et les pratiques policières qui les ont entourés font l'objet de plusieurs enquêtes publiques :

  • la Commission Keable, instituée par le gouvernement du Québec, examine des opérations policières menées au Québec dans les années 1970 ;
  • la Commission McDonald, instituée par le gouvernement fédéral, enquête sur certaines activités de la Gendarmerie royale du Canada, y compris des gestes illégaux commis par son service de sécurité après la crise ;
  • le rapport Duchaîne, commandé par le gouvernement du Québec et publié au début des années 1980, porte sur le déroulement des événements d'octobre 1970.

Ces travaux alimentent les débats sur l'ampleur réelle de la menace en 1970, sur la justification de l'« insurrection appréhendée » et sur le respect des libertés civiles par les forces de l'ordre.

Conséquences et mémoire

La crise d'Octobre marque la fin de la stratégie violente du FLQ, dont l'activité s'éteint rapidement après 1970. Le mouvement indépendantiste se regroupe dès lors principalement autour de l'action démocratique et électorale, incarnée par le Parti québécois, qui prend le pouvoir en 1976.

Le recours à la Loi sur les mesures de guerre demeure l'un des aspects les plus débattus de l'épisode. Ses défenseurs y voient une réponse nécessaire à une menace terroriste ; ses critiques dénoncent une réaction disproportionnée qui a permis l'arrestation de centaines de personnes sans lien avec le FLQ et porté atteinte aux libertés fondamentales. La Loi sur les mesures de guerre est abrogée en 1988 et remplacée par la Loi sur les mesures d'urgence.

La crise occupe une place importante dans la mémoire collective québécoise et dans la création culturelle. Elle inspire notamment les films Les Ordres (1974) de Michel Brault, Octobre (1994) de Pierre Falardeau et le documentaire Les Rose (2020) de Félix Rose, ainsi que de nombreux ouvrages, témoignages et travaux d'historiens. Les anniversaires de la crise, en particulier le cinquantième en 2020, ravivent les débats sur la commémoration de Pierre Laporte et sur la demande d'excuses formulée à l'égard des personnes arrêtées sans motif en 1970.

James Richard Cross meurt le 6 janvier 2021, au Royaume-Uni.

Sources

  1. L'Encyclopédie canadienne, « Crise d'Octobre »
  2. Assemblée nationale du Québec, « Chronologie parlementaire depuis 1764 (1969-1970) »
  3. Assemblée nationale du Québec, « La Crise d'octobre 1970 »
  4. Radio-Canada, « 1970 : le Canada plongé dans la crise d'Octobre »
  5. Radio-Canada, « Mort de James Richard Cross, qui fut otage du FLQ »
  6. Musée canadien de l'histoire, « La Crise d'octobre : un aspect vécu »
  7. Musée canadien de l'histoire, « Excerpts of FLQ Manifesto »
  8. Criminologie (Érudit), « La Crise d'octobre et les commissions d'enquête »
  9. Recherches sociographiques (Érudit), « La crise d'Octobre 1970… quarante ans plus tard »
  10. Criminologie (Érudit), « L'armée et la Crise d'octobre »
  11. Bibliothèque et Archives nationales du Québec, La Voix de l'Est, 9 octobre 1970
  12. L'Action nationale, « La commémoration d'octobre 1970. Entre Pierre Laporte et Pierre Trudeau »
  13. CBC Radio, « October Crisis: The lasting legacy of the 1970 FLQ manifesto »
  14. Savoirs.Québec, registre éditorial, « Crise d'Octobre »

Recherche documentaire

Références recueillies lors de la recherche web du dossier, en complément des sources citées dans le texte.

  1. Érudit, « La crise d’Octobre 1970… quarante ans plus tard »
  2. Crise d'Octobre
  3. La Crise d'Octobre et la Loi sur les Mesures de guerre
  4. Trudeau et ses mesures de guerre (extraits)
  5. Le 27 octobre 2023 Monsieur Jean-François Blanchet ...
  6. Expositions - Bibliothèque de l'Assemblée nationale du Québec

Modèles ayant contribué : Recherche documentaire — Sonar Pro · Rédaction — Claude Opus 5 5

Mots-clés : crise d'octobre, front de libération du québec, loi sur les mesures de guerre, pierre laporte, james richard cross, 1970, libertés civiles, manifeste du flq

Processus éditorial

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