Genèse et publication
Roger Lemelin (1919-1992), né à Québec, a grandi dans la Basse-Ville, milieu populaire qui nourrit l'ensemble de son œuvre romanesque. Son premier roman, Au pied de la pente douce (1944), dépeint déjà la vie des quartiers ouvriers situés au pied de la falaise qui sépare la Haute-Ville de la Basse-Ville.
Les Plouffe paraît en 1948 chez Bélisle, à Québec. Le roman prolonge la veine du premier livre tout en resserrant le récit autour d'une seule famille. Il est publié en France et traduit en anglais sous le titre The Plouffe Family, ce qui lui assure une diffusion au-delà du Québec.
L'œuvre a fait l'objet de plusieurs rééditions, notamment chez Stanké en 2008, et elle est également offerte en livre audio par Radio-Canada.
Intrigue et cadre
Le récit se déroule dans le quartier Saint-Sauveur, à Québec, et couvre les années de la fin de la décennie 1930 jusqu'à la Deuxième Guerre mondiale. Il suit le quotidien des Plouffe, famille canadienne-française modeste, dont la vie est rythmée par le travail, la paroisse, le sport et les liens de voisinage.
Le roman s'attache aux aspirations contradictoires des enfants Plouffe, devenus adultes mais vivant toujours sous le toit familial. Chacun tente, à sa manière, de s'affranchir d'un milieu étroit, tandis que les événements extérieurs, au premier chef la guerre, bousculent l'équilibre du foyer. L'autorité du clergé paroissial, la place de la mère au centre de la famille et l'attrait de la culture nord-américaine forment la toile de fond de l'intrigue.
Personnages
Le roman repose sur une galerie de personnages devenus familiers du public québécois, notamment grâce aux adaptations :
- Théophile Plouffe, le père, ancien coureur cycliste ;
- Joséphine Plouffe, la mère, pivot affectif de la famille ;
- Napoléon, l'aîné, passionné de sport ;
- Cécile, la fille, dont les choix amoureux provoquent le scandale dans la famille ;
- Ovide, mélomane, partagé entre la vocation religieuse et l'amour ;
- Guillaume, le cadet, joueur de baseball doué, dont le talent sportif ouvre des perspectives hors du quartier.
Autour d'eux gravitent des figures de la paroisse, dont le curé, qui incarnent l'emprise de l'institution religieuse sur la vie collective.
Thèmes
Les Plouffe est souvent lu comme une chronique de la société canadienne-française urbaine à la veille de profondes transformations. Plusieurs thèmes structurent l'œuvre :
- La religion et l'autorité cléricale : la paroisse encadre la vie familiale et sociale, mais ses prescriptions entrent en conflit avec les désirs individuels.
- L'émancipation individuelle : les enfants Plouffe aspirent à une vie différente, qu'il s'agisse de l'amour, de l'art ou du sport.
- La guerre : le conflit mondial et la question de la participation des Canadiens français pèsent sur le destin des personnages.
- La culture populaire : le sport, la musique et l'influence américaine traversent le récit.
Le ton, à la fois réaliste et humoristique, permet à Lemelin de porter un regard critique sur son milieu sans renoncer à la tendresse envers ses personnages. Le roman est ainsi considéré comme une étape du passage de la littérature québécoise du roman rural vers le roman urbain.
Adaptations
Radio et télévision
Le succès du roman conduit à son adaptation radiophonique sur les ondes de Radio-Canada à partir de 1952, puis au téléroman La famille Plouffe, diffusé par la télévision de Radio-Canada dès 1953, à l'aube de la télévision au Québec. Lemelin en signe les textes. Une version anglaise, The Plouffe Family, est diffusée par la CBC, ce qui fait de l'œuvre l'une des premières fictions télévisées présentées aux publics francophone et anglophone du Canada.
Cinéma
En 1981, le réalisateur Gilles Carle porte le roman à l'écran dans le film Les Plouffe. Lemelin prolonge ensuite l'histoire de la famille avec le roman Le Crime d'Ovide Plouffe (1982), lui-même adapté au cinéma par Denys Arcand en 1984.
Réception et postérité
Les Plouffe compte parmi les œuvres les plus connues de la littérature québécoise du milieu du XXe siècle. Le roman a contribué à faire de Roger Lemelin une figure majeure de la vie culturelle québécoise ; l'écrivain a par la suite occupé la présidence du quotidien La Presse et a été reçu au sein de l'Ordre national du Québec.
Le nom des Plouffe est entré dans la culture populaire québécoise, en grande partie grâce au téléroman, qui a marqué les débuts de la télévision au Québec. L'œuvre demeure étudiée comme témoignage sur la vie ouvrière à Québec et sur les tensions d'une société en mutation avant la Révolution tranquille. À Québec, une bibliothèque publique porte le nom de Roger Lemelin.