Jeunesse et débuts
Michel Tremblay naît à Montréal le 25 juin 1942 et grandit dans un milieu populaire francophone du Plateau-Mont-Royal, quartier qui deviendra le cadre principal de son œuvre. Il commence à écrire dès ses études secondaires.
Avant de vivre de sa plume, il exerce le métier de typographe. En 1964, il remporte le premier prix du Concours des jeunes auteurs de Radio-Canada avec sa pièce Le Train, qui marque son entrée officielle dans le milieu littéraire.
En 1966 paraît son premier livre, Contes pour buveurs attardés, un recueil de récits fantastiques. La même période voit naître sa collaboration avec le metteur en scène André Brassard, qui deviendra l'un des principaux artisans de la création scénique de ses pièces.
Théâtre
Les Belles-sœurs
Écrite au milieu des années 1960, Les Belles-sœurs est créée en 1968 au Théâtre du Rideau Vert, dans une mise en scène d'André Brassard. La pièce réunit quinze femmes d'un quartier ouvrier de Montréal autour de Germaine Lauzon, gagnante d'un million de timbres-primes. Le recours au joual sur une scène institutionnelle suscite un vif débat sur la langue et la représentation du Québec populaire ; la pièce est aujourd'hui considérée comme un tournant de la dramaturgie québécoise.
Œuvre dramatique
Tremblay poursuit dans les années 1970 et 1980 une production théâtrale abondante, dont plusieurs pièces sont devenues des classiques du répertoire québécois :
- À toi, pour toujours, ta Marie-Lou ;
- Hosanna, qui aborde l'homosexualité et l'identité à travers un personnage de travesti ;
- Sainte Carmen de la Main, située dans le milieu de la rue Saint-Laurent ;
- Albertine en cinq temps, où un même personnage est incarné à cinq âges de sa vie ;
- Le Vrai Monde? et La Maison suspendue ;
- Encore une fois, si vous permettez, hommage à sa mère.
Ses pièces ont été traduites et jouées dans de nombreuses langues. Le Centre du Théâtre d'Aujourd'hui, à Montréal, a accueilli plusieurs de ses créations.
Œuvre romanesque
Chroniques du Plateau-Mont-Royal
En 1978, Tremblay amorce avec La grosse femme d'à côté est enceinte le cycle des Chroniques du Plateau-Mont-Royal, qui suit plusieurs familles de la rue Fabre à partir des années 1940. Le cycle comprend notamment :
| Titre | Année |
|---|---|
| La grosse femme d'à côté est enceinte | 1978 |
| Thérèse et Pierrette à l'école des Saints-Anges | 1980 |
| La Duchesse et le roturier | 1982 |
| Des nouvelles d'Édouard | 1984 |
Ces romans reprennent des personnages présents dans le théâtre, comme Édouard, dit la Duchesse, ou la famille de la grosse femme, de sorte que l'ensemble de l'œuvre forme un univers cohérent.
Autres romans
Tremblay a publié d'autres romans, dont Le Cœur découvert, ainsi que le cycle de La Diaspora des Desrosiers, qui remonte la généalogie des personnages des Chroniques. Le Centre du Théâtre d'Aujourd'hui recense au total 31 romans dans sa production ; les décomptes varient toutefois selon les sources et les catégories retenues. Son principal éditeur québécois est Leméac.
Récits autobiographiques
À partir de 1990, Tremblay se tourne vers le récit autobiographique. Les Vues animées (1990) évoque les films qui ont marqué son enfance, et Douze coups de théâtre (1992) retrace sa découverte de la scène. D'autres recueils, dont Un ange cornu avec des ailes de tôle, consacré à ses lectures de jeunesse, complètent cette série. Le Centre du Théâtre d'Aujourd'hui dénombre sept recueils de récits autobiographiques.
Ces textes éclairent la genèse de son œuvre de fiction : la figure de la mère, le milieu familial du Plateau-Mont-Royal, la culture populaire (cinéma, radio, littérature) et l'apprentissage de l'écriture y occupent une place centrale. Ils établissent des liens directs entre l'expérience vécue et les personnages des pièces et des romans.
Langue, thèmes et portée
L'œuvre de Tremblay est indissociable du joual, parler vernaculaire de l'est de Montréal. En le faisant entendre sur scène et en le transposant dans ses dialogues romanesques, il a contribué à légitimer la langue populaire québécoise comme matériau littéraire, dans le contexte de la Révolution tranquille et de l'affirmation culturelle du Québec.
Ses textes mettent en scène les difficultés des milieux populaires montréalais : pauvreté, aliénation, poids de la religion catholique, enfermement familial. Les femmes y tiennent une place prépondérante, de même que les marginaux de la Main, notamment les personnages homosexuels et travestis, à une époque où ces réalités étaient peu représentées.
La critique a souligné le rôle de son œuvre dans la constitution d'une mémoire collective québécoise, comme en témoignent les études publiées dans Lettres québécoises. Son théâtre est étudié dans les établissements d'enseignement du Québec et fait l'objet de nombreuses reprises, adaptations et traductions.
Distinctions
Michel Tremblay a reçu de nombreuses distinctions au cours de sa carrière, parmi lesquelles :
- premier prix du Concours des jeunes auteurs de Radio-Canada (1964) pour Le Train ;
- prix France-Québec (1981) pour Thérèse et Pierrette à l'école des Saints-Anges ;
- prix Québec-Paris (1984) pour La Duchesse et le roturier et Des nouvelles d'Édouard ;
- prix Athanase-David (1988), la plus haute distinction littéraire décernée par le gouvernement du Québec, pour l'ensemble de son œuvre.
Il a également été intégré à l'Ordre de Montréal, distinction municipale qui reconnaît la contribution de personnalités au rayonnement de la métropole.