Formation et débuts
Kashtin est fondé en 1984 par Florent Vollant et Claude McKenzie, deux musiciens innus associés à Maliotenam, l'un des deux secteurs de la communauté de Uashat mak Mani-utenam, près de Sept-Îles, dans la région administrative de la Côte-Nord. Le nom du groupe, « Kashtin », signifie « tornade » en innu-aimun.
Avant d'enregistrer, le duo se produit dans des bars et des festivals du nord du Québec. Ces années de scène lui permettent de constituer un répertoire de chansons originales qui combine la langue innue et des formes musicales populaires, notamment le folk et le rock, accompagnées de guitares acoustiques et de voix en harmonie.
Le groupe s'inscrit dans le contexte d'une présence encore restreinte des artistes autochtones dans l'industrie musicale québécoise de l'époque, dominée par les productions francophones et anglophones. Sa démarche repose sur l'usage d'une langue autochtone comme langue principale de création, plutôt que sur la traduction ou l'adaptation vers le français ou l'anglais.
Carrière discographique (1989-1994)
Le premier album, intitulé Kashtin, paraît en 1989. Il obtient un succès important auprès du public québécois, alors même que la majorité des auditeurs ne comprennent pas les paroles chantées en innu-aimun. La chanson « Tshinanu » devient l'une des pièces emblématiques du groupe.
Le duo poursuit avec Innu en 1991, puis Akua Tuta en 1994. Ce troisième album paraît à la fois au Canada et aux États-Unis, élargissant la diffusion du groupe au-delà du marché québécois. Des pièces associées à Akua Tuta sont également utilisées dans des bandes sonores de films et de séries télévisées.
Les trois albums du groupe sont finalistes aux prix Juno, ce qui témoigne de la reconnaissance obtenue par Kashtin dans l'industrie musicale canadienne.
| Année | Album |
|---|---|
| 1989 | Kashtin |
| 1991 | Innu |
| 1994 | Akua Tuta |
Parallèlement à ses enregistrements, Kashtin se produit en tournée au Canada et à l'étranger, notamment en Europe et en Corée du Sud.
Langue et réception
Le choix de l'innu-aimun comme langue principale constitue l'un des traits distinctifs de Kashtin. Le succès commercial d'un répertoire chanté dans une langue autochtone, peu comprise par le grand public, a retenu l'attention des chercheurs qui s'intéressent au paysage musical québécois.
En 1995, Line Grenier et Val Morrison publient dans la revue Études littéraires un article consacré au « terrain socio-musical populaire au Québec », dans lequel ils examinent le cas de Kashtin et la place qu'occupe le duo dans la chanson québécoise. Leur analyse s'intéresse notamment à la manière dont un groupe chantant en innu-aimun a pu s'imposer sur un marché essentiellement francophone.
La carrière du groupe se déroule en partie durant une période de tensions politiques entre les peuples autochtones et les gouvernements, au début des années 1990. Des productions documentaires, dont une émission diffusée par Télé-Québec, ont présenté le parcours de Kashtin comme un exemple de rapprochement par la musique dans ce contexte.
Carrières solo et retrouvailles
Après la parution des trois albums du duo, Florent Vollant et Claude McKenzie poursuivent chacun une carrière solo. Les deux musiciens continuent de créer en innu-aimun et demeurent des figures de la musique autochtone au Québec.
Florent Vollant mène une carrière d'auteur-compositeur-interprète et s'investit dans l'enregistrement et la production de musiciens autochtones. Claude McKenzie poursuit également une carrière d'interprète sous son propre nom.
Les deux anciens partenaires se retrouvent à l'occasion sur scène pour interpréter le répertoire de Kashtin, notamment dans le cadre d'événements et de festivals.
Disponibilité numérique (2026)
Pendant de nombreuses années, les enregistrements de Kashtin ne sont pas accessibles sur les plateformes d'écoute en continu. Le 6 février 2026, le quotidien La Presse rapporte que les deux premiers albums du groupe, Kashtin (1989) et Innu (1991), sont désormais offerts sur ces plateformes.
Cette mise en ligne concerne la diffusion numérique du catalogue existant et ne correspond pas à la parution de nouveaux enregistrements. Elle a été relayée par d'autres médias, dont des publications destinées au jeune public, qui l'ont présentée comme un événement marquant pour la fierté autochtone.
Héritage
Kashtin est généralement décrit comme un jalon de l'histoire de la musique innue et, plus largement, de la musique autochtone au Québec et au Canada. Le duo a démontré qu'un répertoire chanté en langue autochtone pouvait atteindre un large public, être diffusé à la radio commerciale et obtenir une reconnaissance de l'industrie.
Son parcours a ouvert la voie à plusieurs générations d'artistes autochtones qui chantent dans leur langue ou intègrent celle-ci à leur création. La Côte-Nord, et en particulier les communautés innues, est depuis devenue un foyer reconnu de création musicale autochtone.
Le Centre national de musique, à Calgary, consacre une fiche documentaire au groupe dans le cadre de ses ressources sur l'histoire musicale canadienne. La chanson « Tshinanu » demeure la pièce la plus souvent associée au groupe.