Création
Lindberg est issue de la collaboration de trois figures de la scène artistique montréalaise de la fin des années 1960 : le chanteur et compositeur Robert Charlebois, la chanteuse et comédienne Louise Forestier et le poète Claude Péloquin, auteur des paroles.
Selon le récit de Louise Forestier rapporté par Radio-Canada, la chanson naît au cours d'une séance d'improvisation dans un appartement de la rue Melrose, à Montréal, que partageaient alors Charlebois, Forestier, Péloquin et la comédienne et autrice Mouffe. Ce témoignage situe l'œuvre dans un contexte de vie communautaire et de création collective, caractéristique d'une partie du milieu artistique québécois de l'époque.
Les récits publiés ne concordent toutefois pas entièrement sur le déroulement précis de la composition, notamment sur la part respective de l'improvisation et du travail d'écriture. La paternité de l'œuvre demeure néanmoins établie : la musique est attribuée à Robert Charlebois et le texte à Claude Péloquin.
Texte et musique
Le titre renvoie à l'aviateur américain Charles Lindbergh, auteur en 1927 de la première traversée de l'Atlantique en solitaire et sans escale ; la chanson en adopte une graphie simplifiée, sans « h » final. Le thème du voyage aérien traverse le texte, qui joue avec le vocabulaire de l'aviation et avec des noms de compagnies aériennes et d'appareils.
Le texte de Claude Péloquin procède par associations d'images, jeux sonores et ruptures de sens, dans une écriture proche de la poésie expérimentale que pratiquait l'auteur. Il mêle registre poétique et langue populaire québécoise, un choix qui tranche avec la langue plus normée d'une grande partie de la chanson francophone de l'époque.
Sur le plan musical, la chanson s'appuie sur une instrumentation rock et sur une esthétique psychédélique, avec des changements de climat et une interprétation à deux voix où alternent et se répondent Charlebois et Forestier. Cette combinaison d'un texte d'avant-garde, d'une langue vernaculaire et d'une facture rock a fait de Lindberg un exemple souvent cité du croisement entre la chanson québécoise et les courants anglo-américains de la fin des années 1960.
Parution
La chanson paraît en 1968 sur l'album Robert Charlebois avec Louise Forestier, qui réunit les deux interprètes. Elle en devient l'une des pièces les plus connues et contribue à associer durablement les noms de Charlebois et de Forestier.
L'année 1968 marque un tournant dans la carrière de Robert Charlebois, qui délaisse alors l'image du chansonnier pour une démarche plus proche du rock et de la contre-culture. Elle est aussi celle de L'Osstidcho, spectacle réunissant notamment Charlebois, Louise Forestier, Mouffe et Yvon Deschamps, qui a fait date dans l'histoire du spectacle de variétés au Québec. Lindberg s'inscrit dans ce même mouvement de renouvellement des formes et du langage de la chanson.
Les récits relatifs aux prix obtenus par la chanson à sa sortie et à son parcours dans les palmarès varient selon les sources.
Contexte
La fin des années 1960 correspond, au Québec, à une période de transformations rapides associées à la Révolution tranquille. Sur le plan musical, la tradition des chansonniers, dominante au début de la décennie, côtoie alors l'influence croissante du rock, de la musique psychédélique et du jazz libre.
Lindberg participe à l'émergence d'une chanson québécoise qui revendique à la fois la modernité musicale et l'usage de la langue parlée au Québec. Ce double mouvement, dont Robert Charlebois est l'une des figures centrales, a nourri les débats de l'époque sur la langue et l'identité culturelle, tout en ouvrant la voie à une génération d'artistes rock francophones.
La participation de Claude Péloquin, poète associé à l'avant-garde et à l'expérimentation, rattache également la chanson au rapprochement entre poésie, performance et musique populaire qui caractérise une partie de la création montréalaise de ces années.
Réception et postérité
Selon l'Institut national de l'audiovisuel, Lindberg est le succès qui a fait connaître Robert Charlebois en France. Le duo Charlebois-Forestier l'a interprétée sur des scènes françaises, notamment à l'Olympia de Paris en 1972, d'après la même source.
Au Québec, la chanson est régulièrement présentée comme l'une des œuvres emblématiques de la fin des années 1960 et comme un symbole du renouveau rock et psychédélique de la chanson québécoise. Louise Forestier est revenue à plusieurs reprises sur sa genèse, notamment à la radio de Radio-Canada, en évoquant la figure de Claude Péloquin.
En 2010, Lindberg est intronisée au Temple de la renommée des auteurs-compositeurs canadiens, qui reconnaît les chansons ayant marqué le patrimoine musical du pays. L'œuvre est aussi utilisée en contexte pédagogique, notamment dans l'enseignement du français, pour son vocabulaire et ses jeux de langue.