Genèse et création
Starmania naît de la collaboration entre le parolier québécois Luc Plamondon, alors déjà reconnu pour ses textes écrits notamment pour Diane Dufresne, et le compositeur et interprète français Michel Berger. Les deux auteurs conçoivent l'œuvre comme un opéra-rock, forme musicale alors en vogue dans le monde anglo-saxon, mais en langue française.
L'œuvre paraît d'abord sous la forme d'un album studio en 1978. Cet enregistrement réunit des interprètes français et québécois, parmi lesquels France Gall, Daniel Balavoine, Diane Dufresne, Fabienne Thibeault, Claude Dubois et Nanette Workman. La parution de l'album précède la création scénique, ce qui permet à plusieurs chansons de circuler à la radio avant même la première représentation.
Le spectacle est créé à Paris en 1979. Dès sa sortie, l'album suscite l'intérêt de la critique québécoise ; la revue Québec français en publie une analyse en 1979 sous la plume d'André Gaulin, qui s'attarde notamment aux textes de Plamondon.
Argument
L'action de Starmania se situe dans un futur indéterminé, à Monopolis, mégapole présentée comme la capitale d'un Occident unifié. La société qui y est dépeinte est dominée par les médias, la quête de célébrité et la surveillance.
L'intrigue repose sur l'affrontement entre deux camps :
- Zéro Janvier, milliardaire et promoteur immobilier, qui brigue la présidence en promettant l'ordre et la sécurité ;
- les Étoiles noires, groupe terroriste mené par Johnny Rockfort, qui multiplie les attentats dans la ville.
Autour de ces deux pôles gravitent d'autres personnages : Cristal, animatrice de l'émission de télévision Starmania, qui s'éprend de Johnny Rockfort ; Stella Spotlight, vedette de cinéma vieillissante ; Marie-Jeanne, serveuse de l'Underground Café ; Ziggy, jeune homme passionné de musique ; Sadia, figure liée au milieu des Étoiles noires ; et Roger-Roger, présentateur qui commente les événements.
Les thèmes abordés — solitude urbaine, culte de la vedette, manipulation médiatique, montée de l'autoritarisme et violence politique — ont valu à l'œuvre d'être rapprochée du genre de l'anticipation, au point d'être recensée dans des ouvrages consacrés à la science-fiction.
Musique et chansons
La partition de Michel Berger mêle rock, ballade et chanson de variété, tandis que les textes de Luc Plamondon privilégient des portraits de personnages et des monologues intérieurs. Plusieurs titres ont connu une carrière autonome, indépendamment du spectacle, et sont régulièrement repris par d'autres artistes.
Parmi les chansons les plus connues figurent :
- « Le blues du businessman » ;
- « Le monde est stone » ;
- « Les uns contre les autres » ;
- « S.O.S. d'un terrien en détresse » ;
- « Quand on arrive en ville » ;
- « Un garçon pas comme les autres (Ziggy) » ;
- « Besoin d'amour » ;
- « Monopolis ».
Les interprètes québécois ont occupé une place importante dans la diffusion de l'œuvre : Fabienne Thibeault, Diane Dufresne, Claude Dubois et Nanette Workman ont participé à l'enregistrement original, et plusieurs de leurs interprétations sont restées associées aux rôles. Au fil des versions successives, Luc Plamondon a remanié certains textes, ce qui a fait l'objet d'études universitaires portant sur les variations de l'œuvre entre 1978 et 2022.
Productions au Québec
Création montréalaise (1980)
La première production scénique québécoise de Starmania est présentée à Montréal en 1980, avec une distribution renouvelée par rapport à la création parisienne. Cette version a contribué à faire connaître l'œuvre auprès du public québécois sur scène, au-delà du succès de l'album.
Adaptation lyrique (2008)
En 2008, une adaptation lyrique de l'œuvre est présentée au Québec. Elle transpose la partition dans un cadre opératique, avec orchestre et chanteurs de formation classique, illustrant la plasticité d'une œuvre conçue à l'origine pour des voix de variété.
Production de Thomas Jolly (2024)
En août 2024, la production mise en scène par le Français Thomas Jolly, créée en France en 2022, est présentée à la Place Bell, à Laval. La distribution compte plusieurs interprètes québécois, dont William Cloutier dans le rôle de Johnny Rockfort. Cette venue marque le retour d'une grande production de Starmania sur une scène québécoise.
Productions et adaptations hors Québec
Après sa création parisienne de 1979, Starmania fait l'objet de plusieurs reprises en France, chacune remaniant la distribution, la mise en scène et parfois l'ordre ou le contenu des chansons. L'œuvre a ainsi été transmise à plusieurs générations d'interprètes et de spectateurs.
Au début des années 1990, une version en langue anglaise est réalisée sous le titre Tycoon. Les textes en sont adaptés par le parolier britannique Tim Rice, et l'album réunit des interprètes anglophones de renom, dont la chanteuse québécoise Céline Dion. Cette version n'a pas connu en scène le retentissement de l'original francophone.
La production mise en scène par Thomas Jolly, créée en France en 2022, propose une relecture scénographique de l'œuvre en conservant la partition de Michel Berger et les textes de Luc Plamondon. Elle a ensuite tourné, notamment jusqu'au Québec en 2024.
Postérité
Starmania est considéré comme l'une des œuvres fondatrices du spectacle musical en langue française. Son succès a ouvert la voie à d'autres comédies musicales francophones, dont Notre-Dame de Paris, écrite par Luc Plamondon avec le compositeur Richard Cocciante et créée en 1998.
Dans l'histoire de la chanson québécoise, l'œuvre occupe une place particulière : elle illustre la circulation des artistes et des répertoires entre le Québec et la France à la fin des années 1970, et elle a consolidé la réputation de Luc Plamondon comme l'un des principaux paroliers de la francophonie. Plusieurs chansons du spectacle font partie du répertoire couramment repris au Québec.
Des travaux universitaires abordent Starmania comme une œuvre patrimoniale, en s'intéressant à la fois à son écriture, à ses transformations successives et à sa réception. La thématique de l'œuvre — l'emprise des médias, la fabrication de la célébrité et la tentation autoritaire — est régulièrement relevée comme l'une des raisons de sa longévité.