Histoire
Asile Saint-Jean-de-Dieu (1873 à 1976)
L'établissement est fondé en 1873 par les Sœurs de la Charité de la Providence, congrégation religieuse montréalaise, dans le secteur de Longue-Pointe, alors à l'extérieur de la ville de Montréal. Il s'inscrit dans un régime où l'État confie la garde des personnes atteintes de maladie mentale à des communautés religieuses. L'asile devient rapidement l'un des plus importants établissements psychiatriques du Québec francophone.
Le 6 mai 1890, un incendie détruit les bâtiments d'origine et fait de nombreuses victimes parmi les personnes internées. L'asile est ensuite reconstruit sur le même site.
Au XXe siècle, l'établissement accueille des milliers de patients. Le poète Émile Nelligan y est interné de 1925 jusqu'à sa mort en 1941. Saint-Jean-de-Dieu figure aussi parmi les établissements associés à l'histoire des enfants appelés « orphelins de Duplessis ».
Réforme psychiatrique des années 1960
En 1961, un ancien patient, Jean-Charles Pagé, publie Les fous crient au secours, témoignage sur les conditions de vie à Saint-Jean-de-Dieu. L'ouvrage contribue à la création d'un comité d'étude sur les hôpitaux psychiatriques, la commission Bédard, dont le rapport de 1962 recommande une transformation profonde des soins psychiatriques au Québec. Cette réforme favorise la désinstitutionnalisation, la régionalisation des services et un rôle accru de l'État.
Hôpital Louis-Hippolyte-Lafontaine et Institut universitaire
L'établissement prend ensuite le nom d'hôpital Louis-Hippolyte-Lafontaine, en hommage à l'homme politique du Canada-Uni. Il adopte plus tard l'appellation d'Institut universitaire en santé mentale de Montréal, qui reflète sa désignation universitaire. En 2015, il est intégré au centre intégré universitaire de santé et de services sociaux (CIUSSS) de l'Est-de-l'Île-de-Montréal, puis, avec la création de Santé Québec, à l'établissement Santé Québec Est-de-l'Île-de-Montréal.
Mission et services
L'IUSMM est un établissement spécialisé en santé mentale. Son mandat comprend des soins et services spécialisés et surspécialisés, orientés vers le rétablissement des personnes et leur intégration sociale. Il s'adresse principalement à des personnes présentant des troubles mentaux graves ou complexes, en complément des services de première ligne offerts dans la communauté.
Urgence psychiatrique
Selon les informations publiées par l'établissement en 2026, l'urgence psychiatrique de l'IUSMM est ouverte de 8 h à 20 h, sept jours sur sept. En dehors de ces heures, les personnes sont dirigées vers l'urgence psychiatrique de l'Hôpital Maisonneuve-Rosemont, autre installation du même réseau territorial.
Place dans le réseau
L'Institut occupe une fonction de référence pour l'est de l'île de Montréal. Il s'inscrit dans l'organisation québécoise des services en santé mentale, qui combine services de proximité, soins hospitaliers et programmes spécialisés. Les interventions qui y sont offertes visent autant le traitement des épisodes aigus que l'accompagnement à long terme, en lien avec les ressources communautaires et résidentielles.
Enseignement et recherche
La désignation universitaire de l'IUSMM repose sur trois volets : la recherche, l'enseignement et l'évaluation des pratiques. L'Institut collabore avec des partenaires pour développer et diffuser des pratiques de pointe en santé mentale. Il accueille des stagiaires et des résidents de plusieurs disciplines, notamment en médecine, en sciences infirmières, en psychologie et en service social.
Centre de recherche de l'IUSMM
Le Centre de recherche de l'Institut universitaire en santé mentale de Montréal (CR-IUSMM) est situé au 7331, rue Hochelaga, à proximité de l'Institut. Il est affilié à l'Université de Montréal et reconnu par le Fonds de recherche du Québec – Santé (FRQS).
Le centre réunit des chercheurs, des cliniciens, des personnes concernées par les troubles mentaux et d'autres partenaires autour de la recherche en santé mentale. Ses travaux portent sur la compréhension des troubles mentaux et sur l'amélioration des interventions, des services et de la qualité de vie des personnes touchées.
Ce modèle, qui associe un établissement de soins à une unité de recherche reconnue, est caractéristique des instituts universitaires du réseau québécois de la santé et des services sociaux.
Administration
L'IUSMM n'est plus un établissement autonome au sens juridique. Depuis la réorganisation du réseau de la santé et des services sociaux entrée en vigueur le 1er avril 2015, il constitue une installation du CIUSSS de l'Est-de-l'Île-de-Montréal, qui regroupe notamment l'Hôpital Maisonneuve-Rosemont, l'Hôpital Santa Cabrini et plusieurs centres locaux de services communautaires et centres d'hébergement de ce territoire.
Avec la mise en place de Santé Québec, société d'État chargée de coordonner les opérations du réseau public, l'ensemble est désigné sous le nom de Santé Québec Est-de-l'Île-de-Montréal. L'Institut conserve toutefois son appellation propre et sa désignation universitaire.
L'historique administratif de l'établissement est consigné dans le référentiel des établissements du ministère de la Santé et des Services sociaux, qui retrace ses changements de statut et de dénomination.
Distinction avec l'IUSMQ
L'IUSMM ne doit pas être confondu avec l'Institut universitaire en santé mentale de Québec (IUSMQ), autre établissement universitaire spécialisé, situé dans la région administrative de la Capitale-Nationale et issu de l'ancien hôpital Robert-Giffard.
Site et patrimoine
L'Institut est installé au 7401, rue Hochelaga, dans l'arrondissement de Mercier–Hochelaga-Maisonneuve, dans l'ancien secteur de Longue-Pointe. Le site, occupé depuis le XIXe siècle par l'asile, forme un vaste ensemble hospitalier composé de pavillons construits à différentes époques.
L'histoire de Saint-Jean-de-Dieu constitue un repère important de la mémoire collective québécoise. Elle témoigne :
- du rôle des communautés religieuses dans l'assistance et les soins avant la Révolution tranquille ;
- des conditions d'internement psychiatrique au XIXe siècle et dans la première moitié du XXe siècle ;
- de la réforme psychiatrique amorcée au début des années 1960 et du mouvement de désinstitutionnalisation ;
- du sort des enfants internés à l'époque des « orphelins de Duplessis ».
L'expression « Saint-Jean-de-Dieu » est longtemps restée, dans la langue courante montréalaise, une désignation populaire de l'hôpital psychiatrique. Le séjour d'Émile Nelligan, de 1925 à 1941, contribue également à la notoriété du lieu dans l'histoire littéraire du Québec.