Définition et portée
Le soutien à domicile (SAD) regroupe des soins et des services destinés aux personnes qui ont une incapacité temporaire ou permanente. Cette incapacité affecte leurs activités quotidiennes et leur autonomie. L'objectif est de leur permettre de demeurer dans leur milieu de vie le plus longtemps possible, dans des conditions sécuritaires.
Les aînés en constituent la principale clientèle, mais le soutien à domicile ne leur est pas réservé. Il s'adresse aussi à des personnes d'autres âges, par exemple des personnes ayant une déficience physique ou intellectuelle ou en convalescence. Il vise également leurs proches aidants.
Dans le contexte québécois, l'expression « maintien à domicile » renvoie à une orientation générale des politiques publiques. Celle-ci consiste à privilégier le domicile comme lieu de soins plutôt que l'hébergement en établissement, comme les centres d'hébergement et de soins de longue durée (CHSLD). Cette orientation est souvent résumée par l'expression « virage vers le domicile ».
Le soutien à l'autonomie des personnes âgées (SAPA) constitue l'un des grands programmes-services du réseau de la santé et des services sociaux. Il englobe le soutien à domicile, l'hébergement et diverses ressources intermédiaires.
Cadre politique
Politique nationale de soutien à domicile « Mieux chez soi »
En 2025, le ministère de la Santé et des Services sociaux a publié une nouvelle Politique nationale de soutien à domicile, intitulée « Mieux chez soi ». Le Ministère a publié la même année un cadre de référence sur l'allocation autonomie à domicile.
Plan d'action gouvernemental 2024-2029 « La fierté de vieillir »
Le plan d'action gouvernemental « La fierté de vieillir » couvre la période de 2024 à 2029. Il prévoit notamment de poursuivre le virage vers les services à domicile et de soutenir les personnes proches aidantes. Il fixe des cibles de portée provinciale, dont :
- au moins 411 000 personnes aînées recevant des soins et services à domicile ;
- 40,4 millions d'heures de soutien à domicile.
Politique de 2003 « Chez soi : le premier choix »
Le cadre précédent reposait sur la politique de soutien à domicile adoptée en 2003, intitulée « Chez soi : le premier choix ». Elle affirmait le domicile comme option à privilégier pour toute personne ayant une incapacité. Le Commissaire à la santé et au bien-être a évalué son degré de mise en œuvre dans le troisième tome de sa série Bien vieillir chez soi, publié en 2023.
Reconnaissance des personnes proches aidantes
Le soutien aux proches aidants s'inscrit aussi dans un cadre distinct. Il s'agit de la Loi visant à reconnaître et à soutenir les personnes proches aidantes, adoptée en 2020, et de la politique nationale qui en découle.
Organisation des services
Le réseau public de la santé et des services sociaux organise les services de soutien à domicile. Les centres locaux de services communautaires (CLSC) constituent la porte d'entrée habituelle. Depuis la création de Santé Québec en 2024, les centres intégrés de santé et de services sociaux (CISSS) et les centres intégrés universitaires (CIUSSS) poursuivent leurs activités au sein de cette société d'État. Ils indiquent les démarches propres à chaque territoire.
Évaluation des besoins
L'accès aux services passe par une évaluation des besoins de la personne, réalisée par un intervenant du réseau. Cette évaluation et la planification qui en découle tiennent compte de plusieurs éléments :
- la situation de la personne ;
- ses capacités ;
- son entourage ;
- les ressources disponibles dans sa communauté.
Les services publics à domicile viennent compléter le soutien de l'entourage et des ressources communautaires ; ils ne s'y substituent pas.
Partenaires
L'offre de services repose sur plusieurs acteurs :
- les équipes de soutien à domicile des CLSC (soins infirmiers, réadaptation, travail social, auxiliaires) ;
- les entreprises d'économie sociale en aide à domicile (EESAD), actives notamment dans l'aide domestique ;
- les organismes communautaires (popote roulante, accompagnement, visites d'amitié, répit) ;
- les personnes proches aidantes.
L'accès concret aux services varie selon le territoire et la situation de la personne.
Services offerts
Les services de soutien à domicile sont déterminés à la suite de l'évaluation des besoins. Ils peuvent comprendre plusieurs catégories d'aide.
| Catégorie | Exemples |
|---|---|
| Soins professionnels | Soins infirmiers, inhalothérapie, nutrition |
| Réadaptation | Physiothérapie, ergothérapie |
| Aide aux activités de la vie quotidienne | Hygiène, habillement, alimentation |
| Aide aux activités de la vie domestique | Entretien ménager, préparation des repas, courses |
| Services psychosociaux | Soutien et accompagnement par un travailleur social |
| Adaptation du domicile | Aides techniques, recommandations d'aménagement |
| Soutien aux proches aidants | Répit, gardiennage, information |
Les soins professionnels sont généralement offerts sans frais par le réseau public. L'aide domestique est souvent assurée par des entreprises d'économie sociale ou par des prestataires privés, ce qui peut entraîner une contribution financière de la personne.
Les aînés peuvent recourir à d'autres programmes gouvernementaux, comme le recense le guide gouvernemental Services, programmes et services pour les aînés. Parmi eux figurent le Programme d'exonération financière pour les services d'aide domestique, administré par la Régie de l'assurance maladie du Québec, et le crédit d'impôt pour maintien à domicile des aînés, administré par Revenu Québec.
Évaluation par le Commissaire à la santé et au bien-être
Le gouvernement du Québec a confié au Commissaire à la santé et au bien-être (CSBE) un mandat d'évaluation des soins et services de soutien à domicile. Les travaux ont été publiés sous le titre général Bien vieillir chez soi.
Tome 4 : « Une transformation qui s'impose » (2024)
Le rapport final de synthèse, publié en 2024, conclut qu'une transformation du soutien à domicile est nécessaire. Il formule 16 recommandations. Il relève notamment des enjeux de coordination entre les acteurs, d'accès aux services et de capacité du système à répondre aux besoins.
Le rapport chiffre l'écart entre les besoins et les services rendus. En 2023, le système répondait à :
- 10,7 % des besoins de services de longue durée à domicile ;
- 5,2 % des besoins d'aide domestique.
Forum de consultation (2024)
Un forum de consultation a mené une délibération éthique intitulée « Quel avenir pour le soutien à domicile ? ». Il proposait de passer du soutien à domicile au maintien de l'autonomie, dans un écosystème centré sur le mieux-être des personnes.
Tome 3 : « Poser un diagnostic pour agir » (2023)
Ce rapport préliminaire a évalué le degré de mise en œuvre de la politique de soutien à domicile de 2003.
Tome 1 : « Comprendre l'écosystème » (2023)
Le premier tome décrit l'écosystème québécois du soutien à domicile, ses acteurs et ses mécanismes de financement.
Enjeux
Le maintien à domicile se situe au cœur de plusieurs enjeux du système de santé québécois.
Vieillissement démographique
Le Québec compte parmi les sociétés occidentales dont la population vieillit le plus rapidement. La hausse du nombre de personnes âgées, en particulier des 85 ans et plus, accroît la demande de soins de longue durée. Cette pression pèse à la fois sur les services à domicile et sur l'hébergement.
Écart entre besoins et services
Selon les données du CSBE pour 2023, la proportion des besoins comblés demeure faible. C'est le cas en particulier pour l'aide domestique, pourtant déterminante pour permettre aux personnes de rester chez elles.
Coordination et équité territoriale
Plusieurs acteurs interviennent dans le soutien à domicile : réseau public, économie sociale, organismes communautaires, secteur privé et proches aidants. Cette multiplicité pose des défis de coordination. L'accès aux services varie en outre selon les régions et les établissements.
Rôle des proches aidants
Une grande part de l'aide reçue à domicile provient de l'entourage. Le soutien aux personnes proches aidantes, notamment par le répit, figure parmi les orientations du plan d'action 2024-2029.
Main-d'œuvre
La capacité d'augmenter les heures de service dépend de la disponibilité du personnel. Sont concernés les infirmières, les auxiliaires aux services de santé et sociaux, les préposés et les professionnels de la réadaptation.