Toponymie
Le toponyme Fleuve Saint-Laurent est officialisé par la Commission de toponymie du Québec, qui en tient la fiche descriptive dans sa banque de noms de lieux. La notice toponymique souligne le caractère transfrontalier du cours d'eau ainsi que sa désignation bilingue officielle à l'échelle fédérale (« Fleuve Saint-Laurent » et « St. Lawrence River »). Elle rappelle également que l'usage du nom peut englober le fleuve au sens large, c'est-à-dire au-delà du seul tronçon situé en territoire québécois.
Le générique « fleuve » distingue le Saint-Laurent des rivières du Québec : il désigne un cours d'eau se déversant directement dans la mer. Cette particularité en fait, dans l’usage courant québécois, « le fleuve » par antonomase.
Le fleuve fait également l'objet d'une fiche au Répertoire du patrimoine culturel du Québec.
Géographie et parcours
Le Saint-Laurent prend sa source à la sortie du lac Ontario et s'écoule vers le nord-est jusqu'à l'océan Atlantique. Les sources de référence lui attribuent une longueur d'environ 1 197 kilomètres pour le tronçon fluvial principal ; le système Saint-Laurent–Grands Lacs, considéré comme un ensemble hydrographique continu, est fréquemment évalué à environ 3 058 kilomètres. Son bassin versant est généralement estimé autour de 1,6 million de kilomètres carrés, l'un des plus vastes du continent.
Les trois grandes sections
Le Saint-Laurent est généralement décrit comme un ensemble de trois grandes sections : le tronçon fluvial, l'estuaire et le golfe. Le tronçon fluvial comprend plusieurs élargissements lacustres, dont le lac Saint-François, le lac Saint-Louis et le lac Saint-Pierre. Vers l'aval, le lit s'élargit progressivement, jusqu'à former, dans le golfe, une vaste étendue ouverte sur l'océan Atlantique.
Les conditions de salinité et l'influence des marées évoluent de l'amont vers l'aval : aux eaux douces du tronçon fluvial succèdent des eaux progressivement plus salées, et le régime des marées se fait sentir sur une grande partie du parcours. Cette gradation, du fleuve à la mer, confère au Saint-Laurent une grande diversité de milieux aquatiques et littoraux. L'élargissement progressif de son lit et la présence d'îles, de battures et de marais littoraux en font un système hydrographique complexe, étudié tant sous l'angle géomorphologique qu'écologique.
Occupation du territoire
Le Saint-Laurent est l'axe structurant du peuplement québécois. Selon les données diffusées par le ministère responsable de l'environnement, plus de 80 % de la population du Québec réside sur les rives du fleuve ou sur celles de ses tributaires, et environ la moitié de cette population y puise son eau potable. D'autres sources de vulgarisation avancent que la vallée du Saint-Laurent regroupe plus de 70 % de la population québécoise ; l'écart entre ces proportions s'explique par les définitions territoriales retenues, selon que l'on considère la vallée au sens strict ou l'ensemble du bassin versant.
Les principales agglomérations de la province sont établies sur ses rives : Montréal, en aval des rapides de Lachine et près de la confluence de la rivière des Outaouais ; Trois-Rivières, à l'embouchure du Saint-Maurice ; Québec, au rétrécissement qui a donné son nom à la ville. En aval s'échelonnent les localités du Bas-Saint-Laurent, de la Côte-Nord et de la Gaspésie, ainsi que les communautés insulaires du golfe.
Le régime seigneurial, implanté sous le Régime français, a durablement marqué la lecture du paysage riverain : les terres découpées en lots longs et étroits, perpendiculaires au fleuve et organisés en rangs, demeurent visibles dans le parcellaire agricole des basses-terres. Le Saint-Laurent a longtemps constitué la principale voie de communication intérieure avant l'essor du chemin de fer et du réseau routier, et il conserve un rôle central dans l'imaginaire collectif québécois.
Navigation et économie
Le Saint-Laurent constitue une importante voie d'accès maritime à l'intérieur du continent nord-américain. Il permet la liaison entre l'Atlantique et les ports intérieurs des Grands Lacs, ce qui en fait un corridor commercial de première importance pour le Québec, l'Ontario et le Midwest américain. L'aménagement de la Voie maritime du Saint-Laurent, avec ses écluses et ses canaux, a permis le franchissement des rapides et des dénivellations qui limitaient historiquement la navigation en amont de Montréal.
Les activités économiques associées au fleuve sont diversifiées :
- transport maritime de marchandises, en vrac et en conteneurs, desservant plusieurs ports du Québec ;
- aménagement hydroélectrique de certains secteurs du tronçon fluvial et de plusieurs grands tributaires ;
- pêche commerciale et exploitation des ressources marines dans l'estuaire et le golfe ;
- tourisme, croisières et observation des mammifères marins, particulièrement dans le secteur de l'embouchure du Saguenay ;
- villégiature et récréotourisme le long des rives.
Cette intensité d'usage s'accompagne d'enjeux de conservation : qualité de l'eau, érosion des berges, espèces exotiques envahissantes, conciliation entre navigation commerciale et protection des habitats. Des organismes de concertation riveraine, regroupés notamment au sein du réseau Stratégies Saint-Laurent, travaillent avec les collectivités locales sur ces questions.
Milieux naturels
La succession d'eaux douces, saumâtres et salées le long du Saint-Laurent engendre une grande diversité de milieux. Le tronçon fluvial comprend d'importants élargissements lacustres, dont le lac Saint-Pierre, entouré de vastes plaines inondables et de marais qui jouent un rôle majeur pour la sauvagine et la reproduction des poissons. Les battures, herbiers et marais salés de l'estuaire constituent des haltes migratoires d'importance pour les oiseaux.
L'estuaire et le golfe accueillent une faune marine variée, dont plusieurs espèces de mammifères marins. Le béluga du Saint-Laurent, population résidente de l'estuaire, fait l'objet de mesures de protection en raison de sa vulnérabilité. La remontée d'eaux froides et riches en nutriments à l'embouchure du Saguenay soutient une productivité biologique élevée qui attire les grands rorquals en saison estivale.
Les pressions exercées sur ces milieux sont nombreuses : rejets urbains et industriels, apports agricoles diffus, artificialisation des rives, batillage lié au trafic maritime et modification des régimes hydrologiques. Le suivi de l’état du Saint-Laurent mobilise des programmes gouvernementaux ainsi que des établissements universitaires de recherche.
Histoire
Le Saint-Laurent est fréquenté depuis des millénaires par les peuples autochtones, qui l'utilisent comme voie de circulation, de pêche et d'échange. À l'arrivée des Européens au XVIe siècle, les Iroquoiens du Saint-Laurent occupent plusieurs sites de la vallée, notamment aux emplacements de Stadaconé et d'Hochelaga.
Les explorations françaises du XVIe siècle font du fleuve la route de pénétration du continent. Aux XVIIe et XVIIIe siècles, il devient l'épine dorsale de la Nouvelle-France : les postes, les seigneuries et les villes s'installent le long de ses rives, et la traite des fourrures s'organise autour de ce réseau navigable prolongé par les Grands Lacs et leurs affluents.
Aux XIXe et XXe siècles, le dragage du chenal, la construction de canaux et l'aménagement portuaire transforment le fleuve en voie de navigation commerciale moderne. L'industrialisation des rives, l'urbanisation des basses-terres et l'exploitation hydroélectrique modifient profondément le paysage riverain. À partir de la seconde moitié du XXe siècle, la dégradation de la qualité de l'eau suscite la mise en place de programmes de restauration et de suivi environnemental, et le Saint-Laurent devient un objet central des politiques québécoises de l'eau.