Portrait et mode de vie
Le Colibri à gorge rubis est l'un des plus petits oiseaux observés au Québec. Il mesure environ 7 à 9 cm de longueur et pèse généralement autour de 3 g. Son bec est long, fin et droit, adapté à la récolte du nectar au fond des fleurs tubulaires.
Plumage
- Mâle adulte : dos et calotte vert métallique, gorge rouge rubis iridescente (le gorgerin) qui peut paraître noire selon l'angle de la lumière, flancs grisâtres à verdâtres et queue fourchue foncée.
- Femelle : dos vert, gorge et dessous blanchâtres, queue arrondie dont les rectrices externes sont tachées de blanc.
- Jeunes : semblables à la femelle ; les jeunes mâles peuvent montrer quelques plumes rouges sur la gorge à la fin de l'été.
Comportement
Comme les autres colibris, l'espèce pratique le vol stationnaire grâce à des battements d'ailes très rapides, de l'ordre d'une cinquantaine par seconde, qui produisent le bourdonnement caractéristique à l'origine de son surnom d'« oiseau-mouche ». Il peut aussi voler à reculons. Son métabolisme très élevé l'oblige à s'alimenter fréquemment durant la journée ; lorsque la température baisse ou que ses réserves sont faibles, il peut entrer la nuit dans un état de torpeur qui réduit sa dépense énergétique.
L'oiseau est solitaire et territorial. Les mâles, en particulier, défendent vigoureusement une source de nourriture (massif de fleurs ou mangeoire) contre leurs congénères et même contre de gros insectes. En période nuptiale, le mâle exécute devant la femelle des vols en arc de cercle, en forme de pendule, pour faire valoir son gorgerin.
Répartition
L'aire de nidification du Colibri à gorge rubis couvre une grande partie de l'est de l'Amérique du Nord, du sud du Canada jusqu'au golfe du Mexique. Il s'agit de la seule espèce de colibri qui fréquente régulièrement l'Est du Canada et la seule qui niche au Québec.
Au Québec
Selon l'Atlas des oiseaux nicheurs du Québec méridional, la présence de l'espèce est surtout associée aux domaines bioclimatiques des érablières et de la sapinière à bouleau jaune. Elle devient beaucoup plus rare dans la sapinière à bouleau blanc et est presque absente de plusieurs secteurs nordiques ou périphériques du territoire couvert par l'atlas. On l'observe notamment dans les vallées du Saint-Laurent et de l'Outaouais, en Estrie, en Mauricie, dans Lanaudière et les Laurentides, ainsi que dans les secteurs méridionaux des régions plus au nord.
L'atlas classe l'espèce comme nicheur migrateur commun, dont l'aire de répartition est stable et les effectifs en augmentation.
Habitat
Le colibri fréquente les lisières et les clairières de forêts feuillues ou mixtes, les vergers, les parcs, les jardins et les milieux riverains, là où abondent les plantes à fleurs nectarifères.
Hivernage
L'espèce quitte le Québec à la fin de l'été et hiverne principalement en Amérique centrale ainsi que dans le sud du Mexique.
Données d'occurrence
La fiche du Catalogue du vivant de Savoirs.Québec indique 195 568 occurrences associées au taxon GBIF 5228514 (donnée non datée).
Croissance et cycle de vie
Migration
Les premiers individus arrivent au Québec au printemps, habituellement en mai, les mâles précédant généralement les femelles. Le départ vers le sud s'étale de la fin de l'été au début de l'automne. Pour rejoindre leurs quartiers d'hiver, de nombreux individus accumulent des réserves de graisse qui peuvent presque doubler leur masse, ce qui permet à une partie d'entre eux de traverser le golfe du Mexique d'un seul vol. Cette migration, remarquable pour un oiseau de quelques grammes, a fait l'objet de nombreux travaux de vulgarisation.
Reproduction
Le mâle ne participe ni à la construction du nid ni aux soins des jeunes ; il peut s'accoupler avec plusieurs femelles au cours de la saison. La femelle bâtit seule un petit nid en coupe, d'environ la taille d'une demi-coquille de noix, composé de duvet végétal lié par de la soie d'araignée et recouvert à l'extérieur de fragments de lichens qui le camouflent. Il est généralement placé sur une branche horizontale d'un arbre, souvent au-dessus d'un espace dégagé.
| Étape | Valeur habituelle |
|---|---|
| Nombre d'œufs | 2 |
| Incubation | environ 12 à 14 jours |
| Séjour des jeunes au nid | environ 18 à 22 jours |
| Couvées par saison au Québec | généralement une |
Les œufs, blancs et minuscules, sont couvés par la femelle, qui nourrit ensuite les oisillons de nectar et d'insectes régurgités. Les jeunes demeurent quelque temps à proximité après l'envol avant d'entreprendre leur propre migration, qu'ils effectuent sans être guidés par les adultes.
Régime alimentaire
Le Colibri à gorge rubis se nourrit principalement de nectar, qu'il puise à l'aide de sa langue longue et bifide. Il privilégie les fleurs tubulaires aux couleurs vives, souvent rouges ou orangées, telles que l'impatiente du Cap, la lobélie cardinale, les monardes et diverses plantes ornementales ou grimpantes des jardins.
Le nectar fournit surtout des sucres ; l'oiseau complète donc son alimentation par de petits insectes et des araignées, qu'il capture en vol, cueille sur le feuillage ou prélève dans les toiles. Cet apport en protéines est essentiel pendant la croissance des jeunes.
Au printemps, lorsque les fleurs sont encore rares, il exploite la sève qui s'écoule des puits forés dans l'écorce des arbres par le Pic maculé. Il fréquente aussi les mangeoires remplies d'eau sucrée installées par les particuliers.
En raison de ses besoins énergétiques très élevés, il s'alimente à intervalles rapprochés tout au long de la journée et visite un grand nombre de fleurs quotidiennement.
Relations avec les autres espèces
En butinant, le Colibri à gorge rubis transporte le pollen d'une fleur à l'autre et agit comme pollinisateur de plusieurs plantes indigènes dont la forme et la couleur des fleurs semblent adaptées aux oiseaux, comme la lobélie cardinale.
Sa relation avec le Pic maculé est souvent citée : les puits de sève creusés par ce pic constituent une source de nourriture importante pour le colibri au début de la saison, avant la floraison abondante, et attirent également des insectes que le colibri peut capturer.
Le colibri est lui-même la proie de divers prédateurs occasionnels. Des petits rapaces, des chats domestiques, et même de grands insectes comme les mantes ou certaines araignées de grande taille peuvent le capturer. Des geais et des écureuils peuvent piller les nids.
Très territorial, il entre en compétition avec les autres colibris de son espèce pour l'accès aux fleurs et aux mangeoires, et chasse parfois des insectes butineurs de sa source de nourriture.
Relations avec l'humain
Statut et conservation
L'espèce est indigène et régulière au Québec. Son rang de précarité (cote S) est S5, ce qui signifie qu'elle est considérée comme en sécurité à l'échelle de la province. Sa fiche indique « Statut LEMV : Non suivie ». Au Canada, les renseignements publiés sur la situation des populations d'oiseaux ne signalent aucune menace importante pour l'espèce. Comme la plupart des oiseaux migrateurs, elle est protégée par la Loi de 1994 sur la convention concernant les oiseaux migrateurs.
D'après l'Atlas des oiseaux nicheurs du Québec méridional, les données du Relevé des oiseaux nicheurs (BBS) indiquent une hausse d'environ 60 % des effectifs québécois et canadiens entre 1990 et 2014.
Jardins et mangeoires
Le colibri est l'un des oiseaux les plus recherchés par les observateurs amateurs et les jardiniers. Des organismes comme QuébecOiseaux et la Fédération canadienne de la faune encouragent l'aménagement de jardins composés de plantes nectarifères, de préférence indigènes, qui fleurissent en succession de la fin du printemps à la fin de l'été. Les mangeoires sont généralement remplies d'une solution d'eau et de sucre blanc sans colorant, qui doit être changée fréquemment pour éviter la fermentation et les moisissures.
Menaces locales
Les collisions avec les fenêtres, la prédation par les chats domestiques, l'usage de pesticides qui réduisent les populations d'insectes et la perte d'habitats fleuris peuvent affecter localement l'espèce.
Anecdotes
- Le surnom d'« oiseau-mouche » renvoie au bourdonnement produit par ses ailes, semblable à celui d'un gros insecte.
- Le gorgerin rouge du mâle ne doit pas sa couleur à un pigment, mais à la structure microscopique des plumes, qui réfléchit la lumière ; il peut ainsi paraître noir à l'ombre.
- Le nom scientifique colubris est d'origine obscure ; il a été proposé que le terme dérive d'un nom indigène des Antilles désignant les colibris.
- Son nid, fixé à l'aide de soie d'araignée, est élastique et s'étire à mesure que les oisillons grandissent.
- Des voies québécoises portent des noms évoquant les colibris, dont la rue des Colibris à Ange-Gardien; la Ville de Québec consacre aussi une fiche toponymique au Colibri à gorge rubis.
- Bien qu'une seule espèce de colibri niche au Québec, d'autres colibris, comme le Colibri roux, y sont signalés de façon exceptionnelle, surtout à l'automne.
