Portrait et mode de vie
Le Colibri d'Anna appartient à l'ordre des Apodiformes et à la famille des Trochilidés, qui regroupe l'ensemble des colibris. Il est classé dans le genre Calypte. Il mesure environ 10 cm de longueur et compte parmi les plus grands colibris observés au Canada.
Plumage
- Mâle : dos et flancs vert métallique ; gorge et calotte d'un rose magenta irisé qui paraît sombre ou presque noir selon l'angle de la lumière. Cette coloration étendue à la tête le distingue du Colibri à gorge rubis, seule espèce de colibri nicheuse au Québec, dont seule la gorge est rouge.
- Femelle : dessus vert, dessous grisâtre, gorge marquée d'une petite tache centrale rose irisée.
- Juvénile : plumage semblable à celui de la femelle, avec une gorge moins marquée.
Comportement
Comme les autres colibris, l'espèce pratique le vol stationnaire pour se nourrir. Le mâle est territorial et défend vigoureusement les sources de nourriture. Il se fait aussi remarquer par ses vocalises, un chant grinçant et répétitif émis depuis un perchoir, ce qui est inhabituel chez les colibris d'Amérique du Nord.
Par temps froid, l'oiseau peut entrer la nuit dans un état de torpeur, abaissant sa température corporelle et son métabolisme pour économiser son énergie.
Répartition
L'aire d'origine du Colibri d'Anna se situe sur la côte pacifique de l'Amérique du Nord, en particulier en Californie et dans le nord de la Basse-Californie. Au cours du XXe siècle, l'espèce a étendu son aire vers le nord et vers l'est, notamment en Oregon, dans l'État de Washington, en Arizona et jusqu'en Colombie-Britannique.
Au Canada
Selon les données fédérales sur la situation des oiseaux, l'espèce se limite essentiellement à la côte sud de la Colombie-Britannique, avec une nidification occasionnelle possible dans l'intérieur sud de la province. Une partie de cette population est sédentaire et demeure sur place en hiver.
Au Québec
Au Québec, le Colibri d'Anna est une espèce indigène à l'échelle du continent, mais de présence accidentelle ou non régulière. Il n'y niche pas et ne figure dans la province qu'à la faveur d'individus égarés loin de leur aire habituelle. La presse régionale a rapporté l'observation d'un individu en Gaspésie à l'automne 2010, une mention qualifiée d'exceptionnelle. Son rang de conservation provincial est SNA, code attribué aux espèces pour lesquelles un rang n'est pas applicable, notamment parce qu'elles ne sont pas des cibles de conservation régulières dans le territoire.
Croissance et cycle de vie
Le Colibri d'Anna se distingue par une période de reproduction précoce. Dans les régions à climat doux de la côte pacifique, la nidification peut commencer dès l'hiver, bien avant celle de la plupart des autres oiseaux nicheurs.
Parade nuptiale
Le mâle exécute un vol de parade spectaculaire : il s'élève à plusieurs dizaines de mètres, puis plonge en piqué vers la femelle. Au bas du piqué, un son bref et sonore est produit par la vibration des plumes externes de la queue, déployées sous l'effet de la vitesse.
Nidification
- Seule la femelle construit le nid, une petite coupe faite de duvet végétal liée par de la soie d'araignée et souvent camouflée de lichens.
- La ponte compte habituellement deux œufs blancs.
- La femelle assure seule l'incubation et l'élevage des jeunes ; le mâle ne participe pas aux soins.
- Plusieurs couvées peuvent se succéder au cours d'une même saison.
Hivernage
Contrairement au Colibri à gorge rubis, qui migre vers l'Amérique centrale, une part importante des Colibris d'Anna reste dans son aire de nidification en hiver, y compris en Colombie-Britannique. Les épisodes de froid intense et de neige représentent alors un risque pour sa survie.
Régime alimentaire
Le Colibri d'Anna se nourrit principalement de nectar, qu'il prélève dans les fleurs à l'aide de son bec fin et de sa langue extensible. Il fréquente une grande variété de plantes indigènes et ornementales, ainsi que les abreuvoirs à colibris installés dans les jardins.
Le nectar fournit surtout des sucres ; l'apport en protéines provient des petits insectes et des araignées, que l'oiseau capture en vol ou cueille sur la végétation. Cet apport est particulièrement important pendant la période d'élevage des jeunes.
En hiver et au début du printemps, lorsque les fleurs sont rares, il consomme également la sève d'arbres qui s'écoule des trous forés par les pics, notamment les pics suceurs de sève, ainsi que les insectes attirés par cette sève. Les abreuvoirs entretenus par les particuliers constituent aussi, dans les secteurs urbains de la côte pacifique, une ressource importante durant la saison froide.
Son métabolisme très élevé l'oblige à s'alimenter fréquemment au cours de la journée. La nuit, la torpeur lui permet de limiter la dépense des réserves accumulées pendant la journée.
Relations avec les autres espèces
Comme les autres colibris, le Colibri d'Anna joue un rôle de pollinisateur pour les plantes dont il visite les fleurs, transportant le pollen d'une fleur à l'autre sur son bec et sa tête. Les fleurs tubulaires aux couleurs vives, souvent rouges, sont particulièrement adaptées à cette pollinisation par les oiseaux.
Les puits de sève creusés par les pics peuvent lui fournir une source de sucre lorsque les fleurs sont rares.
Le mâle défend son territoire d'alimentation contre les autres colibris, y compris ceux d'autres espèces qui partagent son aire, comme le Colibri roux dans l'Ouest canadien. Ces interactions se traduisent par des poursuites aériennes et des démonstrations d'intimidation.
En raison de sa petite taille, il peut être la proie de divers prédateurs, dont certains oiseaux de proie de petite taille, les chats domestiques et, occasionnellement, de grands insectes prédateurs ou des araignées dont il frôle les toiles. Le nid, les œufs et les jeunes sont exposés à des prédateurs comme les geais ou les petits mammifères.
Relations avec l'humain
Le Colibri d'Anna s'est bien adapté aux milieux transformés par l'humain. Les jardins, parcs et quartiers résidentiels plantés de végétaux à floraison prolongée, de même que les abreuvoirs à colibris, ont favorisé son expansion vers le nord le long de la côte pacifique.
En Colombie-Britannique, l'hivernage de l'espèce a suscité l'intérêt du public et des médias, en particulier lors des vagues de froid qui menacent les individus restés sur place. Des ornithologues recommandent alors de maintenir les abreuvoirs dégelés afin que les oiseaux puissent s'y alimenter.
Statut
- Canada : selon le gouvernement fédéral, la situation de l'espèce n'est pas jugée préoccupante. Comme les autres colibris, elle est protégée en vertu de la Loi de 1994 sur la convention concernant les oiseaux migrateurs.
- Québec : rang de conservation SNA et statut LEMV « Non suivie », selon la fiche du Catalogue du vivant.
Au Québec, une observation de Colibri d'Anna constitue un événement rare qui retient l'attention des ornithologues amateurs, puisque l'espèce se trouve alors à plusieurs milliers de kilomètres de son aire habituelle.
Anecdotes
- Le nom de l'espèce rend hommage à Anna Masséna, duchesse de Rivoli, figure de la société française du XIXe siècle. L'oiseau a été décrit par le naturaliste français René Primevère Lesson.
- Lors du piqué de sa parade nuptiale, le mâle atteint des vitesses qui, rapportées à la longueur de son corps, comptent parmi les plus élevées mesurées chez les vertébrés.
- Le son produit au bas du piqué ne provient pas de la gorge de l'oiseau, mais du battement des plumes externes de sa queue dans le flux d'air.
- Le mâle est l'un des rares colibris nord-américains à émettre un véritable chant, qu'il peut faire entendre même en hiver.
- Sa capacité à hiverner dans des régions où il gèle et neige occasionnellement est inhabituelle pour un colibri, et repose à la fois sur la torpeur nocturne et sur l'accès à des sources de nourriture comme les abreuvoirs et la sève des arbres.
- Au Québec, le seul colibri qui niche régulièrement est le Colibri à gorge rubis ; toute autre espèce de colibri y est considérée comme une rareté.
