Portrait et mode de vie
Le Courlis hudsonien est un limicole de taille moyenne à grande, d'environ 40 à 45 cm de longueur. Son plumage est brun grisâtre, finement strié et moucheté, avec une poitrine chamoisée. La tête présente un motif caractéristique : deux larges bandes sombres sur la calotte, séparées par une raie médiane pâle, et un trait sombre traversant l'œil. Le bec, long et nettement arqué vers le bas, est l'outil principal de son alimentation.
Il se distingue du Courlis corlieu d'Eurasie (Numenius phaeopus) notamment par l'absence de croupion blanc : chez le Courlis hudsonien, le croupion et le bas du dos sont bruns, de la même teinte que le reste des parties supérieures. Les sexes sont semblables, la femelle étant en moyenne un peu plus grande.
C'est un oiseau grégaire en dehors de la période de nidification, qui se déplace et s'alimente souvent en petits groupes sur les estrans, les marais salés et les landes côtières. Son cri, une série rapide de notes sifflées, permet souvent de le repérer avant de l'apercevoir.
Taxonomie
L'espèce appartient à l'ordre des Charadriiformes, à la famille des Scolopacidae et au genre Numenius. Le taxon hudsonicus a longtemps été rattaché au Courlis corlieu ; sa reconnaissance comme espèce à part entière dans la taxonomie eBird/Clements a entraîné l'attribution au Courlis hudsonien des observations faites en Amérique. L'épithète « hudsonien » et le nom anglais Hudsonian Whimbrel renvoient à la baie d'Hudson, localité type du taxon.
Répartition
Le Courlis hudsonien niche dans les régions arctiques et subarctiques de l'Amérique du Nord, en particulier en Alaska, dans le nord-ouest du Canada et le long des côtes de la baie d'Hudson. Il hiverne sur les côtes du sud des États-Unis, d'Amérique centrale et d'Amérique du Sud.
Au Québec
Au Québec, l'espèce est indigène et régulière. Elle est surtout observée en période de migration, principalement à la fin de l'été et à l'automne. Les secteurs fréquentés comprennent :
- les rivages de la baie James et de l'est de la baie d'Hudson, dont les plaines hudsoniennes forment une vaste région de milieux humides importante pour les oiseaux de rivage en halte migratoire ;
- l'estuaire et le golfe du Saint-Laurent, notamment sur la Côte-Nord, en Gaspésie et aux Îles-de-la-Madeleine ;
- plus occasionnellement, les rives du Saint-Laurent dans le sud de la province.
La Région de conservation des oiseaux 7 (taïga du Bouclier et plaines hudsoniennes), définie par Environnement et Changement climatique Canada, englobe une partie importante de ces habitats de halte dans le nord du Québec.
Statut
La fiche de Savoirs.Québec attribue à l'espèce le rang de conservation au Québec S2S3. La fiche de Savoirs.Québec indique « Non suivie » dans le champ LEMV. La fiche de Savoirs.Québec fournit une clé taxonomique GBIF, 4408523, et un nombre de 53 occurrences associées au taxon.
Croissance et cycle de vie
Le Courlis hudsonien niche au sol, dans la toundra, les tourbières et les milieux ouverts subarctiques. Le nid consiste en une simple dépression peu profonde, garnie de lichens, de mousses ou de débris végétaux, généralement dissimulée dans une végétation basse.
La ponte compte habituellement quatre œufs, de couleur olive à brunâtre, tachetés de brun. Les deux parents participent à l'incubation, qui dure environ quatre semaines. Les jeunes sont nidifuges : ils quittent le nid peu après l'éclosion et s'alimentent seuls, sous la surveillance des adultes, qui défendent activement le territoire contre les prédateurs.
Comme beaucoup de limicoles arctiques, l'espèce a une saison de reproduction courte, adaptée au bref été nordique. Après la nidification, les adultes entreprennent la migration vers le sud, souvent avant les jeunes de l'année.
Le Courlis hudsonien est un migrateur au long cours. Le suivi par télémétrie satellitaire a montré que certains individus effectuent de longs vols sans escale au-dessus de l'Atlantique entre les haltes du nord-est de l'Amérique du Nord et les aires d'hivernage des Antilles et d'Amérique du Sud. Les haltes côtières, comme celles de la baie James et du golfe du Saint-Laurent, lui permettent de constituer les réserves de graisse nécessaires à ces déplacements.
Relations avec l'humain
Comme d'autres grands limicoles, le Courlis hudsonien a fait l'objet d'une chasse intensive en Amérique du Nord à la fin du XIXe siècle, avant l'entrée en vigueur de la protection accordée aux oiseaux migrateurs. Au Canada, l'espèce est aujourd'hui protégée en vertu de la Loi de 1994 sur la convention concernant les oiseaux migrateurs.
Les principales préoccupations actuelles touchent la conservation des haltes migratoires et des aires d'hivernage : perturbation des rivages, modification des milieux humides côtiers, changements climatiques affectant la toundra de nidification et, dans certaines régions de son aire d'hivernage, la chasse. Les grandes haltes du nord du Québec, comme les rivages de la baie James, font partie des milieux considérés comme essentiels pour les oiseaux de rivage migrateurs.
Pour les ornithologues amateurs québécois, l'espèce constitue une observation recherchée lors des migrations automnales sur les battures et les landes côtières. La séparation taxonomique du Courlis hudsonien et du Courlis corlieu a entraîné une mise à jour des listes d'oiseaux du Québec.
Il ne faut pas confondre cette espèce avec la Barge hudsonienne (Limosa haemastica), autre limicole fréquentant les rivages de la baie James, qui possède un bec légèrement retroussé et fait l'objet d'une évaluation distincte du COSEPAC.
Relations avec les autres espèces
Sur ses aires de halte, le Courlis hudsonien partage les estrans et les marais côtiers avec de nombreux autres limicoles, notamment les bécasseaux, les pluviers et la Barge hudsonienne. Sa grande taille et son long bec lui donnent accès à des proies enfouies plus profondément que celles exploitées par les petits limicoles.
Sur les lieux de nidification, les œufs et les jeunes sont exposés à divers prédateurs, parmi lesquels les renards, les labbes, les goélands et certains rapaces. Les adultes réagissent vigoureusement à ces menaces par des cris d'alarme et des vols d'intimidation.
Régime alimentaire
Le régime du Courlis hudsonien varie selon la saison et le milieu :
- en période de nidification, il se nourrit surtout d'insectes et de leurs larves, d'araignées et d'autres invertébrés de la toundra, ainsi que de petits fruits ;
- en migration, en particulier dans le nord-est de l'Amérique du Nord, il consomme de grandes quantités de petits fruits, comme ceux de la camarine noire et des bleuets, sur les landes côtières, ainsi que des invertébrés marins sur les estrans ;
- en hivernage, il s'alimente principalement de crabes, notamment de crabes violonistes, de mollusques et de vers marins.
Il chasse à vue, en marchant lentement, et saisit ses proies en surface ou les extrait des terriers et des sédiments grâce à son bec arqué.
Anecdotes
- Le nom anglais Whimbrel dériverait d'une imitation du cri de l'oiseau.
- Le nom français « courlis » est parfois déformé ; il ne doit pas être confondu avec le terme culinaire « coulis », sans rapport avec la zoologie.
- La reconnaissance du Courlis hudsonien comme espèce distincte illustre l'évolution constante de la taxonomie ornithologique, qui s'appuie de plus en plus sur les données génétiques et morphologiques.
