Portrait et mode de vie
Le crapaud d'Amérique est un anoure trapu, à la peau sèche couverte de verrues. Sa coloration varie du brun au roux, à l'olive ou au gris, souvent ponctuée de taches sombres portant chacune une ou deux verrues. Le ventre est pâle, parfois tacheté. Derrière les yeux se trouvent deux glandes parotoïdes allongées, qui sécrètent des substances toxiques et irritantes dissuadant de nombreux prédateurs. La tête porte des crêtes osseuses bien visibles.
Les femelles sont généralement plus grandes que les mâles. En période de reproduction, les mâles se reconnaissent à leur gorge foncée et aux callosités sombres qui apparaissent sur leurs doigts antérieurs.
Espèce surtout terrestre, le crapaud d'Amérique est actif principalement au crépuscule et la nuit, particulièrement par temps humide. Le jour, il se réfugie sous des pierres, des débris ou dans un terrier peu profond qu'il creuse avec ses pattes postérieures. Sa peau épaisse le rend moins dépendant de l'humidité que la plupart des grenouilles, ce qui lui permet de s'éloigner considérablement des plans d'eau.
Pendant l'hiver, il hiberne sur la terre ferme en s'enfouissant dans le sol, sous la limite de pénétration du gel.
Répartition
Le crapaud d'Amérique occupe une vaste aire dans l'est de l'Amérique du Nord. Au Québec, il est indigène et présent de façon régulière ; il est répandu dans l'ensemble du Québec méridional et s'étend vers le nord dans la forêt boréale.
L'espèce fréquente une grande diversité d'habitats : forêts feuillues et mixtes, clairières, champs, friches, tourbières, rives de lacs et de cours d'eau, ainsi que les milieux habités comme les jardins et les terrains boisés en périphérie urbaine. Pour la reproduction, elle recherche des eaux peu profondes et calmes : étangs, mares temporaires, fossés, baies de lacs et zones inondées.
Les données du Système mondial d'information sur la biodiversité (GBIF) intégrées au catalogue de la plateforme recensent 7 033 occurrences associées à l'espèce.
| Indicateur | Valeur |
|---|---|
| Origine au Québec | Indigène |
| Régularité | Régulier |
| Rang de priorité (S) | S5 |
| Statut LEMV | Non suivie |
Croissance et cycle de vie
La reproduction a lieu au printemps, peu après la fonte des glaces. Les mâles se rassemblent dans les plans d'eau peu profonds et émettent un long trille musical et soutenu, pouvant durer plusieurs secondes, produit grâce à un sac vocal gonflé sous la gorge. Ce chant est l'un des sons caractéristiques des soirées printanières au Québec.
Lors de l'accouplement, le mâle étreint la femelle par-derrière (amplexus) et féconde les œufs à mesure qu'ils sont pondus. La femelle dépose plusieurs milliers d'œufs noirs disposés en longs cordons gélatineux, souvent entremêlés dans la végétation aquatique ou les débris immergés, une caractéristique qui distingue la ponte des crapauds de celle des grenouilles, pondues en masses.
Les œufs éclosent en quelques jours. Les têtards, petits et très foncés, se déplacent souvent en groupes denses dans les eaux chaudes du littoral. Leur développement est rapide : la métamorphose survient en quelques semaines, généralement au cours de l'été. Les jeunes crapauds qui quittent l'eau mesurent à peine un centimètre et se dispersent alors en grand nombre sur les rives.
La maturité sexuelle est atteinte après deux à trois ans. L'adulte peut vivre plusieurs années en nature.
Régime alimentaire
Le crapaud d'Amérique est un prédateur généraliste d'invertébrés. Il chasse à l'affût ou en se déplaçant lentement, et capture ses proies d'un rapide coup de langue collante.
Son alimentation comprend notamment :
- des insectes, en particulier des coléoptères et des fourmis ;
- des larves et chenilles ;
- des araignées et autres arthropodes ;
- des limaces et escargots ;
- des vers de terre.
Les têtards, quant à eux, se nourrissent principalement d'algues, de débris organiques et de matière végétale en décomposition qu'ils broutent sur le fond et les surfaces immergées. Ce passage d'un régime surtout herbivore et détritivore au stade larvaire à un régime carnivore à l'âge adulte est typique des anoures.
Relations avec les autres espèces
Les sécrétions des glandes parotoïdes et de la peau protègent le crapaud d'Amérique contre une partie des prédateurs, qui apprennent à l'éviter. Certains animaux parviennent néanmoins à le consommer : la couleuvre rayée (Thamnophis sirtalis) tolère ses toxines, et des mammifères comme le raton laveur, de même que certains oiseaux, dont des hérons et des corvidés, s'en nourrissent à l'occasion.
Les têtards sont eux aussi peu appétents pour plusieurs poissons, ce qui permet à l'espèce de se reproduire dans des milieux où d'autres amphibiens subissent une forte prédation. Les œufs et les larves restent toutefois vulnérables aux larves d'insectes aquatiques, aux sangsues et à d'autres invertébrés.
En consommant de grandes quantités d'invertébrés, le crapaud d'Amérique joue un rôle de régulateur des populations d'insectes et de mollusques dans les écosystèmes terrestres. Il constitue lui-même une proie pour les prédateurs adaptés à ses défenses chimiques, ce qui en fait un maillon des réseaux trophiques reliant milieux aquatiques et terrestres.
Relations avec l'humain
Le crapaud d'Amérique est l'un des amphibiens les plus familiers des Québécois, en raison de sa fréquentation des jardins, des terrains résidentiels et des chalets. Il est apprécié des jardiniers pour sa consommation de limaces et d'insectes.
Ses sécrétions cutanées ne sont pas dangereuses pour une personne qui le manipule brièvement, mais elles peuvent irriter les muqueuses et les yeux ; il est recommandé de se laver les mains après tout contact. Les chiens et les chats qui mordent un crapaud peuvent présenter une salivation abondante et une irritation de la bouche.
Au Québec, l'espèce porte le rang S5, qui désigne une espèce largement répandue, abondante et en sécurité à l'échelle provinciale. Elle ne figure pas parmi les espèces suivies en vertu de la Loi sur les espèces menacées ou vulnérables (LEMV). Comme les autres amphibiens, elle demeure sensible à la perte et à la dégradation des milieux humides, à la mortalité routière lors des déplacements vers les sites de reproduction et à l'usage de pesticides.
Anecdotes
- Contrairement à une croyance populaire tenace, toucher un crapaud ne donne pas de verrues : les verrues humaines sont causées par un virus.
- Le crapaud d'Amérique mue régulièrement et avale souvent sa vieille peau.
- Le nom de genre Anaxyrus a remplacé l'ancien classement dans le genre Bufo, sous lequel l'espèce était connue comme Bufo americanus dans de nombreux ouvrages.
- Ses longs cordons d'œufs permettent de reconnaître facilement une ponte de crapaud parmi celles des autres anoures du Québec.
