Portrait et mode de vie
Le crapet vert est un poisson de taille modeste au corps comprimé latéralement, mais plus allongé et plus épais que celui de la plupart des autres crapets du genre Lepomis. Sa bouche est grande pour un crapet : la mâchoire supérieure atteint au moins le milieu de l'œil, ce qui le distingue notamment du crapet-soleil et du crapet arlequin.
Caractères distinctifs
- dos et flancs vert olive à bleuâtre, souvent marqués de reflets métalliques ;
- joues et opercules ornés de lignes ondulées bleu-vert ;
- lobe operculaire sombre, généralement bordé d'une marge pâle ;
- tache sombre à la base postérieure des nageoires dorsale et anale ;
- nageoires pectorales courtes et arrondies ;
- bordure jaunâtre à orangée sur certaines nageoires, plus marquée chez les mâles en période de reproduction.
La plupart des individus mesurent moins de 20 cm à l'âge adulte.
Habitat
L'espèce fréquente les eaux calmes et peu profondes : étangs, petits lacs, baies abritées, ruisseaux lents et fossés. Elle recherche les abris tels que la végétation aquatique, les roches et les débris ligneux. Le crapet vert supporte des conditions défavorables à de nombreuses espèces indigènes, notamment une turbidité élevée, des températures chaudes et une faible concentration d'oxygène dissous, ce qui favorise son établissement dans des milieux perturbés.
Répartition
L'aire de répartition naturelle du crapet vert couvre le centre de l'Amérique du Nord, principalement le bassin du Mississippi et celui des Grands Lacs. L'espèce a été introduite, volontairement ou accidentellement, dans de nombreuses régions situées hors de cette aire, notamment dans l'ouest des États-Unis.
Au Québec
Au Québec, le crapet vert est classé comme espèce exotique, c'est-à-dire qu'il ne fait pas partie de la faune ichtyologique indigène de la province. Sa présence est qualifiée de régulière, mais elle demeure faiblement documentée : la base de données du Système mondial d'information sur la biodiversité (GBIF) recense une vingtaine d'occurrences associées au Québec.
Statut
| Critère | Valeur |
|---|---|
| Origine | Exotique |
| Régularité | Régulier |
| Rang S (Québec) | SNA |
| Statut LEMV | Non suivie |
Le rang SNA (« non applicable ») est attribué aux espèces pour lesquelles une évaluation de conservation n'est pas pertinente, notamment les espèces exotiques. L'espèce ne figure pas parmi celles qui sont suivies en vertu de la Loi sur les espèces menacées ou vulnérables du Québec.
Croissance et cycle de vie
Comme les autres Centrarchidés, le crapet vert se reproduit au printemps et en été, lorsque l'eau s'est suffisamment réchauffée. Le mâle aménage un nid en forme de cuvette en balayant le fond avec sa nageoire caudale, généralement en eau peu profonde, sur un substrat de gravier, de sable ou de débris. Les nids sont souvent regroupés en colonies.
La femelle dépose ses œufs adhésifs dans le nid, où ils sont fécondés par le mâle. Celui-ci assure ensuite la garde des œufs, puis des larves, qu'il défend activement contre les intrus. Une même femelle peut frayer à plusieurs reprises au cours d'une saison.
Croissance et nanisme
La fécondité élevée du crapet vert et sa capacité à frayer plusieurs fois par saison peuvent entraîner, dans les plans d'eau fermés, des populations très denses. La compétition pour la nourriture y provoque fréquemment un phénomène de nanisme, les individus atteignant la maturité à une taille réduite.
Hybridation
L'espèce s'hybride facilement avec d'autres crapets du genre Lepomis, dont le crapet-soleil (Lepomis gibbosus) et le crapet arlequin (Lepomis macrochirus). Ces hybrides peuvent compliquer l'identification sur le terrain.
Relations avec l'humain
Le crapet vert présente un intérêt limité pour la pêche sportive en raison de sa petite taille, bien qu'il morde facilement à l'appât. Il est parfois capturé de façon accessoire par les pêcheurs de crapets et de perchaudes.
Voies d'introduction
Hors de son aire naturelle, la dispersion de l'espèce est généralement attribuée aux activités humaines :
- utilisation et rejet de poissons-appâts vivants ;
- contamination involontaire de lots de poissons destinés à l'ensemencement ;
- libération d'individus gardés en aquarium ou en bassin ;
- ensemencements volontaires dans certaines régions.
Encadrement au Québec
Au Québec, l'utilisation des poissons-appâts et l'introduction de poissons dans les plans d'eau sont encadrées par la réglementation provinciale et fédérale sur la pêche, dont l'application relève notamment du ministère responsable de la faune. Ces règles visent à limiter la propagation d'espèces exotiques et de maladies dans les milieux aquatiques.
Dans plusieurs régions où il a été introduit, le crapet vert est considéré comme une espèce nuisible pour la faune indigène, en raison de sa tolérance écologique et de son comportement compétitif.
Relations avec les autres espèces
Le crapet vert est un poisson territorial et agressif, particulièrement pendant la période de reproduction. Hors de son aire d'origine, il peut entrer en compétition avec les espèces indigènes pour la nourriture, les abris et les sites de fraie.
Effets potentiels sur les milieux d'accueil
- compétition avec d'autres petits poissons, notamment les crapets et les cyprinidés indigènes ;
- prédation sur les œufs, les larves et les juvéniles d'autres poissons ;
- prédation sur les larves d'amphibiens, documentée dans certaines régions d'introduction ;
- hybridation avec les autres espèces de Lepomis, qui peut altérer l'intégrité génétique des populations locales.
Prédateurs
Le crapet vert est lui-même la proie de poissons piscivores, comme les achigans, le grand brochet et le doré, ainsi que d'oiseaux piscivores tels que les hérons, les martins-pêcheurs et les cormorans. Ses œufs et ses alevins sont exposés à la prédation malgré la garde exercée par le mâle.
Au sein de la famille des Centrarchidés, il côtoie au Québec des espèces indigènes comme le crapet-soleil, le crapet de roche, l'achigan à petite bouche et l'achigan à grande bouche.
Régime alimentaire
Le crapet vert est un carnivore opportuniste. Sa grande bouche lui permet de consommer des proies plus volumineuses que celles des autres crapets de taille comparable.
Principales proies
- insectes aquatiques et leurs larves ;
- insectes terrestres tombés à la surface de l'eau ;
- petits crustacés, comme les amphipodes et les écrevisses juvéniles ;
- mollusques ;
- petits poissons, y compris les juvéniles d'autres espèces ;
- larves d'amphibiens.
Les jeunes se nourrissent surtout de zooplancton et de petits invertébrés, puis la proportion de proies plus grosses, dont les poissons, augmente avec la taille. Le crapet vert chasse généralement à l'affût, à proximité des abris que constituent la végétation, les roches ou les débris immergés. Son régime varié contribue à sa capacité de s'établir dans des milieux très différents.
Anecdotes
- Le nom spécifique cyanellus dérive du grec kyanos, « bleu foncé », en référence aux reflets bleutés de l'espèce, notamment aux lignes qui ornent ses joues.
- Le nom de genre Lepomis signifie approximativement « opercule écailleux », d'après le grec lepis, « écaille », et poma, « couvercle ».
- Sa grande tolérance aux conditions difficiles lui permet de survivre dans de petites mares temporaires ou des fossés où peu d'autres poissons persistent.
- Les hybrides entre le crapet vert et le crapet arlequin ont été utilisés dans certains programmes d'aménagement d'étangs aux États-Unis, notamment parce que leur descendance est souvent composée majoritairement de mâles.
- En anglais, l'espèce est appelée green sunfish, nom qui correspond directement à l'appellation française.
