Portrait et mode de vie
Le crapet-soleil appartient à l'ordre des Perciformes et à la famille des Centrarchidés, qui regroupe notamment les achigans et les autres crapets. Son corps est haut, ovale et fortement comprimé latéralement, ce qui lui donne une silhouette en disque caractéristique. Au Québec, les adultes mesurent le plus souvent entre 10 et 20 cm.
Coloration
Le dos est olive à brun doré, les flancs sont parsemés de taches orangées, jaunes ou brunâtres, et le ventre est jaune orangé. Les joues portent des lignes ondulées bleu-vert. Le trait distinctif de l'espèce est le prolongement noir de l'opercule, bordé d'une tache rouge ou orangée en forme de croissant. Les mâles en période de reproduction présentent des couleurs plus vives que les femelles.
Habitat
L'espèce recherche les eaux claires, calmes et relativement chaudes : lacs, étangs, baies abritées, marais et cours d'eau à faible courant. Elle se tient de préférence près des rives, parmi les herbiers aquatiques, les quais, les souches et les autres abris, où elle se déplace souvent en petits groupes. Le crapet-soleil est surtout actif le jour et se retire en eau plus profonde pendant l'hiver, où son activité diminue fortement.
Répartition
Le crapet-soleil est originaire de l'est de l'Amérique du Nord. Son aire naturelle s'étend notamment au bassin des Grands Lacs et du fleuve Saint-Laurent, au versant atlantique et à une partie du haut bassin du Mississippi.
Au Québec
L'espèce est classée indigène et régulière au Québec. Elle occupe principalement le sud de la province : le fleuve Saint-Laurent et ses tributaires, la rivière des Outaouais, ainsi que de nombreux lacs et étangs des basses terres et des contreforts des Appalaches et des Laurentides. Elle se raréfie vers le nord, à mesure que les eaux deviennent plus froides et que la saison de croissance raccourcit.
Le catalogue de référence recense 934 occurrences de l'espèce dans le Système mondial d'information sur la biodiversité (GBIF), sous la clé taxonomique 2394486.
Hors de son aire d'origine
Le crapet-soleil a été introduit dans plusieurs régions du monde, en particulier en Europe, où il s'est établi dans de nombreux plans d'eau. Il y est considéré comme une espèce exotique envahissante en raison de sa compétition avec les poissons indigènes et de sa prédation sur les œufs et les jeunes d'autres espèces.
Croissance et cycle de vie
La reproduction du crapet-soleil a lieu de la fin du printemps au milieu de l'été, lorsque l'eau des zones littorales se réchauffe. Le comportement de fraie est l'un des aspects les mieux connus de l'espèce.
Nidification
Le mâle choisit un emplacement en eau peu profonde, généralement sur un fond de sable, de gravier ou de débris végétaux, et y creuse une dépression circulaire en balayant le substrat avec sa nageoire caudale. Les nids sont souvent regroupés en colonies le long des rives. Le mâle attire une ou plusieurs femelles, qui déposent des œufs adhésifs qu'il féconde. Une femelle peut pondre plusieurs milliers d'œufs au cours d'une saison.
Soins parentaux
Après la ponte, le mâle demeure seul sur le nid. Il ventile les œufs, les débarrasse des sédiments et défend activement le site contre les intrus, y compris d'autres crapets. Les œufs éclosent en quelques jours lorsque l'eau est chaude, et le mâle continue de surveiller les larves pendant une courte période après l'éclosion.
Croissance
La croissance dépend fortement de la température de l'eau et de la densité de la population. Dans les plans d'eau où les crapets sont très nombreux, les individus restent souvent de petite taille. La maturité sexuelle est généralement atteinte vers l'âge de deux ou trois ans, et la longévité peut approcher une dizaine d'années.
Régime alimentaire
Le crapet-soleil est un carnivore opportuniste qui se nourrit surtout d'invertébrés trouvés près du fond et parmi la végétation aquatique.
Ses proies comprennent notamment :
- des larves et des nymphes d'insectes aquatiques ;
- des escargots et d'autres petits mollusques ;
- de petits crustacés, comme les amphipodes et les zooplanctontes ;
- des insectes tombés à la surface ;
- occasionnellement des œufs de poissons et de très petits poissons.
L'espèce se distingue des autres crapets par sa capacité à consommer des mollusques à coquille dure. Elle possède en effet des dents pharyngiennes robustes, situées au fond de la gorge, qui lui permettent de broyer la coquille des escargots. Cette spécialisation relative est plus marquée chez les adultes, alors que les jeunes s'alimentent davantage de petits crustacés et de larves d'insectes.
Le crapet-soleil se nourrit principalement le jour, en inspectant lentement les herbiers et le fond près des rives.
Relations avec les autres espèces
Dans les écosystèmes littoraux du sud du Québec, le crapet-soleil occupe une position intermédiaire dans le réseau trophique.
Prédateurs
Les jeunes et les adultes de petite taille sont la proie de poissons piscivores comme l'achigan à grande bouche, l'achigan à petite bouche, le grand brochet, le doré jaune et la perchaude. Plusieurs oiseaux aquatiques, dont le grand héron, le martin-pêcheur d'Amérique et le plongeon huard, ainsi que certains mammifères semi-aquatiques, s'en nourrissent également.
Compétition et hybridation
Le crapet-soleil partage souvent son habitat avec d'autres centrarchidés, dont le crapet de roche et le crapet arlequin, avec lesquels il peut entrer en compétition pour la nourriture et les sites de nidification. Les espèces du genre Lepomis s'hybrident assez facilement entre elles, et des hybrides entre le crapet-soleil et le crapet arlequin sont signalés là où les deux espèces cohabitent.
Rôle écologique
Par sa consommation d'escargots et d'invertébrés, le crapet-soleil contribue à réguler ces populations. Son habitude de se nourrir d'œufs d'autres poissons peut toutefois nuire au recrutement de certaines espèces lorsqu'il est très abondant, ce qui explique en partie les préoccupations qu'il suscite là où il a été introduit.
Relations avec l'humain
Le crapet-soleil est l'un des poissons les plus connus du grand public au Québec. Abondant près des quais, des plages et des rives aménagées, il est facile à observer en eau claire, notamment lorsque les mâles gardent leurs nids pendant l'été.
Pêche
En raison de sa présence près des rives et de sa tendance à mordre facilement aux appâts naturels comme les vers, il est souvent l'un des premiers poissons capturés par les jeunes pêcheurs. Sa chair est comestible, mais sa petite taille limite son intérêt pour la consommation. La pêche sportive au Québec est encadrée par la réglementation provinciale, qui précise notamment l'obligation de détenir un permis et les règles propres à chaque zone de pêche.
Conservation
Au Québec, l'espèce porte le rang de conservation S5, qui désigne une espèce largement répandue, abondante et non en péril à l'échelle de la province. Elle ne figure pas parmi les espèces suivies en vertu de la Loi sur les espèces menacées ou vulnérables. Comme les autres poissons du littoral, elle dépend toutefois de la qualité de l'eau et du maintien des herbiers riverains, qui peuvent être affectés par l'artificialisation des rives et l'eutrophisation.
Espèce introduite ailleurs
Ailleurs dans le monde, notamment en Europe, le crapet-soleil a été diffusé par l'aquariophilie et l'empoissonnement ornemental, et il fait l'objet de mesures de contrôle dans plusieurs pays.
Anecdotes
- Le nom anglais de l'espèce, pumpkinseed, évoque la forme ovale et aplatie du poisson ainsi que sa coloration, qui rappellent une graine de citrouille.
- L'épithète latine gibbosus signifie « bossu » et fait allusion au profil arqué du dos.
- Les colonies de nids de crapets-soleils sont souvent visibles depuis les quais au début de l'été : elles forment de petites cuvettes claires et régulières sur le fond, chacune occupée par un mâle qui en chasse les intrus.
- Le mâle défend son nid avec une vigueur notable pour un poisson de sa taille et n'hésite pas à charger des poissons plus gros que lui.
