Portrait et mode de vie
Le crapet arlequin est un poisson à nageoires rayonnées (classe des Actinoptérygiens) de l'ordre des Perciformes et de la famille des Centrarchidés, qui regroupe aussi les achigans et les autres crapets. Le genre Lepomis réunit les crapets proprement dits ; le nom d'espèce macrochirus dérive du grec et signifie « grande main ».
Description
- Corps : haut, ovale et fortement comprimé latéralement, typique des crapets.
- Bouche : petite, n'atteignant pas l'aplomb de l'œil.
- Lobe operculaire : prolongement de l'opercule entièrement noir, sans bordure colorée, contrairement au crapet-soleil dont le lobe porte une tache rouge orangé.
- Nageoire dorsale : une tache sombre bien visible à la base de la partie molle, à l'arrière.
- Coloration : flancs olivâtres à bleuâtres, souvent marqués de barres verticales sombres ; reflets bleutés sur la joue et le bas de l'opercule. En période de reproduction, le mâle arbore une poitrine orangée à cuivrée.
- Taille : la plupart des adultes mesurent entre 15 et 20 cm ; les individus de grande taille sont rares dans les eaux québécoises, situées à la limite nord de l'aire de l'espèce.
Habitat
L'espèce recherche les eaux tièdes, claires et peu profondes : baies abritées, zones littorales de lacs, étangs et tronçons lents de rivières, généralement à proximité d'herbiers aquatiques, de souches ou d'autres abris. Les jeunes se tiennent en bancs près du couvert végétal, tandis que les adultes peuvent s'aventurer en eau plus profonde. En hiver, l'activité ralentit et les poissons gagnent des eaux plus profondes.
Répartition
Aire naturelle
L'aire d'origine du crapet arlequin couvre une grande partie de l'est de l'Amérique du Nord, du bassin des Grands Lacs et du Saint-Laurent jusqu'au golfe du Mexique, en passant par le bassin du Mississippi. L'espèce a été largement introduite hors de cette aire, en Amérique du Nord comme sur d'autres continents.
Au Québec
Le Québec se situe à la limite septentrionale de l'aire naturelle de l'espèce. Le crapet arlequin y est considéré comme indigène et régulier. Sa présence est surtout associée au sud-ouest de la province, notamment au bassin de la rivière des Outaouais et au tronçon supérieur du fleuve Saint-Laurent, là où les eaux atteignent en été des températures suffisantes pour sa reproduction. Il y est beaucoup moins répandu que le crapet-soleil, son proche parent.
Statut
| Indicateur | Valeur |
|---|---|
| Origine | Indigène |
| Régularité | Régulier |
| Rang de priorité pour la conservation (S) | S4 |
| Statut selon la Loi sur les espèces menacées ou vulnérables | Non suivie |
| Occurrences recensées dans le GBIF | 101 |
Le rang S4, attribué à l'échelle du Québec selon la méthode de NatureServe, désigne une espèce apparemment en sécurité, même si elle peut être peu commune dans certaines parties de son aire.
Croissance et cycle de vie
Reproduction
La fraie a lieu à la fin du printemps et en été, lorsque l'eau des hauts-fonds se réchauffe. Le mâle creuse avec sa nageoire caudale une cuvette circulaire dans un fond de sable ou de gravier fin, en eau peu profonde. Les nids sont souvent regroupés en colonies où ils se touchent presque, une particularité marquée chez cette espèce.
Le mâle défend son nid, attire une ou plusieurs femelles, puis surveille et ventile les œufs, qui adhèrent au substrat. Il continue de protéger les larves peu après l'éclosion. Une même femelle peut pondre plusieurs milliers d'œufs.
Tactiques reproductrices alternatives
Le crapet arlequin est reconnu en écologie comportementale pour ses stratégies de reproduction multiples. À côté des mâles « parentaux », qui construisent et gardent les nids, certains petits mâles, dits « furtifs » ou « satellites », profitent des pontes en cours pour féconder une partie des œufs sans investir dans les soins parentaux. Ces tactiques ont fait l'objet de nombreuses études, notamment dans des lacs de l'Ontario voisins du Québec.
Croissance
La croissance dépend fortement de la température de l'eau et de l'abondance de nourriture. Dans les plans d'eau où la densité est élevée, les populations peuvent compter beaucoup d'individus de petite taille, un phénomène de nanisme également observé chez d'autres crapets. Aux latitudes nordiques comme celles du Québec, la croissance est plus lente qu'au sud de l'aire de répartition.
Régime alimentaire
Le crapet arlequin est un carnivore opportuniste qui se nourrit surtout de petits invertébrés. Sa petite bouche le spécialise dans la capture de proies de faible taille.
- Jeunes : zooplancton, petits crustacés et larves d'insectes.
- Adultes : larves et nymphes d'insectes aquatiques, insectes tombés à la surface, petits crustacés comme les amphipodes, mollusques, vers ; occasionnellement des œufs et des alevins d'autres poissons.
Il s'alimente de jour, aussi bien dans la végétation qu'en pleine eau ou à la surface, et peut consommer de petites quantités de matière végétale. Sa capacité à exploiter le zooplancton en pleine eau et les invertébrés du littoral lui permet de changer d'habitat d'alimentation selon la saison et la présence de prédateurs.
Relations avec les autres espèces
Prédateurs
En raison de sa petite taille, le crapet arlequin est une proie importante pour plusieurs poissons piscivores, dont l'achigan à grande bouche, le grand brochet et le maskinongé. Les oiseaux piscivores, comme le grand héron et les martins-pêcheurs, en capturent aussi. Sa forme haute et ses épines dorsales le rendent toutefois difficile à avaler pour les petits prédateurs.
Compétition et hybridation
Il partage souvent son habitat avec le crapet-soleil (Lepomis gibbosus) et le crapet de roche, avec lesquels il entre en compétition pour la nourriture et les sites de nidification. Les espèces du genre Lepomis s'hybrident assez facilement, et des hybrides entre le crapet arlequin et le crapet-soleil sont connus, ce qui peut compliquer l'identification sur le terrain.
Rôle écologique
Comme consommateur d'invertébrés et proie de poissons de plus grande taille, le crapet arlequin occupe une position intermédiaire dans les réseaux trophiques des eaux chaudes. Ses relations avec l'achigan à grande bouche ont été largement étudiées en gestion des pêches, les deux espèces étant souvent associées dans les étangs et les petits lacs.
Relations avec l'humain
Le crapet arlequin est un poisson apprécié en pêche récréative en Amérique du Nord, notamment pour la pêche familiale et l'initiation des jeunes, en raison de sa présence près des rives et de sa propension à mordre. Sa chair blanche est comestible.
Au Québec, sa pêche est encadrée par la réglementation provinciale sur la pêche sportive, administrée par le ministère responsable de la faune, qui fixe les zones de pêche, les périodes et les limites applicables. L'espèce demeure moins connue des pêcheurs québécois que le crapet-soleil, plus répandu.
Hors de son aire naturelle, le crapet arlequin a été introduit dans de nombreuses régions pour la pêche sportive ou l'aménagement d'étangs. Dans plusieurs pays, ces introductions ont entraîné l'établissement de populations envahissantes qui concurrencent les espèces indigènes. Au Québec, où l'espèce est indigène, elle ne fait pas l'objet d'une désignation légale et n'est pas suivie au titre de la Loi sur les espèces menacées ou vulnérables.
Anecdotes
- Le nom anglais Bluegill, « ouïe bleue », fait référence aux reflets bleutés de la joue et du bas de l'opercule.
- Le crapet arlequin est l'un des poissons modèles les plus utilisés en écologie comportementale nord-américaine, en particulier pour l'étude de la nidification en colonie et des tactiques reproductrices alternatives des mâles.
- Au Japon, l'espèce a été introduite en 1960 à partir de spécimens offerts par la ville de Chicago au prince héritier Akihito ; elle s'y est ensuite répandue au point de devenir envahissante, ce que l'empereur Akihito a publiquement regretté en 2007.
- Il est l'emblème officiel de l'État de l'Illinois, aux États-Unis.
