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Le vivant

Crapet de roche

Le crapet de roche (Ambloplites rupestris) est un poisson d'eau douce indigène de la famille des Centrarchidés, présent dans le sud-ouest du Québec. Reconnaissable à son œil rouge et à son corps trapu marqué de rangées de taches sombres, il fréquente les eaux claires à fond rocheux des lacs et des rivières. Il est classé S5 au Québec, soit une espèce non en péril, et n'est pas suivi au titre de la Loi sur les espèces menacées ou vulnérables. Il est apprécié des pêcheurs sportifs.

Observations au Québec

348 occurrences GBIF.

Traces et indices

Traces et indices de Crapet de roche
Visuel documentaire des traces typiques
  • Aucune empreinte ni fèces utilisables : c'est un poisson, donc les indices reposent surtout sur les nids et l'observation directe.
  • Nid : cuvette circulaire d'environ 20 à 30 cm de diamètre, nettoyée dans le gravier ou le sable grossier, souvent collée contre une roche, une souche ou un débris ligneux.
  • Les nids se trouvent surtout en eau claire et peu profonde (environ 0,3 à 1,5 m), de la fin mai à juin, quand l'eau atteint à peu près 15 à 21 °C.
  • Les nids sont plutôt isolés ou espacés, contrairement aux colonies serrées du crapet-soleil.
  • Un mâle reste immobile au-dessus du nid et charge les intrus pour défendre les œufs, puis les alevins.
  • Il fréquente les fonds rocheux, les enrochements, les quais et les amas de roches des lacs et des rivières aux eaux claires.
  • Le poisson observé a de gros yeux rouges et des rangées de points sombres formant des lignes sur les flancs.
  • La nageoire anale compte 6 épines, au lieu de 3 chez les autres crapets, ce qui confirme l'espèce en main.

Portrait et mode de vie

Le crapet de roche est un poisson de taille moyenne au corps robuste, haut et comprimé latéralement. Sa bouche est grande et son œil, proportionnellement volumineux, présente un iris rouge à orangé caractéristique, qui lui vaut en anglais le surnom de redeye. Sa coloration générale varie du brun olive au bronze, avec des reflets dorés ; les flancs portent des rangées longitudinales de petites taches sombres, situées à la base des écailles, qui forment des lignes pointillées. Les individus peuvent foncer ou pâlir rapidement selon le milieu et leur état.

Plusieurs caractères permettent de le distinguer des autres membres de sa famille :

  • une nageoire anale munie de cinq à sept épines, généralement six, alors que la plupart des autres crapets en possèdent trois ;
  • une nageoire dorsale continue comportant une dizaine d'épines suivies de rayons mous ;
  • l'absence de la tache operculaire colorée qu'arborent le crapet-soleil et le crapet arlequin.

La longueur des adultes se situe le plus souvent entre 15 et 25 cm. L'espèce est grégaire et vit fréquemment en petits groupes près des abris : blocs rocheux, troncs immergés, quais et herbiers. Elle est surtout active à l'aube, au crépuscule et durant la nuit, et se tient à l'abri pendant les heures les plus lumineuses.

Répartition

L'aire de répartition naturelle du crapet de roche couvre le centre-est de l'Amérique du Nord : bassin des Grands Lacs et du fleuve Saint-Laurent, haut bassin du Mississippi et une partie du bassin de la baie d'Hudson. L'espèce a été introduite à l'extérieur de cette aire dans diverses régions des États-Unis.

Au Québec, le crapet de roche est indigène et régulier. Il occupe principalement le sud-ouest de la province, notamment :

  • le fleuve Saint-Laurent et ses élargissements dans sa portion d'eau douce ;
  • la rivière des Outaouais et plusieurs de ses tributaires ;
  • la rivière Richelieu et le bassin du lac Champlain ;
  • divers lacs et rivières de la plaine du Saint-Laurent.

Habitat

Il recherche les eaux claires, relativement fraîches et bien oxygénées, où le fond est composé de roches, de galets ou de gravier, avec une végétation aquatique modérée. On le trouve sur les hauts-fonds rocheux des lacs et dans les secteurs calmes des rivières, souvent en compagnie de l'achigan à petite bouche. Il évite généralement les eaux très turbides et les fonds vaseux dépourvus d'abris.

Statut

Au Québec, l'espèce porte le rang S5, qui désigne une espèce largement répandue et non en péril à l'échelle provinciale. Elle ne figure pas parmi les espèces suivies en vertu de la Loi sur les espèces menacées ou vulnérables.

Croissance et cycle de vie

La fraye a lieu à la fin du printemps et au début de l'été, lorsque l'eau se réchauffe. Comme chez les autres Centrarchidés, le mâle prend en charge la reproduction : il creuse à l'aide de sa nageoire caudale une dépression peu profonde dans le gravier ou le sable, en eau peu profonde et à proximité d'un abri. Les nids sont parfois regroupés en colonies lâches.

Une ou plusieurs femelles déposent leurs œufs adhésifs dans le nid, où le mâle les féconde. Celui-ci défend ensuite activement le nid, ventile les œufs et protège les jeunes pendant quelques jours après l'éclosion, qui survient rapidement par temps chaud.

La croissance dépend fortement de la température de l'eau et de l'abondance de nourriture ; elle est plus lente dans les plans d'eau situés à la limite nord de l'aire de l'espèce, comme ceux du Québec. La maturité sexuelle est habituellement atteinte vers l'âge de deux à trois ans. Le crapet de roche peut vivre une dizaine d'années.

ÉtapeCaractéristiques générales
FrayeFin du printemps, début de l'été
NidDépression creusée par le mâle dans le gravier
Soins parentauxGarde des œufs et des alevins par le mâle
MaturitéEnviron 2 à 3 ans

Régime alimentaire

Le crapet de roche est un carnivore opportuniste qui chasse principalement à l'affût près des abris rocheux. Sa grande bouche lui permet de capturer des proies relativement volumineuses pour sa taille.

Son alimentation comprend notamment :

  • des écrevisses, qui constituent souvent une part importante de son régime chez les adultes ;
  • des larves et des adultes d'insectes aquatiques (éphémères, trichoptères, libellules) ;
  • des insectes terrestres tombés à la surface de l'eau ;
  • de petits poissons, dont des ménés et des jeunes perchaudes ou crapets.

Les jeunes consomment surtout du zooplancton et de petits invertébrés benthiques, puis intègrent progressivement des proies plus grosses à mesure qu'ils grandissent. L'activité alimentaire est plus intense en début et en fin de journée ainsi que la nuit, ce que facilite la grande taille de ses yeux.

Relations avec les autres espèces

Le crapet de roche partage son habitat avec plusieurs poissons des eaux chaudes et tempérées du sud du Québec, notamment l'achigan à petite bouche, le crapet-soleil, la perchaude et divers ménés. Sa préférence pour les fonds rocheux et son régime riche en écrevisses le placent en concurrence partielle avec l'achigan à petite bouche, avec lequel il cohabite fréquemment.

En tant que prédateur d'invertébrés et de petits poissons, il participe à la régulation des populations d'écrevisses et de poissons fourrage. Il est lui-même la proie de prédateurs piscivores tels que le grand brochet, le maskinongé et le doré jaune, ainsi que d'oiseaux piscivores comme le grand héron et les martins-pêcheurs. Les œufs et les alevins sont exposés à la prédation par d'autres poissons, ce que compense en partie la garde assurée par le mâle.

Comme d'autres poissons d'eau douce, il peut héberger divers parasites, dont des larves de trématodes qui forment de petits kystes noirs dans la peau et les muscles ; ces parasites sont sans danger pour l'humain lorsque la chair est bien cuite.

Relations avec l'humain

Au Québec, le crapet de roche est surtout connu des pêcheurs sportifs. Facile à prendre près des quais, des enrochements et des hauts-fonds rocheux, il mord volontiers aux vers, aux petits leurres et aux mouches, ce qui en fait une prise fréquente pour les débutants et les jeunes pêcheurs. Il est souvent capturé de façon accessoire lors de la pêche à l'achigan.

Sa chair blanche et ferme est comestible et se prépare comme celle des autres crapets, généralement en filets ou entière après écaillage. La pêche sportive au Québec est encadrée par la réglementation provinciale et fédérale, qui fixe les zones, les périodes et les limites de prise applicables ; les pêcheurs doivent consulter la réglementation en vigueur pour la zone visée.

L'espèce ne fait l'objet d'aucune mesure de protection particulière dans la province, compte tenu de son statut non en péril. Elle demeure néanmoins sensible à la dégradation de son habitat, en particulier à l'augmentation de la turbidité et à l'envasement des fonds rocheux.

Anecdotes

  • Le nom anglais Rock Bass et le nom scientifique rupestris, du latin signifiant « qui vit parmi les rochers », renvoient tous deux à son habitat de prédilection.
  • La couleur rouge de son œil lui vaut en anglais les surnoms de redeye ou goggle-eye.
  • Sa capacité à changer rapidement de teinte, du clair au foncé, lui permet de se fondre dans son environnement immédiat.
  • Le crapet de roche est parfois désigné à tort comme un « achigan » en raison de sa grande bouche et de sa fréquentation des mêmes milieux que l'achigan à petite bouche.

Sources

  1. GBIF — Ambloplites rupestris (clé taxonomique 2394514)
  2. Catalogue du vivant de Savoirs.Québec — fiche Crapet de roche
  3. Bernatchez, L. et M. Giroux, Les poissons d'eau douce du Québec et des Maritimes, Éditions Michel Quintin
  4. Scott, W. B. et E. J. Crossman, Poissons d'eau douce du Canada, Office des recherches sur les pêcheries du Canada
  5. Ministère de l'Environnement, de la Lutte contre les changements climatiques, de la Faune et des Parcs du Québec — fiches sur les poissons d'eau douce
  6. Centre de données sur le patrimoine naturel du Québec (CDPNQ) — rangs de priorité
  7. NatureServe Explorer — Ambloplites rupestris

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Mots-clés : crapet de roche, ambloplites rupestris, centrarchidés, poisson d'eau douce, pêche sportive, fleuve saint-laurent, rivière des outaouais, faune aquatique

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