Portrait et mode de vie
Le crayon d'argent est un poisson de petite taille, au corps mince, allongé et légèrement comprimé latéralement. Sa longueur totale dépasse rarement une dizaine de centimètres. Sa chair est si peu pigmentée que l'animal paraît presque transparent dans l'eau ; une bande argentée brillante court le long de ses flancs, de l'opercule jusqu'à la queue, d'où son nom français.
Plusieurs caractères permettent de le reconnaître :
- un museau long et pointu, en forme de bec, avec une bouche orientée vers le haut ;
- de grands yeux placés haut sur la tête ;
- deux nageoires dorsales bien séparées, la première petite et soutenue par quelques épines grêles ;
- une nageoire anale longue, à base étendue.
C'est un poisson pélagique de surface, qui se déplace en bancs dans la couche supérieure de l'eau des lacs, des baies abritées et des rivières à faible courant. Il recherche les eaux claires et tempérées, souvent au voisinage d'herbiers aquatiques. Très actif, il nage par à-coups rapides et peut bondir hors de l'eau, notamment lorsqu'il est poursuivi.
Répartition
L'aire de répartition naturelle du crayon d'argent couvre une large partie de l'est de l'Amérique du Nord, principalement le bassin des Grands Lacs et celui du Mississippi, avec des populations qui s'étendent vers le sud jusqu'aux États bordant le golfe du Mexique.
Au Québec, l'espèce se trouve à la limite nord-est de son aire. Elle y est indigène et considérée comme régulière, mais sa présence est restreinte au sud-ouest de la province, dans les eaux tempérées du réseau du fleuve Saint-Laurent et de ses tributaires, en particulier dans le secteur des lacs fluviaux en amont de Montréal et dans le bassin de la rivière des Outaouais.
Le crayon d'argent porte le rang de priorité de conservation S4, qui désigne à l'échelle provinciale une espèce apparemment non en péril. Il n'est pas suivi au titre de la Loi sur les espèces menacées ou vulnérables du Québec. La base de données mondiale GBIF recense 46 occurrences rattachées à ce taxon dans les données associées au catalogue.
En raison de sa petite taille et de son comportement de surface, l'espèce peut passer inaperçue lors des inventaires ichtyologiques réalisés au filet ou à la pêche électrique en profondeur, ce qui complique l'évaluation fine de sa répartition.
Croissance et cycle de vie
Le crayon d'argent se distingue par une longévité très courte. La plupart des individus ne vivent qu'un peu plus d'une année : nés au début de l'été, ils croissent rapidement durant leur premier été, passent l'hiver, puis se reproduisent au printemps ou au début de l'été suivant avant de mourir. Seule une faible proportion des individus survit au-delà de cette première reproduction.
La fraie a lieu dans les eaux peu profondes, lorsque la température de l'eau se réchauffe. Les œufs, de petite taille, sont munis d'un filament adhésif qui leur permet de s'accrocher à la végétation aquatique ou à d'autres supports immergés. Il n'y a pas de soins parentaux.
Les larves éclosent rapidement et se tiennent d'abord au large, en eau libre, près de la surface. Cette phase pélagique précoce est caractéristique de l'espèce. Les jeunes se rapprochent ensuite des rives et forment des bancs avec les adultes vers la fin de l'été.
Ce cycle annuel rend l'abondance des populations très dépendante du succès de reproduction d'une seule année : une saison défavorable peut entraîner une baisse marquée des effectifs l'année suivante.
Régime alimentaire
Le crayon d'argent est un prédateur visuel de petites proies, adapté à la chasse près de la surface grâce à ses grands yeux et à sa bouche orientée vers le haut. Son long museau en bec lui permet de saisir avec précision des organismes de très petite taille.
Son alimentation comprend principalement :
- le zooplancton, notamment de petits crustacés comme les cladocères et les copépodes ;
- les larves et les nymphes d'insectes aquatiques, en particulier celles des moucherons ;
- les insectes terrestres tombés à la surface de l'eau.
La proportion de chaque catégorie de proies varie selon la saison et l'âge des poissons : les jeunes consomment surtout du zooplancton, tandis que les adultes capturent davantage d'insectes. L'espèce s'alimente essentiellement de jour, en patrouillant la couche superficielle de la colonne d'eau.
Relations avec les autres espèces
Par son abondance locale et sa petite taille, le crayon d'argent joue un rôle de poisson fourrage dans les écosystèmes d'eau douce du sud du Québec. Il assure un lien entre les petits invertébrés, dont il se nourrit, et les prédateurs de niveaux trophiques supérieurs.
Parmi ses prédateurs figurent des poissons piscivores comme les achigans, les grands brochets et les perchaudes, qui chassent dans les zones littorales et en eau libre. Son comportement de surface l'expose également aux oiseaux piscivores, notamment les sternes, les martins-pêcheurs et les goélands, qui capturent les poissons nageant juste sous la surface.
Le crayon d'argent partage son habitat avec d'autres petits poissons de surface et de bancs, notamment des cyprinidés comme les méné. La concurrence alimentaire avec ces espèces porte surtout sur le zooplancton et les insectes de surface. Ses bonds hors de l'eau sont souvent interprétés comme un comportement de fuite devant les prédateurs.
Relations avec l'humain
Le crayon d'argent ne fait l'objet d'aucune pêche commerciale ou sportive au Québec. Sa petite taille et sa fragilité le rendent peu adapté à l'utilisation comme poisson-appât, car il supporte mal la manipulation et la captivité.
L'espèce présente surtout un intérêt écologique et scientifique. Comme poisson fourrage, elle contribue au soutien des populations de poissons recherchés par les pêcheurs sportifs. Sa sensibilité à la clarté de l'eau en fait par ailleurs un organisme intéressant pour le suivi de la qualité des milieux aquatiques : l'augmentation de la turbidité, la dégradation des herbiers et la pollution peuvent nuire à cette espèce qui chasse à vue.
Au Québec, le crayon d'argent porte le rang S4 et n'est pas désigné ni suivi en vertu de la Loi sur les espèces menacées ou vulnérables. Il est néanmoins pris en compte dans les inventaires de la faune ichtyologique du fleuve Saint-Laurent et de ses tributaires.
Anecdotes
- Le nom de genre Labidesthes est formé à partir du grec et évoque des mâchoires en pince, en référence à la forme de la bouche et du museau de l'animal.
- Le nom anglais Brook Silverside signifie littéralement « flanc d'argent des ruisseaux », un nom qui renvoie, comme le nom français, à la bande argentée qui orne ses flancs.
- Les bancs de crayons d'argent peuvent être observés à l'œil nu depuis les quais et les rives en été, où leurs reflets argentés trahissent leur présence à la surface.
- Son cycle de vie d'environ un an est l'un des plus courts parmi les poissons d'eau douce du Québec.
