Portrait et mode de vie
L'Eider à duvet est l'un des plus grands canards de l'hémisphère Nord. Il présente un corps trapu, un cou court et une tête au profil caractéristique, le bec se prolongeant en pente continue vers le front.
Dimorphisme sexuel
- Mâle nuptial : dos et poitrine blancs, flancs et ventre noirs, calotte noire et nuque teintée de vert pâle.
- Femelle : plumage brun chaud finement barré de noir, qui assure un camouflage efficace sur le nid.
- Jeunes mâles : plumage intermédiaire, brun mêlé de blanc, pendant plusieurs années avant d'acquérir la livrée adulte.
Mode de vie
Oiseau strictement marin, l'eider fréquente les côtes rocheuses, les îles et les hauts-fonds. Il se nourrit en plongeant, souvent en groupes serrés. Grégaire en dehors de la nidification, il forme de grands radeaux sur l'eau, notamment en période de mue et en hiver. Il niche généralement au sol, souvent en colonies, sur des îles où les prédateurs terrestres sont absents ou rares.
Répartition
L'espèce occupe les littoraux arctiques et subarctiques d'Amérique du Nord, d'Europe et d'Asie. Plusieurs sous-espèces sont reconnues ; au Québec méridional, c'est la sous-espèce dresseri qui niche dans l'estuaire et le golfe du Saint-Laurent.
Principales colonies québécoises
Les colonies les plus importantes du Québec méridional se situent sur des îles de l'estuaire. Selon le deuxième Atlas des oiseaux nicheurs du Québec, cinq îles réunissaient à elles seules près de 15 000 nids :
- île Bicquette ;
- île aux Pommes ;
- île Blanche ;
- Le Gros Pot ;
- île aux Fraises.
D'autres sites importants se trouvent sur la Côte-Nord. Le refuge d'oiseaux migrateurs de l'Île-à-la-Brume, sur la Basse-Côte-Nord, et la réserve de parc national de l'Archipel-de-Mingan abritent des aires de nidification suivies par les autorités fédérales.
Abondance estimée
| Indicateur | Valeur | Période ou année |
|---|---|---|
| Nids, réserve de parc national de l'Archipel-de-Mingan | 3 090 | 2015 |
| Couples, refuge de l'Île-à-la-Brume | près de 600 | 2015 |
| Couples de dresseri, Québec méridional | environ 44 000 | période du deuxième atlas |
| Variation par rapport au premier atlas | hausse estimée de 25 % | entre les deux atlas |
Ces valeurs correspondent à des estimations régionales datées et non à un dénombrement actuel. La fiche du Catalogue du vivant de Savoirs.Québec rapporte plus de 130 000 occurrences de l'espèce dans GBIF ; ces occurrences ne constituent pas un dénombrement d'individus.
Croissance et cycle de vie
La nidification se déroule au printemps et au début de l'été. La femelle aménage une dépression au sol, souvent abritée par la végétation, des rochers ou du bois flotté, puis la garnit de duvet arraché à sa propre poitrine. Ce duvet isole les œufs et les recouvre lorsque la femelle quitte brièvement le nid.
La femelle incube seule. Pendant cette période, elle se nourrit très peu et puise dans ses réserves corporelles, ce qui la rend vulnérable aux maladies et aux perturbations. Le mâle quitte la colonie peu après la ponte et rejoint d'autres mâles pour la mue.
Peu après l'éclosion, les canetons, nidifuges, sont conduits à l'eau. Les nichées de plusieurs femelles se regroupent fréquemment en crèches surveillées par quelques adultes, comportement qui offre une certaine protection contre les prédateurs. La mortalité des canetons est néanmoins élevée durant les premières semaines.
L'eider est un oiseau longévif dont la maturité sexuelle est tardive ; les mâles n'acquièrent le plumage nuptial complet qu'après plusieurs années. Cette faible productivité annuelle rend la population sensible à toute hausse de la mortalité des femelles adultes.
Relations avec l'humain
Récolte du duvet
Le duvet d'eider, léger et très isolant, est recherché pour la fabrication de couettes et de vêtements. La récolte du duvet est une activité encadrée au Canada.
Chasse
L'Eider à duvet est un gibier migrateur dont la chasse relève de la réglementation fédérale sur les oiseaux migrateurs. En 2022, à la suite d'une mortalité attribuée à l'influenza aviaire dans des colonies de l'estuaire, le Service canadien de la faune a estimé qu'entre 5 et 15 % des femelles nicheuses des colonies touchées étaient mortes. Il a alors demandé aux chasseurs une diminution volontaire des prises pour la saison 2022-2023 ; il s'agissait d'une recommandation et non d'une modification réglementaire.
Protection des habitats
Plusieurs colonies bénéficient d'une protection territoriale. Le refuge d'oiseaux migrateurs de l'Île-à-la-Brume, établi en 1925 sur la Basse-Côte-Nord, protège une aire de nidification importante. Dans la réserve de parc national de l'Archipel-de-Mingan, l'état de la population nicheuse a été jugé « passable » lors du recensement de 2015, avec une tendance à l'amélioration.
Statut et conservation
Les évaluations de l'espèce varient selon l'échelle géographique et l'année de référence.
| Échelle | Évaluation | Année |
|---|---|---|
| Québec (rang de conservation) | S5B, population nicheuse en sécurité | non précisée |
| Canada | « apparemment en sécurité » | 2015 |
| Monde | « quasi menacé » | 2018 |
La fiche du Catalogue du vivant de Savoirs.Québec indique « Non suivie » dans le champ « Statut LEMV ». Cette indication est distincte du rang de conservation S5B, qui concerne la population nicheuse.
Les principales menaces documentées comprennent les épizooties, comme l'influenza aviaire en 2022, la prédation dans les colonies, les perturbations humaines durant la nidification et la pollution marine, notamment les déversements d'hydrocarbures, auxquels les grands rassemblements en mer sont particulièrement exposés. Le suivi des colonies de l'estuaire et du golfe repose sur des inventaires périodiques menés par les organismes fédéraux et leurs partenaires.
Relations avec les autres espèces
Dans les colonies, les œufs et les canetons sont exposés à plusieurs prédateurs. Les grands goélands, dont le Goéland marin et le Goéland argenté, figurent parmi les principaux prédateurs des canetons. Les mammifères terrestres, lorsqu'ils accèdent aux îles, peuvent causer des pertes importantes dans une colonie ; c'est l'une des raisons pour lesquelles l'eider privilégie les îles isolées.
L'eider partage souvent ses îles de nidification avec d'autres oiseaux marins coloniaux, notamment des goélands et des cormorans. Les œufs et les canetons peuvent être exposés à la prédation dans ces colonies.
En mer, l'eider joue un rôle notable dans les réseaux trophiques côtiers en tant que grand consommateur de mollusques et d'échinodermes. Ses déplacements saisonniers le mettent en contact avec d'autres canards de mer, comme les macreuses et le Harelde kakawi, avec lesquels il peut former des rassemblements mixtes en hiver.
Régime alimentaire
L'Eider à duvet se nourrit essentiellement d'invertébrés benthiques capturés en plongée, généralement à faible ou moyenne profondeur dans la zone côtière.
- Mollusques : les moules bleues constituent souvent l'essentiel du régime ; d'autres bivalves et gastéropodes sont aussi consommés.
- Échinodermes : oursins et étoiles de mer.
- Crustacés : crabes et autres petits crustacés.
- Autres proies : divers invertébrés marins et, à l'occasion, des œufs de poissons.
Les proies sont généralement avalées entières, coquille comprise. Elles sont ensuite broyées dans un gésier musclé, adaptation qui permet à l'eider d'exploiter des ressources dures et abondantes. Les canetons consomment d'abord de petits invertébrés près de la surface et dans la zone intertidale avant de passer progressivement au régime des adultes.
Les femelles, qui jeûnent en grande partie pendant l'incubation, doivent accumuler d'importantes réserves avant la nidification ; la qualité des sites d'alimentation printaniers influe ainsi sur le succès de reproduction.
