Portrait et mode de vie
L'Eider de Steller est le plus petit des eiders. Il mesure environ 45 cm de longueur. Son bec est plus mince et moins massif que celui des autres eiders, et sa silhouette rappelle davantage celle d'un canard barboteur. L'espèce a été décrite par Peter Simon Pallas en 1769. Elle est aujourd'hui placée seule dans le genre Polysticta.
Plumage
- Mâle nuptial : tête blanche, petite touffe verdâtre à la nuque et tache noire autour de l'œil. La gorge et le collier sont noirs, et le dos est noir. Le dessous est roux chamois, marqué d'une tache noire sur le côté de la poitrine. Les tertiaires blanches et noires sont recourbées.
- Femelle : plumage brun foncé.
- Les deux sexes : miroir alaire bleu bordé de blanc, utile pour l'identification.
Comportement
Espèce grégaire en dehors de la période de nidification, l'Eider de Steller forme des bandes serrées sur les eaux côtières peu profondes. Il plonge pour se nourrir et effectue souvent des mouvements synchronisés au sein du groupe. Il passe la plus grande partie de l'année en milieu marin. Il ne gagne la toundra que pour se reproduire.
Répartition
Aire générale
L'aire principale de l'espèce se situe dans l'Arctique. L'Eider de Steller niche surtout dans la toundra côtière de la Sibérie orientale et septentrionale, et en moindre nombre dans le nord de l'Alaska. Les oiseaux du Pacifique hivernent principalement dans les îles Aléoutiennes et le long de la péninsule de l'Alaska. Une population atlantique passe l'hiver dans la mer de Barents, sur les côtes du nord de la Norvège et dans la mer Baltique. En Amérique du Nord, en dehors de l'Alaska, l'espèce est exceptionnelle, et ses mentions dans l'est du continent sont très rares.
Au Québec
L'espèce est considérée comme accidentelle, ou non régulière, au Québec. Elle n'y fait pas partie de l'avifaune régulière.
| Date | Lieu | Observation |
|---|---|---|
| 2 et 5 octobre 2021 | Les Escoumins (La Haute-Côte-Nord) | Individu signalé, probablement le même que celui du printemps |
| 29 et 30 mai 2021 | Pointe-des-Monts (Manicouagan) | Mâle adulte observé et photographié |
| 1898 | Basse-Côte-Nord | Deux spécimens auraient été récoltés |
Les mentions de 2021 proviennent de la région administrative de la Côte-Nord, le long de l'estuaire maritime du Saint-Laurent. Lors de leur publication, certaines observations rares de cette année-là attendaient encore l'acceptation officielle du Comité des mentions d'oiseaux du Québec. Le catalogue du vivant associe 19 occurrences à l'espèce dans la base du Système mondial d'information sur la biodiversité (GBIF).
Croissance et cycle de vie
L'Eider de Steller se reproduit dans la toundra arctique basse, près des étangs, des lacs peu profonds et des milieux humides côtiers. Les couples se forment généralement en hiver ou au printemps, avant l'arrivée sur les aires de nidification.
La femelle aménage le nid au sol, dans la végétation de toundra. Elle le garnit de duvet, comme les autres eiders. Elle assure seule l'incubation et l'élevage des canetons, tandis que le mâle quitte rapidement les aires de nidification pour regagner la mer.
Le succès de reproduction varie fortement d'une année à l'autre. Dans certaines régions, l'espèce peut même ne pas nicher du tout certaines années. Après la saison de reproduction, les adultes se rassemblent dans des sites côtiers pour la mue des plumes de vol. Ils sont alors temporairement incapables de voler. Ils rejoignent ensuite leurs quartiers d'hiver en milieu marin, souvent en grandes concentrations.
Relations avec l'humain
Origine du nom
Le nom commun et l'épithète stelleri rendent hommage à Georg Wilhelm Steller, naturaliste allemand. Il a participé à la seconde expédition au Kamtchatka dirigée par Vitus Béring, au XVIIIe siècle.
Conservation
L'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) classe l'Eider de Steller comme vulnérable à l'échelle mondiale. Plusieurs facteurs sont évoqués pour expliquer le déclin de certaines populations :
- les prises accidentelles dans les filets de pêche ;
- l'intoxication par la grenaille de plomb ;
- les déversements d'hydrocarbures ;
- les changements climatiques dans l'Arctique.
Des évaluations régionales lui sont consacrées en Europe, notamment dans le cadre de la Commission OSPAR et de la Commission d'Helsinki (HELCOM) pour la mer Baltique.
Statut au Québec et au Canada
Ce statut mondial ne constitue pas un statut légal au Québec. L'espèce porte le rang de conservation provincial SNA, qui s'applique aux espèces pour lesquelles un rang n'est pas pertinent, comme les espèces accidentelles. Elle n'est pas suivie en vertu de la Loi sur les espèces menacées ou vulnérables du Québec. À l'échelle fédérale, la Loi sur les espèces en péril prévoit ses propres catégories, distinctes de celles de l'UICN.
Relations avec les autres espèces
Sur ses aires d'hivernage et de mue, l'Eider de Steller fréquente les mêmes eaux côtières que d'autres canards de mer. On le voit notamment près de l'Eider à duvet, de l'Eider à tête grise et de l'Harelde kakawi. Les individus égarés hors de leur aire habituelle se joignent souvent à des bandes d'autres eiders.
Dans la toundra, les œufs et les canetons sont exposés à plusieurs prédateurs, dont le renard arctique, les labbes et les goélands. Des études menées dans le nord de l'Alaska ont mis en évidence un lien entre la nidification de l'espèce et les années d'abondance des lemmings. Ces années-là, les prédateurs disposent de proies de remplacement, et d'autres oiseaux, comme le Harfang des neiges et le Labbe pomarin, défendent activement leur territoire.
Au Québec, les rares observations mentionnent un individu isolé.
Régime alimentaire
L'Eider de Steller s'alimente surtout en plongeant en eaux peu profondes, généralement à moins de 10 m. Il se nourrit aussi en surface ou en basculant le corps à la manière des canards barboteurs.
- En milieu marin (hiver, mue et migration) : invertébrés benthiques, principalement des mollusques bivalves et gastéropodes, ainsi que des crustacés comme les amphipodes. Il consomme aussi des vers polychètes et des échinodermes.
- En période de nidification : larves d'insectes aquatiques, notamment de chironomidés, petits crustacés d'eau douce et quelques végétaux des étangs de toundra.
Son bec, plus étroit que celui des autres eiders, est adapté à la capture de proies de petite taille.
Anecdotes
- L'Eider de Steller est la seule espèce du genre Polysticta. Ce nom de genre, tiré du grec, évoque un plumage « très tacheté ».
- Un mâle a été observé à Pointe-des-Monts en mai 2021 ; un individu probablement identique a été signalé aux Escoumins en octobre de la même année.
- Deux spécimens auraient été récoltés sur la Basse-Côte-Nord en 1898.
