Portrait et mode de vie
L'Eider à tête grise est un canard marin trapu, de la taille d'un gros canard plongeur, appartenant au genre Somateria, qui regroupe les eiders. Il se distingue nettement de son proche parent, l'Eider à duvet (Somateria mollissima), par l'aspect du mâle en plumage nuptial.
Le mâle
Le mâle adulte présente :
- une tête et une nuque gris bleuté ;
- des joues teintées de vert pâle ;
- un bec rouge surmonté d'une grosse plaque frontale orangée bordée de noir ;
- une poitrine chamois rosé et un dos en grande partie noir, d'où se dressent deux petites pointes formées par les plumes scapulaires.
La femelle
La femelle porte un plumage brun roux finement barré de noir, qui l'aide à se dissimuler sur le nid. Elle ressemble à la femelle de l'Eider à duvet, mais s'en distingue par un bec plus court et un profil de tête plus arrondi.
Mode de vie
Espèce grégaire, l'Eider à tête grise passe la majeure partie de l'année en mer, où il forme des radeaux parfois importants. Excellent plongeur, il se nourrit sur le fond en eaux côtières. Il ne gagne la terre ferme que pour nicher dans la toundra arctique, pendant la brève saison estivale.
Répartition
L'Eider à tête grise possède une répartition circumpolaire. Il niche dans la toundra de l'Arctique, en Amérique du Nord, au Groenland et dans le nord de l'Eurasie. Les oiseaux qui se reproduisent au Canada gagnent pour l'hiver les côtes de l'Amérique du Nord, du Groenland et de l'Islande. Des études de suivi menées par Environnement et Changement climatique Canada ont documenté les déplacements saisonniers de cette espèce entre ses aires de nidification et d'hivernage.
Au Québec
Au Québec, l'espèce est considérée comme indigène et régulière. On l'observe principalement :
- en migration, le long des côtes nord et sud du Saint-Laurent ;
- en hiver, dans les eaux côtières de l'estuaire maritime et du golfe du Saint-Laurent, souvent en petits nombres au sein des bandes d'Eiders à duvet.
Le rang de conservation S4?B attribué au Québec porte sur la population nicheuse (lettre B), la mention « ? » indiquant une incertitude dans l'évaluation. Ses observations restent toutefois modestes comparativement à celles de l'Eider à duvet, avec lequel il peut être confondu.
Données d'occurrence
Le Catalogue du vivant reproduit la clé taxonomique GBIF 2498350 et un nombre de 4 023 occurrences pour l'espèce. Cette valeur n'est pas datée précisément et ne constitue pas un effectif de population.
Croissance et cycle de vie
La reproduction de l'Eider à tête grise se déroule durant le court été arctique. Les couples se forment généralement en hiver ou au printemps, avant l'arrivée sur les sites de nidification.
Nidification
La femelle aménage son nid au sol, dans la toundra, souvent à proximité de mares ou de lacs d'eau douce. Elle tapisse la dépression de végétation et du duvet qu'elle s'arrache sur la poitrine, un trait commun aux eiders. Elle assure seule l'incubation des œufs, généralement au nombre de quatre à six.
Rôle des sexes et mue
Le mâle quitte la femelle peu après le début de l'incubation. Les mâles se rassemblent alors et entreprennent une migration de mue vers des eaux marines où ils perdent simultanément leurs rémiges, ce qui les rend temporairement incapables de voler. Les femelles muent plus tard, après l'élevage des jeunes.
Jeunes
Les canetons sont nidifuges : ils quittent le nid peu après l'éclosion et se nourrissent eux-mêmes sous la surveillance de la femelle. Plusieurs couvées peuvent se regrouper en crèches, ce qui offre une certaine protection contre les prédateurs. Les jeunes gagnent ensuite la mer avant l'arrivée de l'hiver.
Relations avec l'humain
Statut légal
Au Canada, l'Eider à tête grise est protégé par la législation fédérale sur les oiseaux migrateurs, en vertu de la Loi de 1994 sur la convention concernant les oiseaux migrateurs. Il figure parmi les oiseaux migrateurs considérés comme gibier : sa chasse est permise, mais encadrée par des règlements qui fixent les périodes, les zones et les limites de prises. Environnement et Changement climatique Canada publie périodiquement des rapports sur la situation des populations de ces espèces, qui servent à l'établissement de la réglementation.
Suivi des populations
Au Québec, la situation de l'espèce est abordée dans les bilans consacrés à la sauvagine, notamment l'État des populations de sauvagine du Québec (2009). Ce document traite de sa présence saisonnière dans la province et la distingue des espèces pour lesquelles le Québec porte une responsabilité importante de conservation, comme l'Eider à duvet, dont des colonies majeures nichent dans l'estuaire du Saint-Laurent. Au catalogue du vivant, l'Eider à tête grise est inscrit comme espèce non suivie au regard de la Loi sur les espèces menacées ou vulnérables du Québec.
Surveillance sanitaire
Comme d'autres canards sauvages, l'espèce a fait partie des oiseaux visés par les programmes canadiens de surveillance de la grippe aviaire, tel le relevé interorganisationnel coordonné à l'échelle du pays au milieu des années 2000.
Relations avec les autres espèces
Association avec l'Eider à duvet
En hiver et en migration au Québec, l'Eider à tête grise se joint fréquemment aux bandes d'Eiders à duvet. Cette cohabitation complique son repérage par les observateurs, en particulier pour les femelles et les jeunes, dont les plumages se ressemblent.
Prédateurs
Sur les sites de nidification, les œufs et les canetons sont exposés à divers prédateurs de la toundra, notamment le renard arctique, les goélands et les labbes. La nidification à proximité d'autres oiseaux, ou le regroupement des jeunes en crèches, contribue à réduire les pertes.
Rôle écologique
En tant que consommateur d'invertébrés benthiques, l'eider participe à la dynamique des communautés du fond marin dans les eaux côtières froides qu'il fréquente.
Régime alimentaire
L'Eider à tête grise se nourrit principalement en plongeant pour capturer des proies sur le fond marin. Son alimentation se compose surtout d'invertébrés benthiques :
- mollusques, notamment bivalves et gastéropodes ;
- crustacés ;
- échinodermes, tels les oursins ;
- autres invertébrés marins.
Il avale généralement ses proies entières, coquille comprise, et les broie dans son gésier musclé.
Pendant la saison de reproduction, en milieu d'eau douce dans la toundra, son régime peut inclure des larves d'insectes aquatiques et un peu de matière végétale. Les canetons s'alimentent d'abord d'invertébrés capturés près de la surface avant d'adopter le régime marin des adultes.
Anecdotes
- Le nom anglais de l'espèce, King Eider (« eider royal »), et son épithète scientifique spectabilis, qui signifie « remarquable » en latin, font tous deux allusion à l'allure spectaculaire du mâle nuptial.
- Les mots « eider » et « édredon » ont des origines scandinaves apparentées; « édredon » désigne à l'origine une couverture garnie de duvet d'eider.
- Les petites pointes noires qui se dressent sur le dos du mâle sont parfois comparées à des voiles ou à des ailerons.
