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Droit et lois

Projet de loi 54 (43e législature, 1re session) — Loi donnant suite à la Table Justice-Québec

Le projet de loi n° 54, intitulé « Loi donnant suite à la Table Justice-Québec en vue de réduire les délais en matière criminelle et pénale et visant à rendre l’administration de la justice plus performante », est un projet de loi public présenté à l’Assemblée nationale du Québec par le ministre de la Justice, Simon Jolin-Barrette. Présenté le 20 février 2024, adopté le 27 mars 2024 et sanctionné le 28 mars 2024, il constitue le chapitre 7 des lois du Québec de 2024. Il met en œuvre des mesures issues des travaux de la Table Justice-Québec, notamment en élargissant le rôle des juges de paix magistrats et en permettant la tenue de certaines procédures à distance.

Contexte

Le projet de loi s’inscrit dans l’effort du gouvernement du Québec pour réduire les délais judiciaires en matière criminelle et pénale. Depuis l’arrêt R. c. Jordan rendu par la Cour suprême du Canada en 2016, les procédures criminelles sont soumises à des plafonds de délai présumés au-delà desquels l’accusé peut obtenir l’arrêt des procédures en vertu du droit d’être jugé dans un délai raisonnable garanti par l’article 11 b) de la Charte canadienne des droits et libertés. Ces plafonds sont de 18 mois pour les affaires instruites devant une cour provinciale et de 30 mois pour celles instruites devant une cour supérieure.

La Table Justice-Québec réunit les principaux acteurs du système de justice québécois afin de coordonner des mesures concrètes de réduction des délais. Ses travaux ont donné lieu à un plan d’action dont certaines mesures exigeaient des modifications législatives. Le projet de loi n° 54 a pour objet de donner un fondement législatif à ces mesures et, plus largement, de rendre l’administration de la justice plus performante.

Le droit criminel et la procédure criminelle relèvent du Parlement du Canada, mais l’administration de la justice dans la province, y compris l’organisation des tribunaux et la désignation de certains officiers de justice, relève de la compétence des provinces. Le projet de loi agit donc principalement sur l’organisation judiciaire québécoise, le rôle des officiers de justice et les lois provinciales encadrant la procédure pénale et la confiscation de biens.

Cheminement parlementaire

Le projet de loi a été présenté au cours de la 1re session de la 43e législature par Simon Jolin-Barrette, ministre de la Justice et député de Borduas (Coalition avenir Québec). Son étude s’est déroulée en un peu plus de cinq semaines.

ÉtapeDate
Présentation20 février 2024
Adoption du principe12 mars 2024
Consultations particulières13 mars 2024
Dépôt du rapport de commission (consultation)14 mars 2024
Étude détaillée en commission19 mars 2024
Dépôt du rapport de commission (étude détaillée)21 mars 2024
Prise en considération du rapport de commission26 mars 2024
Adoption27 mars 2024
Sanction28 mars 2024

Des consultations particulières ont permis d’entendre des organismes intéressés, dont le Barreau du Québec, qui a déposé un mémoire sur le projet de loi. Les débats de la prise en considération du rapport de commission et de l’adoption finale sont consignés au Journal des débats de l’Assemblée nationale des 26 et 27 mars 2024.

Principales mesures

Rôle des juges de paix magistrats

La loi confère de nouveaux pouvoirs aux juges de paix magistrats, notamment pour présider des comparutions et des enquêtes sur remise en liberté. Cette mesure vise à libérer du temps de juge à la Cour du Québec pour l’instruction des dossiers et à accélérer le traitement des étapes préliminaires de l’instance.

Procédures à distance

La loi autorise la tenue à distance des comparutions et des enquêtes sur remise en liberté, sept jours sur sept. Le recours aux moyens technologiques doit limiter les déplacements des personnes détenues et assurer un traitement plus rapide des dossiers, y compris en dehors des jours ouvrables.

Règles de preuve et de procédure

Le texte modifie certaines règles de preuve et de procédure relevant de la compétence québécoise afin de réduire la durée des audiences et le nombre de déplacements de témoins.

Confiscation de biens

La loi apporte des modifications au régime applicable à la confiscation de biens liés à des activités illégales, dont l’instauration d’un régime de confiscation administrative, qui permet de traiter certains biens sans recourir à une procédure judiciaire complète.

Cadre constitutionnel et portée

La loi illustre le partage des compétences en matière de justice criminelle au Canada. Le Code criminel, qui fixe les infractions et la procédure applicable aux poursuites criminelles, est une loi fédérale adoptée en vertu du paragraphe 91(27) de la Loi constitutionnelle de 1867. Les provinces sont toutefois responsables, en vertu du paragraphe 92(14), de l’administration de la justice, ce qui comprend la constitution, le maintien et l’organisation des tribunaux provinciaux.

C’est dans ce cadre que le législateur québécois peut préciser les fonctions des juges de paix magistrats, organiser la tenue des audiences, prévoir le recours aux moyens technologiques et encadrer les procédures pénales visant les infractions aux lois du Québec, régies par le Code de procédure pénale. Le régime de confiscation de biens provenant d’activités illégales relève également, dans sa composante civile et administrative, de la compétence provinciale en matière de propriété et de droits civils.

Les mesures de la loi ne modifient pas les plafonds établis par l’arrêt Jordan, qui découlent de l’interprétation de la Charte canadienne. Elles visent plutôt à agir sur l’organisation du système judiciaire afin que les dossiers puissent être traités à l’intérieur de ces délais. Pour l’interprétation des dispositions et de leurs dates d’application, le texte sanctionné publié par l’Éditeur officiel du Québec constitue la référence.

Entrée en vigueur

Le projet de loi a été sanctionné le 28 mars 2024 et constitue le chapitre 7 des lois du Québec de 2024 (L.Q. 2024, c. 7). La loi est entrée en vigueur à la date de sanction, sous réserve des exceptions prévues par ses dispositions transitoires et finales, qui reportent l’application de certaines mesures à des dates ultérieures.

Comme loi modificative, le chapitre 7 des lois de 2024 n’existe pas comme loi autonome dans le Recueil des lois et des règlements du Québec : ses dispositions s’intègrent aux lois qu’elle modifie, lesquelles sont mises à jour en conséquence. Le texte de la loi sanctionnée a été publié dans la Gazette officielle du Québec.

Lors de l’adoption, le gouvernement du Québec a présenté la loi comme un jalon de la mise en œuvre du plan d’action de la Table Justice-Québec visant la réduction des délais judiciaires en matière criminelle et pénale.

Sources

  1. Assemblée nationale du Québec, Projet de loi n° 54 (43e législature, 1re session)
  2. Gazette officielle du Québec, texte du projet de loi n° 54 sanctionné (2024, chapitre 7)
  3. Éditeur officiel du Québec, Lois annuelles 2024, chapitre 7 (version anglaise)
  4. Gouvernement du Québec, Adoption du projet de loi n° 54 visant à réduire les délais judiciaires en matière criminelle et pénale
  5. Barreau du Québec, Mémoire sur le projet de loi n° 54
  6. Assemblée nationale du Québec, Journal des débats, 26 mars 2024
  7. Assemblée nationale du Québec, Journal des débats, 27 mars 2024
  8. Assemblée nationale du Québec, Procès-verbal du 12 mars 2024
  9. Registre des projets de loi de l’Assemblée nationale (fiche du projet de loi n° 54)
  10. Cour suprême du Canada, R. c. Jordan, 2016 CSC 27

Recherche documentaire

Références recueillies lors de la recherche web du dossier, en complément des sources citées dans le texte.

  1. Part 2
  2. [PDF] Votes and Proceedings of the Assembly - jour nombre mois an (#)

Modèles ayant contribué : Recherche documentaire — Sonar Pro · Rédaction — Claude Opus 5 5

Mots-clés : projet de loi 54, table justice-québec, délais judiciaires, arrêt jordan, juges de paix magistrats, comparution à distance, confiscation administrative, ministère de la justice du québec

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