Synopsis
Le film raconte l'enfance de Léo Lauzon, un garçon qui grandit dans un quartier ouvrier de Montréal. Il vit au sein d'une famille marquée par la pauvreté, la promiscuité et les troubles mentaux. Pour s'arracher à ce milieu qu'il juge étouffant, il refuse son identité. Il se donne le nom de Léolo et se persuade d'être le fils d'un paysan sicilien. Selon le récit qu'il s'invente, il aurait été conçu par accident à partir d'une tomate contaminée.
L'enfant trouve refuge dans le rêve et dans l'écriture. Il consigne ses pensées dans des carnets qu'il cache. Il nourrit aussi une passion amoureuse pour Bianca, une jeune voisine d'origine italienne qu'il associe à son imaginaire sicilien. Le récit alterne la réalité familiale, souvent crue, et les échappées fantasmées du garçon.
Le film s'ouvre sur une référence au roman L'Avalée des avalés de Réjean Ducharme, dont l'univers littéraire de la révolte enfantine éclaire la démarche du personnage.
Production
Léolo est écrit et réalisé par Jean-Claude Lauzon, qui s'était fait connaître avec son premier long métrage, Un zoo la nuit, en 1987. Le film est une coproduction entre le Québec et la France, réunissant la société québécoise Verseau-International et la société française Flach Film.
Le tournage se déroule principalement à Montréal. Une partie des prises de vues est réalisée en Sicile, où sont situées les séquences liées aux origines rêvées du personnage.
Lauzon puise dans des souvenirs de sa propre enfance passée dans les quartiers populaires de Montréal. Le film n'est toutefois pas une transcription autobiographique. Le personnage principal porte le nom de famille du cinéaste, mais l'œuvre transforme ces souvenirs par l'invention poétique et le fantastique.
Parmi les principaux collaborateurs techniques figurent :
- le monteur Michel Arcand ;
- le costumier François Barbeau.
Tous deux ont été récompensés aux prix Génie pour leur travail sur le film.
Distribution
Le rôle-titre est tenu par le jeune Maxime Collin. La distribution réunit plusieurs figures connues du public québécois.
| Interprète | Remarque |
|---|---|
| Maxime Collin | Léolo (Léo Lauzon) |
| Ginette Reno | La mère de Léolo |
| Gilbert Sicotte | Voix narrative du film |
| Pierre Bourgault | Le « dompteur de vers », qui recueille les écrits de l'enfant |
| Julien Guiomar | Le grand-père |
| Giuditta Del Vecchio | Bianca |
La présence de Pierre Bourgault, militant politique et chroniqueur surtout connu pour son engagement indépendantiste, dans un rôle de lecteur des carnets de l'enfant est souvent relevée. Celle de la chanteuse Ginette Reno, dans le rôle de la mère, l'est également.
Thèmes et style
Léolo est généralement décrit comme un drame poétique aux accents fantastiques. Il oppose deux mondes :
- la misère matérielle et psychique d'une famille montréalaise ;
- l'univers imaginaire que l'enfant construit pour s'en protéger.
Le thème du refuge dans l'imaginaire structure l'ensemble du récit. Le rêve, la lecture et l'écriture y apparaissent comme des moyens de survie face à la folie et à l'enfermement.
La narration en voix hors champ, qui reprend les textes de l'enfant, donne au film un caractère littéraire. La référence à Réjean Ducharme inscrit l'œuvre dans une filiation de la littérature québécoise, où l'enfance est le lieu d'une révolte contre le monde adulte.
Le Festival de Cannes a souligné le regard que le film pose sur « l'autre Montréal », celui des quartiers populaires. Il le présente comme une œuvre intime, liée aux souvenirs du réalisateur. Le film juxtapose des scènes d'un réalisme parfois cru et des séquences oniriques, ce qui a contribué à sa réputation d'audace narrative.
Réception et distinctions
Le film est présenté en compétition officielle au Festival de Cannes en 1992. Cette sélection confirme la place de Jean-Claude Lauzon parmi les cinéastes québécois remarqués à l'étranger.
Au Canada, Léolo reçoit trois prix Génie :
- meilleur scénario original ;
- meilleur montage ;
- meilleurs costumes.
Avec le temps, le film s'est imposé comme une référence du cinéma québécois et canadien. En 2015, un sondage mené par le Festival international du film de Toronto l'a classé parmi les dix meilleurs films canadiens. L'œuvre figure dans les répertoires consacrés au patrimoine cinématographique du pays, dont ceux de l'Encyclopédie canadienne et de l'organisme REEL CANADA.
Restauration et postérité
Léolo est le deuxième et dernier long métrage de Jean-Claude Lauzon, mort en 1997. Cette rareté de l'œuvre a contribué au statut particulier du film dans l'histoire du cinéma québécois.
Le film a été numérisé et restauré par Éléphant, un projet de préservation du patrimoine cinématographique québécois. La version restaurée a été projetée en 2014 dans la section Cannes Classics du Festival de Cannes. Cette section est consacrée aux œuvres de patrimoine. Ce retour sur la Croisette, vingt-deux ans après la présentation en compétition, a été salué par Téléfilm Canada.
Le film continue d'être étudié dans les milieux universitaires, notamment sous l'angle de l'identité, de l'imaginaire et des rapports culturels. La revue TranscUlturAl de l'Université de l'Alberta lui a ainsi consacré une analyse.