Synopsis
Le père Leclerc, responsable d'un sanctuaire situé sur le mont Royal, confie au jeune comédien Daniel Coulombe la tâche de rajeunir le spectacle de la Passion présenté chaque été aux pèlerins. Daniel réunit une petite troupe d'acteurs qui gagnent leur vie tant bien que mal : doublage de films, narration de documentaires, publicités.
Appuyé sur des recherches historiques et exégétiques récentes, Daniel propose une version de la vie de Jésus qui s'écarte de la tradition catéchétique. Le spectacle, joué en plein air à travers les stations du chemin de croix, obtient un succès critique et populaire, mais inquiète les autorités religieuses qui le jugent contraire à l'enseignement de l'Église.
À mesure que les représentations se poursuivent, la vie de Daniel reproduit des épisodes de l'Évangile : il recrute ses compagnons comme des disciples, s'emporte lors d'une audition publicitaire à la manière de Jésus chassant les marchands du Temple, et refuse les offres d'un avocat qui lui promet la gloire médiatique, scène qui rappelle la tentation au désert. Lors d'une dernière représentation interrompue par l'intervention des autorités, la croix sur laquelle il est attaché se renverse. Grièvement blessé, Daniel meurt après avoir été mal pris en charge par le système hospitalier, et ses organes sont donnés à d'autres patients, ce qui constitue une forme de résurrection symbolique.
Production
Jésus de Montréal est produit par Roger Frappier et Pierre Gendron pour la société montréalaise Max Films, dans le cadre d'une coproduction entre le Québec et la France. Le projet suit Le Déclin de l'empire américain (1986), qui avait valu à Denys Arcand une reconnaissance internationale et une nomination à l'Oscar.
Denys Arcand signe à la fois le scénario et la réalisation. Le tournage se déroule à Montréal du 24 juillet au 23 septembre 1988, dans une cinquantaine de lieux de la ville. La montagne, les stations de métro, les studios de doublage, les hôpitaux et les bureaux des médias forment un portrait de la métropole québécoise de la fin des années 1980.
Le film dure 119 minutes. Le scénario a été publié la même année aux Éditions du Boréal, à Montréal.
Distribution
La distribution réunit plusieurs figures du théâtre et du cinéma québécois :
| Interprète | Rôle |
|---|---|
| Lothaire Bluteau | Daniel Coulombe |
| Catherine Wilkening | Mireille |
| Johanne-Marie Tremblay | Constance |
| Rémy Girard | Martin |
| Robert Lepage | René |
| Gilles Pelletier | Le père Leclerc |
| Yves Jacques | Richard Cardinal |
Lothaire Bluteau, révélé au théâtre, obtient avec ce rôle une visibilité internationale. Rémy Girard et Yves Jacques retrouvent Denys Arcand après Le Déclin de l'empire américain. Robert Lepage, alors surtout connu comme homme de théâtre, fait partie de la troupe de Daniel ; il deviendra lui-même réalisateur quelques années plus tard. Denys Arcand apparaît brièvement à l'écran.
Thèmes
Le film met en tension trois univers : la foi, l'art et la société de consommation.
Religion et institution
Arcand oppose le message évangélique, présenté comme subversif, à l'institution ecclésiale soucieuse de préserver son autorité et son orthodoxie. Le personnage du père Leclerc incarne un clergé désabusé, dans un Québec où la pratique religieuse a fortement reculé depuis la Révolution tranquille.
Art et marchandisation
Les comédiens de la troupe vivent de contrats commerciaux jugés avilissants. Le milieu publicitaire, les médias et le monde juridique y apparaissent comme des lieux où le talent se monnaye. La figure de l'avocat qui propose à Daniel une carrière médiatique joue le rôle du tentateur.
Allégorie
La construction du récit repose sur un parallèle constant entre la vie de Daniel et celle du Christ : vocation, rassemblement des disciples, colère contre les marchands, procès, passion, mort et résurrection. Cette transposition permet au cinéaste de poursuivre la critique sociale amorcée dans Le Déclin de l'empire américain, en l'orientant vers la question du sens dans une société sécularisée.
Sortie et réception
Le film prend l'affiche à Montréal le 15 mai 1989, pendant le Festival de Cannes où il est présenté en compétition officielle. Il y remporte le Prix du Jury, ainsi que le prix du jury œcuménique.
Au Québec, le film enregistre environ 391 000 entrées en salles, un résultat important pour un film d'auteur québécois. La critique québécoise, notamment la revue Séquences, lui consacre une analyse dès 1989.
Distinctions
- Festival de Cannes 1989 : Prix du Jury.
- Prix Génie 1990 : meilleur film canadien, ainsi que plusieurs autres prix, dont ceux de la meilleure réalisation et du meilleur acteur pour Lothaire Bluteau.
- Oscars 1990 : nomination au prix du meilleur film en langue étrangère.
Avec cette nomination, Denys Arcand devient le premier cinéaste québécois à voir deux de ses films consécutifs retenus dans cette catégorie.
Postérité
Jésus de Montréal est régulièrement cité parmi les œuvres marquantes du cinéma québécois et canadien. Il occupe une place centrale dans la filmographie de Denys Arcand, entre Le Déclin de l'empire américain (1986) et Les Invasions barbares (2003), ce dernier ayant remporté l'Oscar du meilleur film en langue étrangère.
Le film a fait l'objet d'une diffusion internationale, notamment en France, où il est distribué sous son titre original, et dans le monde anglophone sous le titre Jesus of Montreal. Il est étudié dans les cours de cinéma et de sciences religieuses pour son traitement de la figure du Christ et de la sécularisation de la société québécoise.
Le film fait partie du répertoire d'Éléphant : mémoire du cinéma québécois, projet de restauration et de numérisation des œuvres du patrimoine cinématographique québécois, qui le rend accessible aux publics contemporains.