Aller au contenu
savoirs.québec
Films

Gilles Groulx

Gilles Groulx (1931-1994) est un cinéaste québécois, monteur et réalisateur à l'Office national du film du Canada (ONF). Figure du cinéma direct, il coréalise avec Michel Brault Les Raquetteurs (1958), puis signe Le Chat dans le sac (1964), considéré comme une œuvre fondatrice du cinéma de fiction québécois moderne. Son œuvre, documentaire, fictionnelle et expérimentale, interroge la société de consommation, les rapports sociaux et les débats politiques du Québec. Un grave accident survenu en 1981 met fin à sa carrière.

Débuts à l'Office national du film

Né à Montréal en 1931, Gilles Groulx entre à l'Office national du film du Canada (ONF) en 1956, d'abord comme monteur. Il passe rapidement à la réalisation au sein de l'équipe francophone de l'institution, alors installée à Montréal, à une époque où les cinéastes canadiens-français revendiquent une plus grande autonomie de création.

Avec Michel Brault, il coréalise en 1958 Les Raquetteurs, court métrage documentaire consacré à un rassemblement de clubs de raquette. Tourné caméra à l'épaule, au plus près des participants, le film rompt avec le commentaire explicatif du documentaire traditionnel. L'ONF le présente comme un jalon du cinéma direct au sein de son unité française.

Groulx poursuit dans cette voie avec plusieurs courts métrages documentaires, dont Golden Gloves (1961), qui suit de jeunes boxeurs amateurs montréalais, et Voir Miami (1963), regard porté sur la culture de consommation et le tourisme nord-américains. Ces films, fondés sur l'observation et le montage, établissent sa réputation de monteur et de réalisateur attentif aux réalités sociales.

Le Chat dans le sac

En 1964, Gilles Groulx réalise Le Chat dans le sac, son premier long métrage de fiction. Le projet, conçu à l'origine dans un cadre documentaire, devient un récit qui met en scène un jeune couple dont la relation se défait sur fond de questionnements identitaires et politiques.

Le film mêle aux procédés de la fiction des méthodes associées au cinéma direct : tournage léger, part d'improvisation, adresse des personnages à la caméra. Le protagoniste, un jeune Canadien français en quête de sens, exprime les tensions d'une génération marquée par la Révolution tranquille.

Le Chat dans le sac est souvent considéré comme une œuvre fondatrice du cinéma de fiction québécois moderne. Il s'inscrit dans la vague de longs métrages de fiction produits par l'ONF au milieu des années 1960, période au cours de laquelle les cinéastes formés au documentaire abordent la fiction pour représenter la société québécoise contemporaine.

Œuvre des années 1960 et 1970

Après Le Chat dans le sac, Groulx alterne documentaire, fiction et formes plus expérimentales. Ses films interrogent la société de consommation, les rapports sociaux, le langage et les débats politiques québécois.

AnnéeTitreType
1958Les Raquetteurs (avec Michel Brault)Documentaire court
1961Golden GlovesDocumentaire court
1963Voir MiamiDocumentaire court
1964Le Chat dans le sacLong métrage de fiction
1965Un jeu si simpleDocumentaire court
1968Où êtes-vous donc?Long métrage de fiction
1969Entre tu et vousFilm expérimental
197324 heures ou plus... (avec Jean-Marc Piotte)Long métrage documentaire
1977Première question sur le bonheurDocumentaire
1982Au pays de ZomLong métrage

Un jeu si simple porte sur le hockey, sport central de la culture populaire québécoise. Où êtes-vous donc? et Entre tu et vous radicalisent la recherche formelle, en recourant au collage, à la chanson et à la déconstruction du récit pour critiquer la publicité et la culture de masse. Au pays de Zom, son dernier long métrage, prolonge cette veine satirique sur la société de consommation.

24 heures ou plus

Réalisé avec le politologue Jean-Marc Piotte, 24 heures ou plus... est un documentaire achevé en 1973. Conçu comme un portrait du Québec au tournant des années 1970, le film réunit des images de la vie quotidienne, des mouvements sociaux et des luttes syndicales, accompagnées d'interventions qui proposent une lecture critique et politique de la société québécoise.

Selon l'Encyclopédie canadienne du film, l'ONF retire l'œuvre de la circulation jusqu'en 1976. Cet épisode s'inscrit dans une période de tensions entre la direction de l'organisme fédéral et certains cinéastes de sa production francophone, au lendemain de la crise d'Octobre 1970, au sujet de films jugés trop engagés politiquement.

Le film demeure l'un des plus cités de la filmographie de Groulx et figure parmi les œuvres retenues pour documenter l'histoire du Québec de cette période.

Fin de carrière et reconnaissance

En 1981, Gilles Groulx est victime d'un grave accident de voiture qui met fin à sa carrière de cinéaste. Au pays de Zom, sorti en 1982, est le dernier long métrage de sa filmographie.

En 1985, le gouvernement du Québec lui décerne le prix Albert-Tessier, la plus haute distinction québécoise attribuée dans le domaine du cinéma, pour l'ensemble de sa contribution au cinéma québécois. Ce prix fait partie des Prix du Québec.

Gilles Groulx meurt en 1994.

Héritage

L'œuvre de Gilles Groulx occupe une place importante dans l'histoire du cinéma québécois. Les Raquetteurs est régulièrement cité comme l'un des films qui ont lancé le cinéma direct à l'ONF, aux côtés des travaux de Michel Brault et de Pierre Perrault. Le Chat dans le sac est associé à la naissance d'un cinéma de fiction moderne au Québec, en phase avec les transformations de la Révolution tranquille.

L'ONF a consacré plusieurs initiatives à sa mémoire, notamment une rétrospective commentée à l'occasion du 90e anniversaire de sa naissance, en 2021, ainsi que la diffusion en ligne de ses films. Son œuvre fait également l'objet d'études universitaires et de programmations à l'étranger, notamment en France, où la revue 1895 a consacré une analyse à six de ses films des années 1960.

Les historiens du cinéma retiennent chez Groulx la jonction entre l'exigence formelle, l'observation documentaire et l'engagement politique, qui en fait l'un des cinéastes représentatifs de la production québécoise de l'ONF des années 1960 et 1970.

Sources

  1. Canadian Film Encyclopedia, Toronto International Film Festival, « Gilles Groulx »
  2. Office national du film du Canada, « Gilles Groulx à 90 ans : perspective du conservateur »
  3. Office national du film du Canada, « Voir Gilles Groulx »
  4. Office national du film du Canada, Lire ONF, archives « Gilles Groulx »
  5. Fondation Lionel-Groulx, « L'histoire du Québec en films : 24 heures ou plus »
  6. Le cinéma québécois en France, « Gilles Groulx »
  7. Revue 1895, « Gilles Groulx. Années 60. Six films »
  8. Bibliothèque et Archives Canada, The Cinema of the Quiet Revolution: Quebec's Second Wave of Fiction Films and the National Film Board of Canada, 1963-1967
  9. Wikipedia, « Gilles Groulx »
  10. Savoirs.Québec, registre éditorial, domaine Films

Modèles ayant contribué : Recherche documentaire — Sonar Pro · Rédaction — Claude Opus 5 5

Mots-clés : gilles groulx, cinéma direct, office national du film, le chat dans le sac, les raquetteurs, 24 heures ou plus, prix albert-tessier, révolution tranquille

Processus éditorial

Le débat du comité, les prompts des visuels et l'historique des mises à jour sont publics. Ouvrir le processus éditorial.

Discussion

Posez une question ou apportez une précision. Les messages sont publiés après vérification par l'équipe de modération. Savoir, l'assistante de recherche, répond lorsqu'elle peut citer une source ou vérifier un fait : cochez « Demander une réponse à Savoir » ou écrivez @Savoir.