Débuts à l'Office national du film
Né à Montréal en 1931, Gilles Groulx entre à l'Office national du film du Canada (ONF) en 1956, d'abord comme monteur. Il passe rapidement à la réalisation au sein de l'équipe francophone de l'institution, alors installée à Montréal, à une époque où les cinéastes canadiens-français revendiquent une plus grande autonomie de création.
Avec Michel Brault, il coréalise en 1958 Les Raquetteurs, court métrage documentaire consacré à un rassemblement de clubs de raquette. Tourné caméra à l'épaule, au plus près des participants, le film rompt avec le commentaire explicatif du documentaire traditionnel. L'ONF le présente comme un jalon du cinéma direct au sein de son unité française.
Groulx poursuit dans cette voie avec plusieurs courts métrages documentaires, dont Golden Gloves (1961), qui suit de jeunes boxeurs amateurs montréalais, et Voir Miami (1963), regard porté sur la culture de consommation et le tourisme nord-américains. Ces films, fondés sur l'observation et le montage, établissent sa réputation de monteur et de réalisateur attentif aux réalités sociales.
Le Chat dans le sac
En 1964, Gilles Groulx réalise Le Chat dans le sac, son premier long métrage de fiction. Le projet, conçu à l'origine dans un cadre documentaire, devient un récit qui met en scène un jeune couple dont la relation se défait sur fond de questionnements identitaires et politiques.
Le film mêle aux procédés de la fiction des méthodes associées au cinéma direct : tournage léger, part d'improvisation, adresse des personnages à la caméra. Le protagoniste, un jeune Canadien français en quête de sens, exprime les tensions d'une génération marquée par la Révolution tranquille.
Le Chat dans le sac est souvent considéré comme une œuvre fondatrice du cinéma de fiction québécois moderne. Il s'inscrit dans la vague de longs métrages de fiction produits par l'ONF au milieu des années 1960, période au cours de laquelle les cinéastes formés au documentaire abordent la fiction pour représenter la société québécoise contemporaine.
Œuvre des années 1960 et 1970
Après Le Chat dans le sac, Groulx alterne documentaire, fiction et formes plus expérimentales. Ses films interrogent la société de consommation, les rapports sociaux, le langage et les débats politiques québécois.
| Année | Titre | Type |
|---|---|---|
| 1958 | Les Raquetteurs (avec Michel Brault) | Documentaire court |
| 1961 | Golden Gloves | Documentaire court |
| 1963 | Voir Miami | Documentaire court |
| 1964 | Le Chat dans le sac | Long métrage de fiction |
| 1965 | Un jeu si simple | Documentaire court |
| 1968 | Où êtes-vous donc? | Long métrage de fiction |
| 1969 | Entre tu et vous | Film expérimental |
| 1973 | 24 heures ou plus... (avec Jean-Marc Piotte) | Long métrage documentaire |
| 1977 | Première question sur le bonheur | Documentaire |
| 1982 | Au pays de Zom | Long métrage |
Un jeu si simple porte sur le hockey, sport central de la culture populaire québécoise. Où êtes-vous donc? et Entre tu et vous radicalisent la recherche formelle, en recourant au collage, à la chanson et à la déconstruction du récit pour critiquer la publicité et la culture de masse. Au pays de Zom, son dernier long métrage, prolonge cette veine satirique sur la société de consommation.
24 heures ou plus
Réalisé avec le politologue Jean-Marc Piotte, 24 heures ou plus... est un documentaire achevé en 1973. Conçu comme un portrait du Québec au tournant des années 1970, le film réunit des images de la vie quotidienne, des mouvements sociaux et des luttes syndicales, accompagnées d'interventions qui proposent une lecture critique et politique de la société québécoise.
Selon l'Encyclopédie canadienne du film, l'ONF retire l'œuvre de la circulation jusqu'en 1976. Cet épisode s'inscrit dans une période de tensions entre la direction de l'organisme fédéral et certains cinéastes de sa production francophone, au lendemain de la crise d'Octobre 1970, au sujet de films jugés trop engagés politiquement.
Le film demeure l'un des plus cités de la filmographie de Groulx et figure parmi les œuvres retenues pour documenter l'histoire du Québec de cette période.
Fin de carrière et reconnaissance
En 1981, Gilles Groulx est victime d'un grave accident de voiture qui met fin à sa carrière de cinéaste. Au pays de Zom, sorti en 1982, est le dernier long métrage de sa filmographie.
En 1985, le gouvernement du Québec lui décerne le prix Albert-Tessier, la plus haute distinction québécoise attribuée dans le domaine du cinéma, pour l'ensemble de sa contribution au cinéma québécois. Ce prix fait partie des Prix du Québec.
Gilles Groulx meurt en 1994.
Héritage
L'œuvre de Gilles Groulx occupe une place importante dans l'histoire du cinéma québécois. Les Raquetteurs est régulièrement cité comme l'un des films qui ont lancé le cinéma direct à l'ONF, aux côtés des travaux de Michel Brault et de Pierre Perrault. Le Chat dans le sac est associé à la naissance d'un cinéma de fiction moderne au Québec, en phase avec les transformations de la Révolution tranquille.
L'ONF a consacré plusieurs initiatives à sa mémoire, notamment une rétrospective commentée à l'occasion du 90e anniversaire de sa naissance, en 2021, ainsi que la diffusion en ligne de ses films. Son œuvre fait également l'objet d'études universitaires et de programmations à l'étranger, notamment en France, où la revue 1895 a consacré une analyse à six de ses films des années 1960.
Les historiens du cinéma retiennent chez Groulx la jonction entre l'exigence formelle, l'observation documentaire et l'engagement politique, qui en fait l'un des cinéastes représentatifs de la production québécoise de l'ONF des années 1960 et 1970.