Origines et formation
Frédéric Back naît le 8 avril 1924 à Sarrebruck, dans une famille d'origine alsacienne, et grandit en Alsace. Il étudie les beaux-arts en France, notamment à Rennes, où il reçoit une formation en dessin et en peinture qui marquera son style figuratif et son attention au monde rural et naturel.
En 1948, il s'installe à Montréal. Il y poursuit une activité de peintre et d'illustrateur et enseigne quelque temps le dessin. Il épouse Ghislaine Paquin, dont le nom est aujourd'hui associé au sien dans la toponymie québécoise.
Son arrivée au Québec coïncide avec une période de profonds changements sociaux et culturels, qui précède l'avènement de la télévision au Canada. Cette conjoncture oriente durablement sa carrière vers le nouveau média.
Carrière à Radio-Canada
En 1952, année de l'entrée en ondes de la télévision de Radio-Canada à Montréal, Frédéric Back est engagé par la société d'État. Il y travaille d'abord comme illustrateur et concepteur visuel : décors, éléments graphiques, illustrations et effets visuels pour des émissions éducatives, scientifiques et pour la jeunesse.
À la fin des années 1960, Radio-Canada se dote d'un service d'animation, au sein duquel Back peut se consacrer à la réalisation de courts métrages. Contrairement à la majorité des cinéastes d'animation canadiens de l'époque, rattachés à l'Office national du film du Canada, il produit l'essentiel de son œuvre dans le cadre d'un diffuseur public de télévision.
Cette situation lui permet de travailler sur de longues périodes, souvent presque seul, à des films dessinés image par image, dont certains exigent plusieurs années de travail. Il demeure associé à Radio-Canada pendant l'essentiel de sa carrière, jusqu'à la fin des années 1980.
Œuvre cinématographique
La filmographie d'animation de Frédéric Back comprend une dizaine de courts métrages, réalisés entre 1970 et 1993.
| Année | Titre | Remarque |
|---|---|---|
| 1970 | Abracadabra | Premier film d'animation |
| 1972 | Inon ou la conquête du feu | Inspiré de légendes autochtones |
| 1973 | La création des oiseaux | Inspiré de légendes autochtones |
| 1975 | Illusion ? | |
| 1977 | Taratata | |
| 1978 | Tout rien | Mis en nomination aux Oscars |
| 1981 | Crac ! | Oscar 1982 |
| 1987 | L'homme qui plantait des arbres | Oscar 1988 |
| 1993 | Le fleuve aux grandes eaux | Consacré au Saint-Laurent |
Crac !
Sans dialogue, Crac ! suit l'histoire d'une chaise berçante, depuis sa fabrication dans un milieu rural jusqu'à son exposition dans un musée d'art moderne. À travers cet objet, le film évoque les transformations de la société québécoise au fil du XXe siècle. Il vaut à Frédéric Back et à Radio-Canada l'Oscar du meilleur court métrage d'animation en 1982.
L'homme qui plantait des arbres
Adapté du récit de Jean Giono, le film raconte comment un berger solitaire, Elzéard Bouffier, reboise patiemment une région aride de Provence. Réalisé aux crayons de couleur sur acétate dépoli, il est narré par Philippe Noiret dans la version française et par Christopher Plummer dans la version anglaise. Il reçoit l'Oscar du meilleur court métrage d'animation en 1988 et figure parmi les œuvres répertoriées par la Cinémathèque québécoise.
Le fleuve aux grandes eaux
Dernier film de Back, il retrace l'histoire du fleuve Saint-Laurent et de son exploitation par les humains, depuis l'époque précoloniale jusqu'à l'ère industrielle.
Style et thèmes
Le cinéma de Frédéric Back se caractérise par un dessin entièrement exécuté à la main, aux traits souples et en mouvement continu, où les images semblent se transformer les unes dans les autres. Ses films privilégient souvent la narration visuelle et la musique au détriment du dialogue.
Deux grands thèmes traversent son œuvre :
- La mémoire collective québécoise : Crac ! et Le fleuve aux grandes eaux évoquent la vie rurale, les traditions, l'industrialisation et la modernisation du Québec.
- La nature et l'environnement : Tout rien, L'homme qui plantait des arbres et Le fleuve aux grandes eaux interrogent les rapports entre l'humain et le milieu naturel, la destruction des écosystèmes et la possibilité de leur restauration.
Ces préoccupations dépassent le cadre cinématographique. Frédéric Back s'est engagé publiquement en faveur de la protection de l'environnement et des animaux, et L'homme qui plantait des arbres a été largement utilisé pour sensibiliser le public au reboisement. Son travail est fréquemment cité comme un exemple précoce de cinéma d'animation à portée écologique.
Distinctions et reconnaissance
Au cours de sa carrière, Frédéric Back reçoit de nombreuses récompenses dans les festivals internationaux de cinéma d'animation, ainsi que plusieurs distinctions honorifiques au Québec et au Canada.
- Oscar du meilleur court métrage d'animation pour Crac ! (1982)
- Oscar du meilleur court métrage d'animation pour L'homme qui plantait des arbres (1988)
- Nomination aux Oscars pour Tout rien
- Membre de l'Ordre national du Québec
- Membre de l'Ordre de Montréal
Son œuvre a fait l'objet d'expositions, dont « Frédéric Back, passionné pour la planète », consacrée à son travail d'artiste et à son engagement environnemental.
Décès et héritage
Frédéric Back meurt à Montréal le 24 décembre 2013, à l'âge de 89 ans. L'Ordre national du Québec salue alors la disparition du « maître du cinéma d'animation ».
Sa mémoire est inscrite dans la toponymie québécoise. La Commission de toponymie du Québec répertorie notamment le parc Frédéric-Back, à Montréal, aménagé dans le quartier Saint-Michel sur le site d'une ancienne carrière et d'un ancien lieu d'enfouissement, réhabilité en espace vert, ainsi que le parc Ghislaine-et-Frédéric-Back, qui rend hommage au couple.
En 2024, le centenaire de sa naissance donne lieu à des hommages et à des rétrospectives de ses films, notamment à la Cinémathèque québécoise et dans d'autres cinémathèques canadiennes. Ses films continuent d'être diffusés et étudiés comme des jalons du cinéma d'animation québécois.