Synopsis
Le récit s'organise en deux trames parallèles, toutes deux situées à Québec, que le montage fait constamment communiquer.
1952
Alfred Hitchcock tourne dans la ville I Confess, un film où un prêtre, tenu par le secret de la confession, se trouve soupçonné d'un meurtre. Pendant ce tournage, Rachel, une jeune femme de la famille Lamontagne, devient enceinte. Elle refuse de révéler l'identité du père de l'enfant. Le secret qui entoure cette naissance pèse sur la famille et sur l'entourage paroissial.
1989
Pierre Lamontagne revient à Québec pour les funérailles de son père. Il part à la recherche de Marc, son frère adoptif, lui-même engagé dans une quête de ses origines biologiques. L'enquête des deux frères les conduit à rouvrir le passé familial et à remonter aux événements de 1952.
Le film fait se répondre les deux époques au sein d'une même scène, par des raccords de lieux, d'objets et de gestes. Les personnages du présent arpentent ainsi les décors du passé. Le dénouement révèle la nature du secret gardé depuis près de quarante ans.
Production
Le Confessionnal marque le passage de Robert Lepage au cinéma de fiction. Metteur en scène de théâtre originaire de Québec, il est alors reconnu sur la scène internationale. Il signe à la fois le scénario et la réalisation du film.
Le film est une coproduction entre le Québec, la France et le Royaume-Uni. Le tournage a lieu à Québec, ville où se déroule l'ensemble du récit. Les lieux emblématiques de la Haute-Ville et du Vieux-Québec servent de décor commun aux deux époques. La reconstitution du tournage d'Hitchcock de 1952 occupe une place centrale dans la conception visuelle de l'œuvre.
La distribution réunit notamment les interprètes suivants :
- Lothaire Bluteau (Pierre Lamontagne) ;
- Patrick Goyette (Marc) ;
- Jean-Louis Millette ;
- Kristin Scott Thomas, dans le rôle de l'assistante d'Hitchcock ;
- Ron Burrage, dans le rôle d'Alfred Hitchcock.
Le film mêle le français et l'anglais. Ce bilinguisme reflète la rencontre, en 1952, entre l'équipe hollywoodienne et la population de Québec. La durée du film est indiquée à 100 ou 101 minutes selon les sources.
Thèmes
Le titre renvoie à la fois au sacrement catholique et au film d'Hitchcock. I Confess repose en effet sur l'obligation du prêtre de taire ce qui lui est révélé en confession. Lepage transpose ce motif dans la sphère familiale. Le silence imposé par la morale religieuse et par les convenances devient le moteur d'un drame qui traverse les générations.
Le film met en relation le passé familial et les transformations de la société québécoise. Le Québec de 1952, encore marqué par l'emprise de l'Église catholique, s'oppose à celui de 1989, issu de la Révolution tranquille et largement sécularisé. Dans la revue Journal of Religion & Film, l'universitaire Adele Reinhartz analyse cette tension entre l'héritage catholique et un présent qui s'en est éloigné. Elle s'attache particulièrement au secret de la confession comme figure centrale de l'œuvre.
La question de la filiation et des origines constitue un autre axe majeur, à travers la quête de Marc, fils adoptif. Le film aborde aussi le rapport du Québec à son image : le tournage hollywoodien fait de la ville un décor et confronte une société locale au regard d'un cinéma étranger. Le dialogue entre les époques, construit par le montage et la mise en scène, prolonge des procédés propres au travail théâtral de Lepage.
Diffusion et accueil
La fiche de la Canadian Film Encyclopedia, publiée par le Festival international du film de Toronto (TIFF), date le film de 1994. La plupart des autres références retiennent 1995, année de sa sortie et de sa présentation publique. Cet écart tient à la distinction entre l'année de production et celle de la diffusion.
En 1995, le film est présenté au Festival de Cannes, dans la section parallèle de la Quinzaine des réalisateurs. Cette sélection offre une visibilité internationale au premier film de Lepage. Grâce à son statut de coproduction, il est distribué en France et dans d'autres pays.
Le film est diffusé à l'étranger sous le titre anglais The Confessional. Il figure dans plusieurs répertoires consacrés au cinéma canadien et québécois. L'organisme REEL CANADA le compte parmi les œuvres qu'il propose pour faire découvrir le cinéma canadien, notamment en milieu scolaire.
Distinctions
Le film a été salué par les prix du cinéma canadien :
| Distinction | Catégorie |
|---|---|
| Prix Génie | Meilleur film |
| Prix Génie | Meilleure réalisation (Robert Lepage) |
| Prix Claude-Jutra | Meilleur premier long métrage (Robert Lepage) |
Selon la fiche de Films du Québec, le film a remporté au total quatre prix Génie, dont ceux du meilleur film et de la meilleure réalisation. Le prix Claude-Jutra, remis dans le cadre des prix Génie, récompense un cinéaste canadien pour son premier long métrage de fiction. Le TIFF confirme qu'il a été attribué à Lepage pour Le Confessionnal.
Aux distinctions s'ajoute la sélection à la Quinzaine des réalisateurs du Festival de Cannes en 1995.
Place dans l'œuvre de Robert Lepage
Le Confessionnal inaugure la filmographie de Robert Lepage. Il réalise ensuite d'autres longs métrages, souvent liés à ses créations scéniques, comme Le Polygraphe, Nô et La Face cachée de la Lune. Le film pose plusieurs constantes de son cinéma :
- l'enracinement dans la ville de Québec ;
- la circulation entre les époques ;
- le jeu sur les langues ;
- le recours à des transitions visuelles héritées de la scène.
Le film s'inscrit aussi dans une réflexion plus large du cinéma québécois des années 1990 sur la mémoire collective et sur le legs du catholicisme. En faisant du tournage d'I Confess une matière romanesque, il a contribué à fixer dans l'imaginaire culturel le passage d'Hitchcock à Québec en 1952. Cet épisode est aujourd'hui régulièrement évoqué dans l'histoire cinématographique de la ville.