Synopsis
Claude, un jeune Montréalais d'une vingtaine d'années, aspire à devenir journaliste. Il cherche à faire publier ses textes et s'interroge sur son identité de Canadien français, sur l'engagement politique et sur le sens à donner à sa vie. Sa compagne, Barbara, est une jeune femme juive anglophone qui étudie le théâtre et envisage son avenir avec plus de légèreté.
Au fil du récit, les divergences entre les deux personnages s'accentuent. Claude se replie sur lui-même et finit par s'isoler à la campagne pour réfléchir, tandis que Barbara s'éloigne de lui. La rupture amoureuse sert de fil conducteur à une méditation plus large sur la quête de soi.
Les conflits personnels du couple font écho aux questions d'identité et de maturité politique qui traversent alors la société québécoise. L'ONF présente le film comme une réflexion sur l'accession du peuple québécois à la maturité politique. Les deux interprètes principaux, Claude Godbout et Barbara Ulrich, portent à l'écran leur propre prénom, ce qui renforce la proximité entre fiction et réalité.
Genèse et production
Le film est produit par l'Office national du film du Canada, alors installé à Montréal, à une période où l'équipe française de l'institution renouvelle profondément la pratique documentaire. Gilles Groulx, déjà connu pour des courts métrages documentaires tels que Les raquetteurs (1958, coréalisé avec Michel Brault) et Golden Gloves (1961), en signe à la fois la réalisation et le scénario.
Le projet trouve son origine dans une commande de l'ONF plus modeste que le long métrage finalement livré. Groulx en fait une œuvre de fiction d'une durée de 74 minutes, tournée en noir et blanc. La photographie est confiée à Jean-Claude Labrecque, l'un des opérateurs associés au renouveau du cinéma québécois de l'époque.
La distribution réunit principalement des interprètes peu ou pas expérimentés au cinéma, au premier rang desquels Claude Godbout et Barbara Ulrich. Ce choix s'inscrit dans la volonté de Groulx de capter une parole et des attitudes proches du quotidien plutôt qu'un jeu théâtral.
Style et forme
Le chat dans le sac emprunte plusieurs procédés au cinéma direct, courant documentaire dont l'équipe française de l'ONF est alors l'un des foyers internationaux. Groulx combine ces méthodes avec une démarche qu'il qualifie de « cinéma spontané » :
- tournage en décors naturels, dans les rues, appartements et lieux publics de Montréal ;
- équipe technique réduite et caméra mobile ;
- dialogues improvisés par les acteurs à partir d'un scénario établi ;
- adresses directes à la caméra, monologues intérieurs et intertitres.
Le film se distingue par un montage fragmenté qui alterne scènes de vie, réflexions de Claude et références à l'actualité intellectuelle et politique du début des années 1960. Cette écriture libre est souvent rapprochée de la Nouvelle Vague française, tout en demeurant ancrée dans une réalité spécifiquement québécoise. La réplique d'ouverture de Claude, « Je suis Canadien français, donc je me cherche », est fréquemment citée comme l'expression condensée du propos du film.
Musique
La bande sonore occupe une place importante dans la construction du film. Elle associe des pièces de jazz de John Coltrane à des œuvres de la musique baroque européenne, notamment d'Antonio Vivaldi et de François Couperin.
Ce contraste musical accompagne la tension entre les deux protagonistes et entre les univers qu'ils représentent. Le jazz moderne de Coltrane, associé à l'inquiétude et à la recherche de Claude, confère au film une tonalité contemporaine qui contribue à son image d'œuvre de la jeunesse des années 1960. L'emploi de la musique de Coltrane dans une production de l'ONF est régulièrement souligné comme l'un des traits marquants du film.
Présentation et distinctions
Le film est présenté au Festival du film de Montréal le 8 août 1964. Il y remporte le Grand Prix du cinéma canadien, distinction qui consacre la place de Gilles Groulx parmi les cinéastes de la nouvelle génération.
La même année marque l'émergence d'un cinéma de fiction québécois à l'ONF, issu de l'expérience documentaire de ses cinéastes. Le chat dans le sac est souvent cité aux côtés d'autres productions contemporaines de l'institution qui, parties de projets documentaires, se sont transformées en longs métrages de fiction tournés avec les moyens légers du cinéma direct.
| Élément | Donnée |
|---|---|
| Première présentation | 8 août 1964 |
| Festival | Festival du film de Montréal |
| Distinction | Grand Prix du cinéma canadien |
Contexte et postérité
Le film paraît au cœur de la Révolution tranquille, période de transformations politiques, sociales et culturelles au Québec. Les interrogations de Claude sur l'identité canadienne-française, la langue, l'engagement et l'émancipation collective rejoignent les débats qui animent alors les milieux intellectuels et la jeunesse québécoise.
La fiche pédagogique de l'ONF signale que le film propose un point de vue situé sur les rapports entre conquérants et conquis, ce qui en fait un document sur la pensée politique d'une génération autant qu'une œuvre de fiction.
Considéré comme un jalon du cinéma québécois moderne, Le chat dans le sac a fait l'objet de nombreuses rétrospectives et commémorations ; l'ONF a notamment souligné son cinquantième anniversaire en 2014. Le film demeure accessible sur la plateforme de visionnement de l'ONF, accompagné de ressources éducatives. Il occupe une place centrale dans la filmographie de Gilles Groulx, qui poursuivra une œuvre marquée par l'engagement politique, notamment avec Où êtes-vous donc ? (1969) et 24 heures ou plus (1973).