Synopsis
Le film suit deux groupes de personnages durant une même journée. Quatre hommes, des professeurs liés au département d'histoire d'une université montréalaise et un étudiant, préparent un repas dans une maison de campagne située près du lac Memphrémagog, dans les Cantons-de-l'Est. Pendant ce temps, quatre femmes, collègues ou proches de ces hommes, discutent dans un centre d'entraînement avant de les rejoindre.
Dans les deux groupes, la conversation porte avec une grande liberté de ton sur la sexualité, les aventures extraconjugales, le couple, le vieillissement et la politique. Les confidences échangées séparément préparent les tensions qui éclatent lorsque les huit personnages se retrouvent autour de la table. Une révélation faite au cours de la soirée ébranle l'un des couples et met à nu les contradictions entre le discours libéré des personnages et leur vie intime.
Le récit repose presque entièrement sur le dialogue. La mise en scène alterne entre les deux lieux, puis réunit les personnages dans un huis clos qui fait affleurer les rivalités et les fragilités du groupe.
Distribution
Le film repose sur une distribution d'ensemble composée d'interprètes connus du théâtre, de la télévision et du cinéma québécois.
| Interprète | Personnage |
|---|---|
| Dominique Michel | Dominique |
| Dorothée Berryman | Louise |
| Louise Portal | Diane |
| Geneviève Rioux | Danielle |
| Pierre Curzi | Pierre |
| Rémy Girard | Rémy |
| Yves Jacques | Claude |
| Daniel Brière | Alain |
| Gabriel Arcand | Mario |
Plusieurs de ces interprètes, notamment Rémy Girard, Dorothée Berryman, Pierre Curzi, Yves Jacques, Louise Portal et Dominique Michel, ont repris leur rôle dans Les Invasions barbares (2003), qui retrouve les mêmes personnages près de vingt ans plus tard.
Production
Le scénario et la réalisation sont signés par Denys Arcand, cinéaste formé à l'Office national du film du Canada (ONF), où il avait réalisé des documentaires avant de se tourner vers la fiction. Après des œuvres au ton politique marqué, Le déclin de l'empire américain marque un virage vers la comédie de mœurs et le film choral fondé sur la parole.
Selon l'ONF, le film a été coproduit par Corporation Image M & M et l'Office national du film du Canada, avec la participation de Téléfilm Canada, de la Société générale du cinéma du Québec et de la Société Radio-Canada. Les producteurs associés au projet sont René Malo, du côté de Corporation Image M & M, et Roger Frappier, du côté de l'ONF.
Le long métrage, tourné en français, dure environ 101 minutes. Les scènes se déroulant à la campagne évoquent la région du lac Memphrémagog, dans la région administrative de l'Estrie. La trame musicale, signée François Dompierre, s'appuie sur des thèmes de Georg Friedrich Haendel.
Thèmes et interprétations
Le film est généralement décrit comme une satire des mœurs d'une élite intellectuelle francophone. Les personnages, formés dans l'effervescence de la Révolution tranquille, ont délaissé les grands projets collectifs au profit de la recherche du plaisir individuel. Leur discours, brillant et souvent cru, contraste avec la solitude, la jalousie et l'inquiétude qui se manifestent au fil de la soirée.
Le titre renvoie à une thèse exposée par l'un des personnages, historienne, selon laquelle la quête effrénée du bonheur individuel serait le signe du déclin d'une civilisation. Le film fait ainsi dialoguer l'histoire des empires et la vie privée des protagonistes, en suggérant un parallèle entre l'épuisement des idéaux et l'évolution de la société nord-américaine.
L'Encyclopédie canadienne relève que l'œuvre a aussi été lue comme une réflexion sur le Québec du début des années 1980, après l'échec du référendum de 1980 sur la souveraineté-association. Il s'agit d'une interprétation critique : le film ne traite pas directement de la question nationale, mais le désenchantement politique de ses personnages a été rapproché du climat de l'époque.
La franchise des dialogues sur la sexualité, inhabituelle pour un film grand public de l'époque, a contribué à sa notoriété et aux débats qu'il a suscités.
Réception et distinctions
Le film a été présenté au Festival de Cannes en 1986, à la Quinzaine des réalisateurs, où il a reçu le Prix de la critique internationale (FIPRESCI). Ce prix a contribué à sa diffusion à l'étranger, notamment en France.
Au Québec et au Canada, le film a connu un important succès en salle et a été largement récompensé lors de la remise des prix Génie, qui couronnaient alors le cinéma canadien, notamment dans les catégories du meilleur film, de la meilleure réalisation et du meilleur scénario original. Les sources consultées attribuent généralement huit prix Génie au film.
Le long métrage a été nommé à l'Oscar du meilleur film en langue étrangère. Il s'agit de la première nomination d'un long métrage québécois dans cette catégorie. Le prix lui-même a été remporté par Les Invasions barbares, du même cinéaste, en 2004.
Principales distinctions :
- Prix de la critique internationale (FIPRESCI), Festival de Cannes, 1986 ;
- plusieurs prix Génie, dont celui du meilleur film ;
- nomination à l'Oscar du meilleur film en langue étrangère.
Postérité
Le déclin de l'empire américain est considéré comme l'une des œuvres marquantes du cinéma québécois et figure régulièrement dans les sélections patrimoniales du cinéma canadien, notamment celles de REEL CANADA et de la Journée nationale du cinéma canadien.
Le film inaugure ce qui a été présenté comme une trilogie informelle de Denys Arcand :
- Le déclin de l'empire américain (1986) ;
- Les Invasions barbares (2003), qui retrouve les mêmes personnages autour de la maladie de l'un d'eux ;
- La Chute de l'empire américain (2018), qui reprend l'idée du titre avec d'autres personnages et un autre récit.
Les Invasions barbares a remporté l'Oscar du meilleur film en langue étrangère, ce qui a renouvelé l'intérêt pour le film de 1986. L'œuvre est conservée dans la collection de l'ONF et demeure accessible au Québec par l'entremise de diverses éditions, dont la collection Éléphant consacrée à la mise en valeur du patrimoine cinématographique québécois.
Classement au Québec
Au Québec, le classement des films relève du ministère de la Culture et des Communications. Le Répertoire des films classés indique, pour Le déclin de l'empire américain, la nationalité « Québec » et l'année de production 1986.
Le classement en vigueur a été attribué le 2 octobre 2017. Le Répertoire précise comme motif que les dialogues abordent la sexualité de façon crue et exigent un début de maturité de la part du spectateur. Ce motif rejoint la caractéristique la plus souvent soulignée du film, soit la place centrale accordée à une parole libre et explicite sur la vie intime.