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L'Avalée des avalés

L'Avalée des avalés est le premier roman publié de l'écrivain québécois Réjean Ducharme, paru chez Gallimard, à Paris, le 16 septembre 1966, dans la collection Blanche. Porté par la voix de Bérénice Einberg, une jeune narratrice en révolte contre le monde adulte, le livre se distingue par son invention verbale et son refus des conventions. Finaliste du prix Goncourt et lauréat du Prix du Gouverneur général, il est considéré comme un classique de la littérature québécoise. Sa parution figure au Registre du patrimoine culturel du Québec à titre d'événement historique.

Publication

Réjean Ducharme, alors âgé d'environ vingt-cinq ans et inconnu du milieu littéraire, fait paraître L'Avalée des avalés aux Éditions Gallimard le 16 septembre 1966, dans la collection Blanche. La publication d'un premier roman québécois par une grande maison parisienne constitue un fait rare à l'époque et contribue à l'attention immédiate que suscite le livre.

Le succès est rapide : selon la fiche du Registre du patrimoine culturel du Québec, l'ouvrage est réimprimé à deux reprises dans les deux mois qui suivent sa sortie. La discrétion de l'auteur, qui refuse les entrevues et les photographies publiques, alimente dès cette période des rumeurs sur son identité et participe à la construction d'un véritable mythe autour de sa personne, mythe que la presse évoquera encore à sa mort, en 2017.

Le roman a ensuite été repris en format de poche dans la collection Folio de Gallimard, ce qui en a assuré la diffusion durable auprès des lecteurs et dans l'enseignement. Il a également fait l'objet d'une traduction anglaise sous le titre The Swallower Swallowed.

Intrigue

Le récit est mené à la première personne par Bérénice Einberg, qui raconte son enfance et son adolescence. Elle grandit sur une île du fleuve Saint-Laurent, dans une ancienne abbaye, auprès de parents désunis : son père, Mauritius Einberg, est juif, et sa mère, qu'elle surnomme « Chamomor », est catholique. Le couple se partage les enfants : Bérénice est confiée à l'autorité du père et élevée dans la religion juive, tandis que son frère Christian est élevé par la mère dans la foi catholique.

Bérénice voue à son frère un attachement exclusif et nourrit une hostilité croissante envers sa mère, envers les adultes et, plus largement, envers tout ce qui menace de l'« avaler ». Son amitié intense avec Constance Chlore occupe une place centrale dans le roman.

Pour la soustraire à l'influence familiale, son père l'envoie à New York, chez un oncle, puis en Israël. Le dernier mouvement du roman se déroule dans ce pays, où Bérénice, enrôlée dans l'armée, poursuit sa lutte contre le monde jusqu'à un dénouement placé sous le signe de la guerre et du mensonge héroïque.

Le roman est divisé en trois parties qui suivent ces déplacements successifs de la narratrice.

Écriture et thèmes

L'œuvre repose sur le long monologue de Bérénice, dont la voix impose au lecteur sa logique, ses colères et ses jeux. La critique a souligné dès 1967 la dimension poétique et inventive de cette langue, faite de néologismes, de calembours, de détournements de formules et de ruptures de ton.

Plusieurs thèmes structurent le roman :

  • Le refus du monde adulte : grandir équivaut pour Bérénice à être « avalée », c'est-à-dire assimilée par un ordre qu'elle rejette ;
  • La révolte et la liberté intérieure : la narratrice affirme sa souveraineté par la parole et par l'invention d'un univers personnel ;
  • L'enfance comme lieu de résistance, thème que Ducharme reprendra dans d'autres romans ;
  • Les identités imposées, notamment religieuses, à travers le partage des enfants entre deux confessions ;
  • L'amitié et l'amour absolus, liés à Christian et à Constance Chlore.

Les études ultérieures ont aussi examiné la rhétorique polémique de Bérénice, dont le discours procède par provocation, renversement et argumentation agressive. L'écriture ducharmienne, avec son goût du débris, du jeu verbal et de la dérision, a fait l'objet de nombreux travaux universitaires, dont ceux d'Élisabeth Nardout-Lafarge.

Réception

La parution du roman a un retentissement important au Québec comme en France. En 1966, l'ouvrage figure parmi les finalistes du prix Goncourt, ce qui le place au centre de l'actualité littéraire parisienne. La même année, il reçoit le Prix du Gouverneur général dans la catégorie du roman de langue française, selon la Chronologie de Montréal de l'Université du Québec à Montréal.

La critique universitaire québécoise s'y intéresse très tôt : la revue Études françaises, de l'Université de Montréal, publie dès 1967 une analyse de Jean-Cléo Godin. Le livre s'inscrit alors dans un moment d'effervescence de la littérature québécoise, contemporain de la Révolution tranquille, aux côtés d'autres œuvres qui renouvellent profondément la prose romanesque.

Les travaux consacrés à la réception de la littérature québécoise dans les revues savantes montrent que Ducharme devient rapidement l'un des auteurs les plus étudiés de sa génération, et que L'Avalée des avalés demeure l'un de ses textes de référence.

Place dans l'œuvre de Réjean Ducharme

L'Avalée des avalés ouvre une série de romans publiés chez Gallimard à un rythme soutenu à la fin des années 1960 : Le Nez qui voque (1967), L'Océantume (1968) et La Fille de Christophe Colomb (1969). Ces œuvres partagent avec le premier roman la figure de l'enfant ou de l'adolescent réfractaire et une écriture fondée sur le jeu verbal.

Ducharme poursuit ensuite son œuvre romanesque avec notamment L'Hiver de force (1973), Les Enfantômes (1976), Dévadé (1990), Va savoir (1994) et Gros Mots (1999). Il écrit également pour le théâtre et pour le cinéma, en particulier le scénario du film Les Bons Débarras (1980), réalisé par Francis Mankiewicz.

Auteur d'une grande discrétion publique, Réjean Ducharme meurt à Montréal le 21 août 2017. Son premier roman reste la porte d'entrée la plus fréquente dans son œuvre.

Postérité et patrimoine

La parution de L'Avalée des avalés est inscrite au Registre du patrimoine culturel du Québec, tenu par le ministère de la Culture et des Communications, à titre d'événement historique lié à l'histoire de la littérature québécoise. La fiche du Registre présente le roman comme un classique de la littérature québécoise et francophone, emblématique de l'effervescence littéraire des années 1960.

Le livre occupe une place durable dans l'enseignement : il est étudié au collégial et à l'université, et le Portail pour l'enseignement de la littérature de l'Université Laval lui consacre une séquence didactique. La presse le range parmi les « livres cultes » de la littérature québécoise.

En septembre 2026, le soixantième anniversaire de sa parution a été souligné dans les médias québécois, qui ont rappelé son statut de chef-d'œuvre de Réjean Ducharme et le rôle de la figure de Bérénice Einberg dans l'imaginaire littéraire du Québec.

Sources

  1. Ministère de la Culture et des Communications du Québec, Registre du patrimoine culturel
  2. Jean-Cléo Godin, « L'Avalée des avalés », Études françaises (1967), Érudit
  3. Gilles Perron, « Les tourments de l'enfance : L'avalée des avalés de Réjean Ducharme », Québec français (2001), Érudit
  4. Martine-Emmanuelle Lapointe, « Trois livres en équilibre sur une époque », Voix et Images (2009), Érudit
  5. Chronologie de Montréal, UQAM, « L'avalée des avalés »
  6. « Rhétorique et argumentation chez Réjean Ducharme. Les polémiques béréniciennes », Voix et Images (1993), Érudit
  7. « Faire la littérature. La réception des textes et des auteurs québécois à la revue Études françaises (1965-2014) », Érudit
  8. Portail pour l'enseignement de la littérature, Université Laval, « L'avalée des avalés »
  9. Le Journal de Québec, « Il y a 60 ans paraissait le chef-d'œuvre littéraire de Réjean Ducharme » (12 septembre 2026)
  10. La Presse, « Réjean Ducharme : la mort d'un mythe » (2017)
  11. La Presse, « Livre culte : L'avalée des avalés de Réjean Ducharme » (2016)
  12. Compte rendu de Élisabeth Nardout-Lafarge, Réjean Ducharme. Une poétique du débris, Recherches sociographiques (2004), Érudit
  13. « En pays ducharmien », Québec français (2011), Érudit
  14. Savoirs.Québec, registre éditorial

Recherche documentaire

Références recueillies lors de la recherche web du dossier, en complément des sources citées dans le texte.

  1. Réjean Ducharme / par Chantal de Grandpré.
  2. L'Avalée des avalés — Wikipédia
  3. L'Avalée des avalés - Ducharme, Réjean - Livres - Amazon
  4. Trois livres en équilibre sur une époque – Voix et Images
  5. Tous droits réservés © Nuit blanche, le magazine du livre, 2011
  6. « On rit mais ça me fait mourir » / Réjean Duclmrme, Dévadé, Paris, Gallimard / Lacombe, 1990, 257 pages.

Modèles ayant contribué : Recherche documentaire — Sonar Pro · Rédaction — Claude Opus 5 5

Mots-clés : réjean ducharme, roman québécois, gallimard, bérénice einberg, prix du gouverneur général, prix goncourt, années 1960, patrimoine culturel

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