Situation et toponymie
L'île d'Anticosti occupe le centre-nord du golfe du Saint-Laurent, à l'endroit où l'estuaire s'ouvre sur le golfe. Elle est séparée de la péninsule gaspésienne, au sud, par le détroit d'Honguedo, et de la côte de la Minganie, au nord, par le détroit de Jacques-Cartier. Sur le plan administratif, elle relève de la région de la Côte-Nord et de la MRC de Minganie.
Origine du nom
Le nom officiel, « île d'Anticosti », est consigné par la Commission de toponymie du Québec, qui documente également ses formes anciennes et ses variantes autochtones. Les Micmacs désignent l'île sous le nom de Natigosteg, rendu par « terre avancée », tandis que les Innus de Nutashkuan emploient le nom Natakuan. Lors de son deuxième voyage, en 1535, Jacques Cartier la nomme « Isle de l'Assomption ». L'origine précise du nom Anticosti fait l'objet de plusieurs hypothèses, dont un rapprochement avec la forme autochtone Natigosteg.
Le nom de la municipalité, L'Île-d'Anticosti, fait l'objet d'une fiche distincte de la Commission de toponymie du Québec.
Géographie physique
L'île mesure environ 222 km de longueur et jusqu'à 56 km de largeur. Sa superficie est évaluée à 7 943 km² dans le plan directeur du parc national d'Anticosti ; Statistique Canada attribue pour sa part 7 715,99 km² au territoire municipal. Les écarts entre sources tiennent à la méthode de mesure et au territoire considéré (île, municipalité ou bien patrimonial).
Relief et hydrographie
Le relief est celui d'un plateau de roches sédimentaires, principalement calcaires, légèrement incliné vers le sud. La côte nord présente des falaises plus élevées, tandis que la côte sud s'abaisse en larges platiers rocheux découverts à marée basse. La dissolution du calcaire a façonné un relief karstique marqué : dolines, résurgences, grottes et canyons encaissés.
De nombreuses rivières drainent le plateau vers la mer, dont les rivières Jupiter, Vauréal et Chicotte. La rivière Vauréal franchit une chute importante avant de s'engager dans un canyon taillé dans le calcaire, l'un des paysages les plus connus de l'île.
Climat et végétation
L'île connaît un climat maritime frais, fortement influencé par les eaux du golfe : étés courts et frais, hivers longs, vents fréquents. Le couvert végétal appartient à la forêt boréale, dominée par le sapin baumier et les épinettes, avec des tourbières et des milieux côtiers étendus.
Géologie et patrimoine mondial
Anticosti est réputée en géologie pour sa succession de strates sédimentaires marines, exceptionnellement continue et bien exposée. Cette séquence couvre environ dix millions d'années, de l'Ordovicien supérieur au Silurien inférieur. Les fossiles marins qu'elle renferme documentent la première extinction massive de la vie animale à l'échelle planétaire, survenue il y a environ 447 à 437 millions d'années, ainsi que la reconstitution des écosystèmes qui l'a suivie.
Inscription à l'UNESCO
Le bien « Anticosti » a été inscrit sur la Liste du patrimoine mondial de l'UNESCO en 2023, lors de la 45e session du Comité du patrimoine mondial (décision 45 COM 8B.31), au titre du critère naturel (viii), qui vise les témoignages exceptionnels des grandes étapes de l'histoire de la Terre. Le gouvernement du Québec avait soutenu financièrement la préparation de la candidature.
| Élément | Superficie |
|---|---|
| Bien inscrit | 18 240 ha |
| Zone tampon | 89 740 ha |
L'ensemble du bien et de sa zone tampon représente près de 14 % de la superficie de l'île. Anticosti est l'un des biens naturels du patrimoine mondial situés au Québec, avec le parc national de Miguasha.
Histoire de l'occupation
L'île est fréquentée depuis longtemps par des peuples autochtones, notamment les Micmacs et les Innus, comme en témoignent les noms qu'ils lui attribuent. Jacques Cartier la longe en 1534 et 1535. Sous le Régime français, l'île est concédée en 1680 à l'explorateur Louis Jolliet, qui y établit un poste de pêche.
Les côtes de l'île, réputées dangereuses pour la navigation, ont été le théâtre de nombreux naufrages, ce qui a justifié la construction de phares et de postes de secours au XIXe siècle.
L'époque Menier
En 1895, le chocolatier français Henri Menier acquiert l'île et en fait un domaine privé de chasse et de pêche. Il fonde le village de Port-Menier, aujourd'hui seul noyau habité permanent, et fait introduire plusieurs espèces animales, dont le cerf de Virginie. Après sa mort, l'île est vendue en 1926 à une entreprise papetière, qui y mène des activités d'exploitation forestière.
Propriété publique
Le gouvernement du Québec acquiert l'île en 1974. La gestion de la chasse et de la pêche est par la suite confiée à des organismes publics, puis à la Société des établissements de plein air du Québec (Sépaq), qui exploite la réserve faunique et l'offre récréotouristique sous le nom de Sépaq Anticosti.
Faune et aires protégées
La faune d'Anticosti est marquée par l'introduction, à la fin du XIXe siècle, d'environ deux cents cerfs de Virginie. En l'absence de grands prédateurs, la population s'est multipliée et compte aujourd'hui plusieurs dizaines de milliers d'individus, ce qui fait de l'île une destination reconnue pour la chasse au cerf. Le broutage intensif a profondément modifié la composition de la forêt, notamment en réduisant la régénération du sapin baumier, et fait l'objet de nombreuses recherches scientifiques.
L'ours noir, autrefois présent, a disparu de l'île au XXe siècle. Les rivières accueillent le saumon atlantique et l'omble de fontaine, et le littoral sert d'habitat à de nombreux oiseaux marins.
Parc national d'Anticosti
Créé en 2001, le parc national d'Anticosti couvre 571,8 km² au centre de l'île. Administré par la Sépaq, il protège un échantillon représentatif de la région naturelle de l'île d'Anticosti et englobe plusieurs sites emblématiques, dont le canyon et la chute de la rivière Vauréal ainsi que des grottes karstiques.
Population et administration
L'ensemble de l'île constitue la municipalité de L'Île-d'Anticosti, rattachée à la MRC de Minganie, dans la région administrative de la Côte-Nord. La population est concentrée à Port-Menier, sur la pointe ouest de l'île, où se trouvent les services municipaux, le quai et l'aéroport.
| Recensement | Population | Superficie municipale |
|---|---|---|
| 2021 | 177 habitants | 7 715,99 km² |
L'économie locale repose principalement sur la villégiature, la chasse, la pêche et les services publics. L'accès à l'île se fait par avion ou par la desserte maritime saisonnière reliant la Côte-Nord.
Au cours des années 2010, des travaux d'exploration pétrolière et gazière ont été menés sur l'île, avant d'être abandonnés à la suite d'une entente conclue en 2017 avec le gouvernement du Québec. La recherche et la production d'hydrocarbures ont ensuite été interdites sur l'ensemble du territoire québécois par une loi adoptée en 2022.

