Aller au contenu
savoirs.québec
Géographie

Cantons-de-l'Est

Les Cantons-de-l'Est désignent une région historique, culturelle et géographique du sud du Québec, située au sud du fleuve Saint-Laurent, entre la rivière Richelieu et la rivière Chaudière, le long de la frontière avec les États-Unis. Le territoire s'appuie sur le piémont et les premiers reliefs des Appalaches, découpés par des vallées et ponctués de nombreux lacs. Son nom évoque le système britannique des cantons qui a structuré son peuplement à partir de la fin du XVIIIe siècle. Il ne correspond plus à une région administrative : celle-ci porte le nom officiel d'Estrie depuis 1981.

Cantons de l'est
Photographie : Cantons de l'est. Marquis Leblanc (CC BY-SA 3.0) Wikimedia Commons · CC BY-SA 3.0
Cantons de l'est 1792-2010-12-03
Photographie : Cantons de l'est 1792-2010-12-03. Cantons_de_l'est_1792.GIF: Marquis Leblanc derivative work: Libertad-pb (talk) (CC BY-SA 3.0) Wikimedia Commons · CC BY-SA 3.0

Toponymie

Le nom Cantons-de-l'Est est la traduction française de l'expression anglaise « Eastern Townships », employée sous le Régime britannique pour désigner les terres arpentées en cantons à l'est de la rivière Richelieu, par opposition aux seigneuries de la vallée du Saint-Laurent. La Commission de toponymie du Québec attribue la création de l'équivalent français à l'écrivain Antoine Gérin-Lajoie, en 1858. L'expression figure notamment dans son roman Jean Rivard le défricheur, publié en 1862-1864, qui a contribué à la diffuser.

Le mot « canton » renvoie ici à une unité d'arpentage et de concession des terres, et non à une circonscription politique. Le terme a servi de base à la toponymie de nombreuses municipalités de la région, dont plusieurs portent encore la désignation de canton.

Le nom demeure officiel dans certains odonymes. La Commission de toponymie a ainsi officialisé le 7 mai 1981 l'appellation « Autoroute des Cantons-de-l'Est » pour l'autoroute 10, sur un tronçon de plus de 150 km reliant le pont Champlain, du côté de Brossard, au secteur de Fleurimont, à Sherbrooke. L'autoroute traverse notamment Chambly, Marieville, Saint-Césaire, Ange-Gardien, Saint-Alphonse-de-Granby et Eastman, ce qui illustre l'étendue du territoire historiquement associé au nom.

Délimitation et statut

Les Cantons-de-l'Est ne constituent pas aujourd'hui une entité administrative. Le territoire historique, tel que le décrit la Commission de toponymie du Québec, s'étend au sud du Saint-Laurent, entre les rivières Richelieu et Chaudière. Il englobe :

  • l'Estrie actuelle, qui en forme le cœur ;
  • des cantons rattachés à une partie de la Montérégie, notamment dans le secteur de Brome-Missisquoi et de la Haute-Yamaska ;
  • des cantons situés dans une partie du Centre-du-Québec.

Distinction avec l'Estrie

Lorsque le gouvernement du Québec a découpé le territoire en régions administratives, celle du sud-est a d'abord été désignée sous le nom de Cantons-de-l'Est, en 1966. Elle a pris le nom officiel d'Estrie en 1981. Depuis, il convient de distinguer l'usage historique, culturel et régional de « Cantons-de-l'Est » du nom administratif « Estrie », qui renvoie à un territoire plus restreint.

L'appellation reste par ailleurs courante dans l'usage populaire, dans le domaine touristique et dans les milieux anglophones, où l'expression « Eastern Townships » demeure répandue. Les limites exactes de la région varient selon les usages et les époques, faute de définition juridique actuelle.

Relief et géologie

Le territoire des Cantons-de-l'Est appartient à la province géologique des Appalaches, qui se distingue du Bouclier canadien au nord du Saint-Laurent et des basses-terres du Saint-Laurent à l'ouest. Le passage des basses-terres au domaine appalachien se fait par un piémont de collines et de plateaux qui s'élèvent progressivement vers le sud-est.

Le relief s'organise en bandes orientées du sud-ouest au nord-est, parallèles à l'axe de la chaîne appalachienne. Les monts Sutton, prolongement des Green Mountains du Vermont, forment l'un des principaux ensembles montagneux à l'ouest. Plus au nord-est se dressent des sommets isolés ou regroupés, dont le mont Orford et, dans l'est de la région, le mont Mégantic, l'un des points culminants du sud du Québec.

Le substrat rocheux se compose surtout de roches sédimentaires et métamorphiques plissées, avec des intrusions de roches ignées qui forment certains massifs. Les glaciations du Quaternaire ont modelé le paysage : vallées élargies, dépôts de till, eskers et nombreuses cuvettes lacustres. Les sols, souvent minces et pierreux sur les hauteurs, sont plus propices à l'agriculture dans les vallées.

La région recèle aussi des gisements minéraux qui ont marqué son histoire économique, notamment l'amiante, exploité au XXe siècle dans le secteur de l'actuelle Val-des-Sources, ainsi que le cuivre et le granit.

Hydrographie

Le réseau hydrographique des Cantons-de-l'Est se partage entre plusieurs bassins versants, la plupart tributaires du Saint-Laurent, et dans une moindre mesure du lac Champlain par la rivière Missisquoi et la rivière Richelieu.

Principales rivières

  • Saint-François : principal cours d'eau de la région, elle prend sa source dans le secteur du lac Saint-François, traverse Sherbrooke et se jette dans le lac Saint-Pierre.
  • Magog : elle relie le lac Memphrémagog à la rivière Saint-François, à Sherbrooke.
  • Coaticook et Massawippi : affluents de la Saint-François dans le sud de la région.
  • Yamaska : elle draine l'ouest du territoire, autour de Granby et de Cowansville.
  • Missisquoi : elle coule vers le Vermont et le lac Champlain.
  • Chaudière : elle marque la limite orientale du territoire historique et prend sa source dans le lac Mégantic.

Lacs

La région compte de nombreux lacs d'origine glaciaire. Le lac Memphrémagog, partagé avec le Vermont, en est le plus connu. On y trouve aussi les lacs Massawippi, Brome, Magog, Aylmer et Mégantic. Ces plans d'eau jouent un rôle central dans la villégiature et l'approvisionnement en eau potable des municipalités riveraines.

Climat et milieux naturels

Les Cantons-de-l'Est connaissent un climat continental humide, caractérisé par des hivers froids et enneigés et des étés chauds. L'altitude et le relief introduisent des variations locales notables : les hauteurs reçoivent généralement davantage de précipitations, notamment sous forme de neige, que les vallées et les secteurs de piémont plus proches des basses-terres.

La couverture forestière appartient en grande partie au domaine de l'érablière, où dominent l'érable à sucre, le hêtre à grandes feuilles, le bouleau jaune et diverses espèces résineuses sur les sols plus pauvres et en altitude. L'érablière soutient une importante production acéricole.

Plusieurs territoires protégés témoignent de la diversité des milieux naturels :

  • le parc national du Mont-Orford ;
  • le parc national du Mont-Mégantic, qui abrite un observatoire astronomique et s'inscrit dans une réserve de ciel étoilé ;
  • le parc national de la Yamaska ;
  • le parc national de Frontenac, en bordure du lac Saint-François.

Ces aires protégées, gérées par la Société des établissements de plein air du Québec, conservent des échantillons représentatifs des paysages appalachiens du sud du Québec.

Histoire du peuplement

Avant la colonisation européenne, le territoire était fréquenté par des peuples autochtones, notamment les Abénakis, qui utilisaient les rivières comme voies de circulation entre la vallée du Saint-Laurent et la Nouvelle-Angleterre.

Sous le Régime français, la région est restée en marge du système seigneurial. Après la Conquête et surtout l'Acte constitutionnel de 1791, les autorités britanniques ont arpenté les terres selon le système des cantons (townships). Selon la Commission de toponymie du Québec, ces cantons forment des quadrilatères d'environ 16,6 km de côté, subdivisés en rangs et en lots. Ce découpage géométrique marque encore le paysage cadastral et le tracé des routes.

La colonisation a commencé à la fin du XVIIIe siècle avec l'arrivée de Loyalistes et d'autres colons venus des États-Unis, en particulier près des frontières actuelles du Vermont, du New Hampshire et du Maine. Des immigrants des îles Britanniques, notamment d'Angleterre, d'Écosse et d'Irlande, se sont ensuite établis dans la région. Au XIXe siècle, les Canadiens français y ont migré en nombre croissant, au point de devenir majoritaires au tournant du XXe siècle.

L'exploitation forestière et l'agriculture ont soutenu le développement initial. L'arrivée du chemin de fer au milieu du XIXe siècle a favorisé l'essor industriel de villes comme Sherbrooke, Magog et Coaticook, notamment dans le textile.

Occupation du territoire et économie

L'occupation du territoire combine des pôles urbains, un réseau de villages et de vastes espaces agricoles et forestiers. Sherbrooke, au confluent des rivières Magog et Saint-François, est la principale ville de la région et son centre universitaire, avec l'Université de Sherbrooke et l'Université Bishop's, située dans l'arrondissement de Lennoxville. D'autres centres structurent le territoire, dont Granby, Magog, Cowansville, Coaticook, Lac-Mégantic et Victoriaville en périphérie.

Activités économiques

  • Agriculture : élevage laitier, grandes cultures dans les vallées, acériculture et, dans le secteur de Brome-Missisquoi, viticulture.
  • Forêt : exploitation et transformation du bois.
  • Industrie : héritage manufacturier, notamment textile, aujourd'hui diversifié.
  • Mines : extraction historique de l'amiante, du cuivre et du granit.
  • Tourisme et villégiature : stations de ski (Orford, Sutton, Bromont, Owl's Head), lacs, parcs nationaux et patrimoine bâti d'influence anglo-américaine.

Le territoire est desservi par l'autoroute 10, qui le relie à la région métropolitaine de Montréal, ainsi que par les autoroutes 55 et 410. La proximité de la frontière américaine a favorisé les échanges avec la Nouvelle-Angleterre. Le patrimoine de la région se reconnaît à ses églises de diverses confessions, à ses ponts couverts et à ses granges rondes, témoins de la cohabitation des communautés anglophone et francophone.

Sources

  1. Commission de toponymie du Québec, fiche « Autoroute des Cantons-de-l'Est » (Sherbrooke)
  2. Commission de toponymie du Québec, fiche « Autoroute des Cantons-de-l'Est » (Brossard)
  3. Commission de toponymie du Québec, fiche « Autoroute des Cantons-de-l'Est » (Saint-Jean-sur-Richelieu)
  4. Commission de toponymie du Québec, fiche « Autoroute des Cantons-de-l'Est » (Chambly)
  5. Commission de toponymie du Québec, fiche « Autoroute des Cantons-de-l'Est » (Marieville)
  6. Commission de toponymie du Québec, fiche « Autoroute des Cantons-de-l'Est » (Saint-Césaire)
  7. Commission de toponymie du Québec, fiche « Autoroute des Cantons-de-l'Est » (Ange-Gardien)
  8. Commission de toponymie du Québec, fiche « Autoroute des Cantons-de-l'Est » (Saint-Alphonse-de-Granby)
  9. Commission de toponymie du Québec, fiche « Autoroute des Cantons-de-l'Est » (Eastman)
  10. Wikipédia, « Cantons-de-l'Est (Québec) »
  11. Registre éditorial de Savoirs.Québec, fiche « Cantons-de-l'Est »
  12. Société des établissements de plein air du Québec, parcs nationaux

Modèles ayant contribué : Recherche documentaire — Sonar Pro · Rédaction — Claude Opus 5 5

Mots-clés : cantons-de-l'est, eastern townships, estrie, appalaches, piémont appalachien, système des cantons, loyalistes, lac memphrémagog, rivière saint-françois, toponymie

Processus éditorial

Le débat du comité, les prompts des visuels et l'historique des mises à jour sont publics. Ouvrir le processus éditorial.

Discussion

Posez une question ou apportez une précision. Les messages sont publiés après vérification par l'équipe de modération. Savoir, l'assistante de recherche, répond lorsqu'elle peut citer une source ou vérifier un fait : cochez « Demander une réponse à Savoir » ou écrivez @Savoir.