Géographie
L'île aux Basques se trouve dans l'estuaire maritime du Saint-Laurent, sur la rive sud, à faible distance de la ville de Trois-Pistoles. Elle fait partie du territoire de la municipalité de Notre-Dame-des-Neiges, dans la municipalité régionale de comté (MRC) des Basques, région administrative du Bas-Saint-Laurent.
De forme allongée, l'île mesure environ 2 km de longueur sur quelque 400 m de largeur. Son relief culmine à une altitude d'environ 50 m. Elle est accompagnée, à proximité, de deux îlots appelés les Razades, avec lesquels elle forme un petit ensemble insulaire.
Cet ensemble est soumis au régime de l'estuaire maritime : eaux salées ou saumâtres, marées marquées et courants qui façonnent les battures et les rivages rocheux. Cette position, au contact de la rive sud et des eaux riches de l'estuaire, explique à la fois l'intérêt historique du site pour la chasse aux mammifères marins et son importance actuelle pour les oiseaux marins.
| Caractéristique | Valeur |
|---|---|
| Longueur | environ 2 km |
| Largeur | environ 400 m |
| Altitude maximale | environ 50 m |
| Îlots voisins | les deux Razades |
Toponymie
Le nom « île aux Basques » rappelle la présence, sur l'île et dans ses environs, de pêcheurs et chasseurs de baleines basques venus d'Europe à partir de la fin du XVIe siècle. Ces navigateurs, originaires principalement de la côte basque française, fréquentaient le Saint-Laurent de façon saisonnière pour y exploiter les ressources marines.
Le toponyme est officialisé par la Commission de toponymie du Québec. Le souvenir basque marque aussi la toponymie régionale : la MRC dans laquelle se trouve l'île porte le nom de Les Basques.
Les désignations des aires protégées reprennent le nom de l'île sous une forme composée avec traits d'union, conformément aux règles d'écriture des noms d'entités administratives ou de territoires : refuge d'oiseaux migrateurs de l'Île-aux-Basques, parc naturel et historique de l'Île-aux-Basques et réserve naturelle de l'Île-aux-Basques-et-des-Razades. Les Razades, nom des deux îlots voisins, désignent pour leur part de petites îles basses situées à proximité.
Histoire
Occupation autochtone
Avant l'arrivée des Européens, l'île était fréquentée par des groupes autochtones. Les fouilles archéologiques y ont mis au jour des traces d'occupation antérieures aux premiers contacts, ainsi que des témoins d'activités postérieures à ceux-ci.
Les chasseurs basques
À partir de la fin du XVIe siècle, des pêcheurs basques fréquentent l'île de façon saisonnière. Parcs Canada situe la concentration de sites qui leur sont associés entre 1584 et 1637. Les baleines et autres mammifères marins chassés dans l'estuaire étaient dépecés, et leur graisse était fondue sur place dans des fours afin d'en tirer de l'huile, alors une marchandise recherchée en Europe.
L'île présente aussi des traces archéologiques de contacts commerciaux anciens entre Européens et Autochtones. Ces échanges, antérieurs à l'établissement durable de la colonie française dans la vallée du Saint-Laurent, font de l'île un site de référence pour l'étude des premières relations entre ces populations.
Époque contemporaine
En 1927, l'île et ses abords sont intégrés à un refuge d'oiseaux migrateurs de compétence fédérale. Deux ans plus tard, en 1929, la Société Provancher en assure la protection ; l'organisme en est depuis le propriétaire. Les recherches archéologiques menées sur l'île ont par la suite conduit à sa désignation comme lieu historique national du Canada en 2001.
Archéologie et patrimoine
L'intérêt patrimonial de l'île aux Basques repose principalement sur ses vestiges archéologiques. Les plus connus sont les restes de fours aménagés par les Basques pour fondre la graisse de mammifères marins. Ces installations, construites près du rivage, témoignent de l'organisation d'une industrie saisonnière de transformation de l'huile de baleine en Amérique du Nord.
Les travaux archéologiques ont également documenté des occupations autochtones, avant et après les premiers contacts avec les Européens. La coexistence, sur un même site, de vestiges basques et de traces autochtones permet d'examiner les échanges matériels entre ces groupes. Les chercheurs Laurier Turgeon et Pierre Moussette ont notamment publié sur la présence conjointe d'Amérindiens et de Basques chasseurs de baleines à l'île aux Basques.
En 2001, l'île est désignée lieu historique national du Canada. Parcs Canada motive cette reconnaissance par :
- la concentration de sites associés aux Basques français entre 1584 et 1637 ;
- les traces archéologiques de contacts commerciaux anciens entre Européens et Autochtones.
Le site s'inscrit dans un réseau plus large de lieux témoignant de la présence basque dans le golfe et l'estuaire du Saint-Laurent, et contribue à la connaissance de la période précédant la fondation des premiers établissements permanents de la Nouvelle-France.
Statuts de protection
L'île aux Basques est couverte par plusieurs désignations, de compétences différentes, qu'il convient de distinguer.
| Désignation | Autorité | Année | Territoire |
|---|---|---|---|
| Refuge d'oiseaux migrateurs de l'Île-aux-Basques | Gouvernement du Canada | 1927 | île aux Basques, deux Razades et eaux adjacentes, 840 ha |
| Propriété et protection par la Société Provancher | Organisme privé de conservation | 1929 | île aux Basques |
| Lieu historique national du Canada de l'Île aux Basques | Gouvernement du Canada | 2001 | île aux Basques |
| Réserve naturelle de l'Île-aux-Basques-et-des-Razades | Gouvernement du Québec | 2005 | trois îles, environ 91 ha |
Le refuge d'oiseaux migrateurs, administré par Environnement et Changement climatique Canada, englobe un périmètre plus vaste que les seules terres émergées, puisqu'il comprend les eaux adjacentes. La réserve naturelle, reconnue en vertu du cadre québécois de conservation des milieux naturels sur des terres privées, ne vise quant à elle que la superficie terrestre des trois îles.
La Société Provancher, organisme sans but lucratif voué à la conservation, gère l'île comme parc naturel et historique et en encadre l'accès.
Écologie
Par sa position dans l'estuaire maritime et son faible achalandage humain, l'île aux Basques et les Razades offrent des habitats favorables aux oiseaux marins et migrateurs. La création du refuge d'oiseaux migrateurs en 1927 visait à protéger ces milieux de nidification et de halte migratoire.
L'eider à duvet figure parmi les espèces dont la nidification justifie la protection du secteur. Les îlots des Razades, de même que les rivages et les eaux voisines, sont utilisés par les oiseaux pendant la période de reproduction et lors des migrations.
L'ensemble formé par l'île aux Basques et les Razades est également répertorié comme zone importante pour la conservation des oiseaux (ZICO) au Canada, sous le code QC046.
La gestion conjuguée du refuge fédéral, de la réserve naturelle provinciale et de la propriété privée de la Société Provancher permet de maintenir l'île dans un état largement naturel, l'accès étant limité afin de réduire les perturbations sur la faune et sur les vestiges archéologiques.
Accès et mise en valeur
L'île aux Basques n'est pas habitée de façon permanente. Son accès est encadré par la Société Provancher, qui la gère comme parc naturel et historique de l'Île-aux-Basques.
L'organisme propose des excursions et des visites guidées, au départ de Trois-Pistoles, qui permettent de découvrir le patrimoine naturel de l'île ainsi que les vestiges liés à la présence basque. Ces activités s'inscrivent dans une démarche d'interprétation et de sensibilisation à la conservation.
La mise en valeur de l'île contribue au rayonnement patrimonial de la MRC des Basques, dont l'identité régionale fait référence à l'héritage des navigateurs basques. Le site participe ainsi à l'offre culturelle et récréotouristique de la région de Trois-Pistoles, dans le Bas-Saint-Laurent, tout en demeurant soumis aux contraintes de protection découlant de ses différents statuts.

