Toponymie
Le nom de l'île rappelle la Compagnie de Jésus, ordre religieux dont les membres sont couramment appelés Jésuites. Le territoire leur est concédé le 15 janvier 1636 sous la désignation d'« Isle de Jésus », selon la Commission de toponymie du Québec.
Au cours du XVIIe siècle, le nom de Montmagny, en référence à Charles Huault de Montmagny, gouverneur de la Nouvelle-France, a été attribué à l'île. Cette appellation ne s'est toutefois pas imposée et la dénomination initiale s'est maintenue dans l'usage, puis dans la nomenclature officielle.
Le nom de l'île a longtemps servi à désigner l'ensemble de son territoire et de ses institutions, notamment la seigneurie de l'Île-Jésus et plusieurs organismes à vocation régionale. Depuis la création de la ville de Laval en 1965, le nom de la municipalité, qui honore François de Laval, premier évêque de Québec et ancien seigneur de l'île, tend à se substituer à celui de l'île dans le langage courant. Le toponyme « île Jésus » demeure néanmoins le nom officiel de l'entité géographique et apparaît dans d'autres désignations, comme celle du ruisseau de l'Île Jésus, inscrit à la banque de noms de lieux de la Commission de toponymie.
Géographie
L'île Jésus fait partie de l'archipel d'Hochelaga, ensemble d'îles situé à la confluence de la rivière des Outaouais et du fleuve Saint-Laurent. Elle occupe le deuxième rang de l'archipel par la superficie, après l'île de Montréal.
Limites
- Au sud : la rivière des Prairies, qui la sépare de l'île de Montréal ;
- Au nord : la rivière des Mille Îles, qui la sépare de la couronne nord de la région métropolitaine ;
- À l'ouest : le lac des Deux Montagnes, élargissement de la rivière des Outaouais d'où partent les deux cours d'eau qui l'enserrent.
Les deux rivières, qui s'écoulent globalement vers le nord-est, se rejoignent à proximité de la pointe orientale de l'île.
Dimensions
| Caractéristique | Valeur |
|---|---|
| Longueur | environ 34 km |
| Largeur maximale | moins de 10 km |
| Superficie | environ 242 km² |
Relief
L'île appartient aux basses-terres du Saint-Laurent. Son relief est peu accidenté et ses sols, d'origine en grande partie sédimentaire, ont favorisé l'agriculture pendant la plus grande partie de son histoire. Les rives des deux rivières sont ponctuées de rapides, de petites îles et de zones humides, particulièrement le long de la rivière des Mille Îles.
L'île Jésus ne doit pas être confondue avec l'ensemble du territoire de la ville de Laval : celui-ci comprend également des îles périphériques, notamment celles qui formaient l'ancienne municipalité des Îles-Laval, dans la rivière des Prairies.
Régime seigneurial
Après sa concession aux Jésuites en 1636, l'île demeure longtemps inoccupée. Les Jésuites ne procèdent pas à son peuplement, et la seigneurie change de mains à quelques reprises au cours des décennies suivantes.
Succession des seigneurs
- 1636 : concession à la Compagnie de Jésus ;
- XVIIe siècle : passage à François Berthelot ;
- 1675 : acquisition par François de Laval ;
- 1680 : cession au Séminaire de Québec, fondé par M^gr^ de Laval.
Le Séminaire de Québec conserve la seigneurie jusqu'à l'abolition du régime seigneurial en 1854, soit pendant près de 175 ans.
Peuplement
Le peuplement est amorcé en 1672 à la pointe est de l'île, la partie la plus proche des établissements de l'île de Montréal et de la rive nord. Il progresse lentement au XVIIe siècle, en raison notamment de l'insécurité liée aux conflits de l'époque.
Au XVIIIe et au XIXe siècle, la colonisation suit le modèle seigneurial laurentien : des terres étroites et allongées sont concédées perpendiculairement aux rivières, et des paroisses se forment autour de noyaux riverains. Les paroisses de Saint-François-de-Sales, de Sainte-Rose, de Saint-Vincent-de-Paul et de Saint-Martin figurent parmi les plus anciennes. Le territoire conserve alors un caractère principalement rural, tourné vers l'agriculture et l'approvisionnement de Montréal.
Morcellement municipal et fusion
Après l'abolition du régime seigneurial et la mise en place du régime municipal au Bas-Canada puis au Québec, l'île Jésus se divise progressivement en plusieurs municipalités. Les anciennes paroisses donnent naissance à des municipalités rurales, puis des villages et des villes se détachent de celles-ci à mesure que se développent des noyaux de population plus denses.
Au XXe siècle, et particulièrement après la Seconde Guerre mondiale, la proximité de Montréal entraîne une croissance rapide de la banlieue. Le développement résidentiel gagne les terres agricoles, et la multiplication des administrations locales sur un territoire de plus en plus urbanisé pose des problèmes de coordination en matière de services, d'aménagement et d'infrastructures.
En 1965, le gouvernement du Québec procède à la fusion des quatorze municipalités du secteur pour former la ville de Laval. Cette réorganisation unifie l'administration de l'île Jésus sous une seule autorité municipale. La municipalité des Îles-Laval, située sur des îles distinctes de la rivière des Prairies, est également intégrée à la nouvelle ville.
Les noms des anciennes municipalités et paroisses subsistent dans la désignation de quartiers et de secteurs lavallois, tels Sainte-Rose, Saint-Vincent-de-Paul, Saint-François, Chomedey ou Laval-sur-le-Lac, témoins du découpage historique du territoire.
Occupation actuelle du territoire
L'île Jésus constitue aujourd'hui l'essentiel du territoire de la ville de Laval, qui correspond à la région administrative de Laval (région 13). Cette configuration, où une seule municipalité forme à elle seule une région administrative, est propre à Laval parmi les régions du Québec. La ville exerce également des compétences habituellement dévolues aux municipalités régionales de comté.
Laval compte 438 366 habitants au recensement de 2021 de Statistique Canada, ce qui en fait la troisième ville la plus peuplée du Québec. Ce chiffre englobe la population des îles périphériques rattachées à la municipalité.
L'île est intégrée à la région métropolitaine de Montréal. Plusieurs ponts routiers franchissent la rivière des Prairies et la rivière des Mille Îles, et des autoroutes la traversent du sud au nord. Depuis 2007, le prolongement de la ligne orange du métro de Montréal dessert le sud de l'île par trois stations.
Malgré l'urbanisation, une partie du territoire, surtout dans l'est et le nord, demeure en zone agricole protégée en vertu de la Loi sur la protection du territoire et des activités agricoles. Les rives et les îles de la rivière des Mille Îles abritent des milieux naturels faisant l'objet de mesures de conservation, et la rivière des Prairies est aménagée pour la production d'hydroélectricité par la centrale de la Rivière-des-Prairies, exploitée par Hydro-Québec.

