Toponymie
Le nom officiel du cours d'eau, tel qu'il est consigné par la Commission de toponymie du Québec, est « Rivière des Mille Îles », sans trait d'union. La graphie « rivière des Mille-Îles » demeure toutefois très répandue dans l'usage courant, dans la dénomination de plusieurs organismes et dans les documents de planification régionale.
Le nom évoque la multitude d'îles et d'îlots qui ponctuent le lit de la rivière. Le nombre « mille » relève de l'expression figurée : on en dénombre en réalité une centaine.
La Commission de toponymie documente également :
- une variante traditionnelle abénaquise, Makig8tegw, traduite par « rivière aux râteaux » ;
- un ancien nom français, « rivière Saint-Jean ».
Ces dénominations témoignent de la fréquentation ancienne du cours d'eau par les peuples autochtones, puis par les colons de la Nouvelle-France, pour qui les rivières de l'archipel constituaient des voies de circulation entre l'Outaouais et le Saint-Laurent.
Géographie et hydrographie
La rivière des Mille Îles prend naissance à l'extrémité est du lac des Deux Montagnes, élargissement de la rivière des Outaouais, et s'écoule vers l'est sur environ 40 à 42 km, selon le périmètre retenu. Elle rejoint la rivière des Prairies à l'extrémité orientale de l'île Jésus ; les eaux ainsi réunies gagnent ensuite le fleuve Saint-Laurent. Avec la rivière des Prairies, elle forme l'un des principaux chenaux par lesquels les eaux de l'Outaouais traversent l'archipel d'Hochelaga.
Rives et territoire
La rive sud de la rivière correspond à l'île Jésus, dont le territoire est entièrement occupé par la ville de Laval. La rive nord touche plusieurs municipalités réparties entre deux régions administratives :
| Rive | Région administrative | Municipalités (exemples) |
|---|---|---|
| Sud | Laval | Laval |
| Nord | Laurentides | Saint-Eustache, Boisbriand, Rosemère, Bois-des-Filion |
| Nord | Lanaudière | Terrebonne |
La liste exacte des municipalités riveraines varie selon que l'on inclut ou non la zone de raccordement avec le lac des Deux Montagnes et la confluence avec la rivière des Prairies.
Caractéristiques physiques
La rivière est généralement peu profonde : sa profondeur moyenne est d'environ 1,5 m. Son lit présente des hauts-fonds, des rapides et un courant parfois marqué, ce qui rend certaines portions impropres à la navigation des grands bateaux. Elle compte une centaine d'îles ainsi que de nombreuses baies, qui découpent un tracé irrégulier et créent une grande variété de milieux riverains.
Milieux naturels et écologie
La rivière des Mille Îles se distingue, dans un environnement fortement urbanisé, par la persistance d'une mosaïque de milieux naturels. On y trouve notamment :
- des herbiers aquatiques dans les secteurs de faible courant et de faible profondeur ;
- des marais et des marécages, en particulier dans les baies et autour des îles ;
- des boisés riverains et des îles boisées, dont certaines ont conservé un couvert forestier relativement peu perturbé.
Cette diversité d'habitats soutient une faune et une flore variées, notamment des poissons, des oiseaux aquatiques et des espèces associées aux milieux humides. Les îles, peu accessibles et souvent inondées au printemps, servent d'abris à de nombreuses espèces.
Les milieux riverains de la rivière ont fait l'objet de travaux d'inventaire scientifique, dont un inventaire bryologique d'un secteur lavalois publié par la Société québécoise de bryologie, qui illustre l'intérêt botanique des berges et des îles.
La rivière joue également un rôle de corridor écologique reliant le lac des Deux Montagnes et le réseau hydrographique de l'Outaouais aux milieux naturels de l'est de l'archipel. Ce rôle explique l'importance accordée à la conservation de ses îles et de ses rives dans la planification régionale.
Conservation et mise en valeur
La protection de la rivière des Mille Îles repose sur plusieurs outils complémentaires.
Refuge faunique
Le refuge faunique de la Rivière-des-Mille-Îles a été créé en 1998. Ce statut, prévu par la législation québécoise sur la conservation et la mise en valeur de la faune, vise à protéger des habitats fauniques d'intérêt situés dans le lit de la rivière et sur certaines îles.
Parc de la Rivière-des-Mille-Îles
Le parc de la Rivière-des-Mille-Îles désigne un ensemble de milieux naturels associés à la rivière, où se déroulent des activités de conservation, d'interprétation de la nature et de loisirs nautiques non motorisés, comme le canot et le kayak. Le parc contribue à rendre accessible au public une portion du cours d'eau tout en encadrant la fréquentation des milieux sensibles.
Planification régionale et action citoyenne
La Communauté métropolitaine de Montréal a produit un cadre de référence consacré à la rivière des Mille-Îles, destiné à orienter la protection et la mise en valeur du cours d'eau à l'échelle des municipalités riveraines. Des organismes environnementaux, dont le Conseil régional de l'environnement de Laval et Fondation Rivières, documentent l'état de la rivière et mènent des initiatives de sensibilisation et de suivi de la qualité de l'eau.
Histoire et occupation du territoire
Avant l'arrivée des Européens, les rivières de l'archipel d'Hochelaga étaient fréquentées par les peuples autochtones, comme l'atteste la variante abénaquise Makig8tegw consignée par la Commission de toponymie du Québec.
Sous le Régime français, les rives de la rivière ont été intégrées au système seigneurial. L'île Jésus, sur la rive sud, et les terres de la rive nord ont été concédées en seigneuries, et la rivière a servi de voie de circulation et de source d'énergie hydraulique. À Terrebonne, le site de l'Île-des-Moulins, aménagé sur la rivière, témoigne de l'importance des moulins dans l'économie seigneuriale et préindustrielle de la région.
Pendant longtemps, les rives sont restées essentiellement agricoles et villageoises. Au cours du XXe siècle, l'expansion de la région métropolitaine de Montréal a entraîné une urbanisation rapide des deux rives, à Laval comme dans les municipalités de la couronne nord. La construction de ponts routiers et ferroviaires a progressivement relié l'île Jésus à la rive nord.
Cette évolution a accru les pressions sur les milieux naturels riverains, ce qui a conduit, à partir de la fin du XXe siècle, à la mise en place de mesures de protection et de mise en valeur, dont le refuge faunique créé en 1998.
Usages et enjeux
La rivière des Mille Îles remplit plusieurs fonctions pour les populations riveraines de la région métropolitaine :
- Approvisionnement en eau : plusieurs municipalités riveraines y puisent une partie de leur eau potable, ce qui confère une importance particulière à la qualité de l'eau et au maintien d'un débit suffisant en période d'étiage.
- Loisirs : la navigation de plaisance légère, le canot, le kayak, la pêche et l'observation de la nature sont pratiqués sur le cours d'eau, la faible profondeur limitant la circulation des embarcations de grande taille.
- Paysage et cadre de vie : la rivière structure le paysage de la rive nord de Laval et des municipalités de la couronne nord.
Parmi les principaux enjeux relevés par les organismes de planification et de protection figurent la qualité de l'eau, influencée par les rejets urbains et le ruissellement, la préservation des îles et des milieux humides face au développement riverain, ainsi que la gestion des niveaux d'eau, marqués par des crues printanières et des étiages estivaux. La gestion de ces enjeux fait intervenir à la fois les municipalités, les instances métropolitaines et le gouvernement du Québec.
