Toponymie
Selon la Commission de toponymie du Québec, Samuel de Champlain mentionne en 1613 une « rivière qui vient du nord » se jetant dans l'Outaouais, sans toutefois lui attribuer de nom. L'origine exacte du toponyme Gatineau demeure incertaine. L'hypothèse la plus souvent retenue le rattache à Nicolas Gatineau, notaire et marchand de fourrures de Trois-Rivières au XVIIe siècle, ou à ses fils, qui auraient fréquenté la région pour la traite.
La rivière porte aussi des noms traditionnels autochtones recensés par la Commission de toponymie :
- Madôbadzoak, nom abénaquis interprété comme « à la rivière ridée » ;
- Cetakatin, nom employé par les Anichinabés de Kitigan Zibi.
Le nom de la rivière a ensuite été transmis à plusieurs entités territoriales, dont la ville de Gatineau, la municipalité régionale de comté de La Vallée-de-la-Gatineau et le parc de la Gatineau, situé à proximité de son cours inférieur.
Cours et bassin versant
La rivière Gatineau prend sa source dans le secteur du lac du Pain de Sucre, au nord du réservoir Baskatong, dans une zone de plateaux boisés du Bouclier canadien. Elle s'écoule globalement vers le sud sur environ 443 km, traverse le réservoir Baskatong, puis descend la vallée de la Gatineau en passant notamment par Maniwaki, Gracefield, Low, Wakefield (municipalité de La Pêche) et Chelsea. Elle rejoint la rivière des Outaouais sur le territoire de la ville de Gatineau, entre les secteurs de Hull et de Gatineau, en face d'Ottawa.
Son bassin versant couvre environ 23 908 km². Il se situe principalement dans la région administrative de l'Outaouais et, pour une part, dans celle des Laurentides. Il constitue l'un des principaux sous-bassins de la rive québécoise de l'Outaouais. Parmi ses affluents figure la rivière du Désert, qui la rejoint à Maniwaki.
La gestion intégrée de l'eau dans la portion méridionale de ce territoire relève notamment de l'Agence de bassin versant des 7 (ABV des 7), organisme de bassin versant reconnu dans le cadre de la gestion intégrée de l'eau par bassin versant au Québec.
| Caractéristique | Valeur |
|---|---|
| Longueur | environ 443 km |
| Bassin versant | environ 23 908 km² |
| Orientation générale | nord-sud |
| Embouchure | rivière des Outaouais, à Gatineau |
Aménagements hydroélectriques
La rivière Gatineau est fortement aménagée pour la production d'électricité. Le réservoir Baskatong, créé dans les années 1920 par la construction du barrage Mercier, régularise le débit de la rivière et alimente les installations situées en aval. Il compte parmi les plus vastes réservoirs du sud du Québec et s'étend aux confins de l'Outaouais et des Laurentides.
Hydro-Québec exploite quatre centrales sur la Gatineau, de l'amont vers l'aval :
- la centrale Mercier, au barrage du même nom, à la sortie du réservoir Baskatong ;
- la centrale Paugan, dans le secteur de Low ;
- la centrale Chelsea, à Chelsea, ouverte à des visites grand public ;
- la centrale des Rapides-Farmer, en amont de la confluence avec l'Outaouais.
Les premiers grands ouvrages ont été construits à la fin des années 1920 par des intérêts privés, dans un contexte d'expansion de la demande en électricité dans la région d'Ottawa et de l'industrie des pâtes et papiers. Les installations ont par la suite été intégrées au réseau d'Hydro-Québec. Ces aménagements ont modifié durablement le régime de la rivière, en transformant plusieurs tronçons de rapides en plans d'eau régularisés.
Gestion des débits et crues
Les réservoirs et barrages de la Gatineau influencent directement les débits et les niveaux d'eau, de la haute vallée jusqu'à la confluence. Hydro-Québec indique que la gestion du réservoir Baskatong contribue notamment à modérer les apports d'eau vers la Gatineau et vers la rivière des Outaouais, en particulier lors de la crue printanière, lorsque la fonte de la neige accroît fortement les volumes d'eau.
La gestion hydrique de la Gatineau s'inscrit dans celle, plus large, du bassin de l'Outaouais, où de nombreux réservoirs québécois et ontariens sont exploités de manière coordonnée. Le remplissage du réservoir Baskatong au printemps permet de retenir une partie de l'eau de fonte, puis de la relâcher progressivement au cours de l'année pour la production d'électricité.
Malgré cette régularisation, les riverains du cours inférieur, notamment dans la ville de Gatineau, demeurent exposés aux inondations lors des crues exceptionnelles de l'Outaouais, dont le niveau dépend aussi d'apports provenant d'autres affluents non régularisés par les ouvrages de la Gatineau.
Histoire et occupation du territoire
Avant l'arrivée des Européens, la rivière Gatineau constituait une voie de circulation pour les peuples algonquiens, en particulier les Anichinabés. La communauté de Kitigan Zibi, située près de Maniwaki, à la confluence de la rivière du Désert, perpétue cette présence et conserve un nom traditionnel propre pour la rivière.
Au XVIIe siècle, la Gatineau est connue des explorateurs et des marchands de fourrures qui fréquentent l'Outaouais. La colonisation agricole et forestière de la vallée s'intensifie surtout au XIXe siècle, avec l'essor du commerce du bois. La rivière sert alors au flottage des billes vers les scieries et les moulins de la région de Hull et d'Ottawa, activité qui marque l'économie et la toponymie de la vallée pendant plusieurs générations.
Au XXe siècle, la vocation de la rivière se transforme avec la construction des grands barrages hydroélectriques, qui inondent certains secteurs riverains et modifient les axes de transport. La vallée conserve aujourd'hui une occupation linéaire le long de la rivière, de la ville de Gatineau jusqu'à Maniwaki, en passant par les MRC des Collines-de-l'Outaouais et de La Vallée-de-la-Gatineau. Le corridor de la route 105 suit en grande partie son cours inférieur et moyen.
Usages actuels
La rivière Gatineau remplit aujourd'hui plusieurs fonctions :
- Production d'électricité : les centrales Mercier, Paugan, Chelsea et Rapides-Farmer en font l'un des cours d'eau les plus aménagés de l'Outaouais.
- Villégiature et loisirs : le réservoir Baskatong et les plans d'eau de la vallée attirent pêcheurs, plaisanciers et villégiateurs, en particulier dans les secteurs de Grand-Remous, de Gracefield et de La Pêche.
- Approvisionnement et milieu de vie : la rivière traverse plusieurs noyaux villageois et le territoire urbain de Gatineau, où ses berges font partie du paysage résidentiel.
- Patrimoine : les traces de l'époque du flottage et des premiers aménagements hydroélectriques font l'objet de travaux de mise en valeur, notamment par la Gatineau Valley Historical Society.
La planification de la ressource en eau dans le bassin s'appuie sur les plans directeurs de l'eau élaborés par les organismes de bassin versant, en concertation avec les municipalités, les communautés autochtones et les usagers.
