Toponymie
Le nom français Moisie est attesté de longue date sur la Côte-Nord, mais la Commission de toponymie du Québec précise que son origine demeure inconnue. Le même nom désigne le secteur situé à l'embouchure de la rivière, ancienne municipalité de Moisie fusionnée à la ville de Sept-Îles en 2003.
En langue innue, la rivière porte le nom de Mastashibou, que la Commission traduit par « la grande rivière ». Cette appellation témoigne de l'importance du cours d'eau dans l'occupation et la fréquentation du territoire par les Innus, pour qui la vallée constitue depuis longtemps une voie de circulation entre la côte et l'intérieur des terres.
La coexistence d'un nom français d'origine obscure et d'un nom autochtone descriptif est fréquente parmi les grandes rivières de la Côte-Nord. La Commission de toponymie consigne ces deux formes dans sa fiche consacrée au cours d'eau.
Cours et hydrographie
La Moisie prend sa source dans l'intérieur du plateau laurentien, à proximité de la ligne de partage des eaux entre les bassins de l'Atlantique et du Saint-Laurent. Les lacs Opocopa, Ménistouc et Le Gentilhomme sont associés à ses sources. La rivière s'écoule ensuite globalement vers le sud jusqu'au Saint-Laurent, qu'elle rejoint à l'est de Sept-Îles.
Son parcours est décrit dans les documents gouvernementaux comme un cours encaissé, creusé dans le socle et ponctué de nombreuses chutes et de rapides. Cette morphologie, caractéristique des rivières de la Côte-Nord, explique la réputation de la Moisie comme rivière tumultueuse.
Données de référence
Les valeurs publiées varient selon les sources et les méthodes de mesure :
| Donnée | Commission de toponymie du Québec | Ministère de l'Environnement (réserve aquatique projetée) |
|---|---|---|
| Longueur | 410 km | 363 km |
| Superficie du bassin versant | environ 19 000 km² | 19 196 km² |
| Débit moyen annuel | — | 401 m³/s |
L'écart entre les longueurs tient vraisemblablement au choix du point d'origine retenu pour la mesure du cours d'eau.
Bassin versant
Le bassin versant de la Moisie, d'une superficie d'environ 19 000 km², s'étend dans la région administrative de la Côte-Nord. Il touche deux municipalités régionales de comté :
- la MRC de Caniapiscau, qui en couvre la partie septentrionale, sur le plateau intérieur ;
- la MRC de Sept-Rivières, qui en couvre la partie méridionale, jusqu'à l'embouchure.
Le territoire drainé est essentiellement forestier et faiblement peuplé. Il est parcouru d'un réseau dense de lacs et de tributaires qui alimentent la rivière principale, dont la rivière Nipissis et la rivière aux Pékans. Le régime hydrologique est de type nival, marqué par une crue printanière liée à la fonte des neiges.
L'embouchure se trouve dans le secteur de Moisie, à proximité de la communauté innue de Mani-utenam, rattachée à Uashat mak Mani-utenam. Cette portion aval constitue la principale zone d'occupation humaine permanente de la vallée.
Écologie et saumon atlantique
La Moisie est l'une des rivières à saumon atlantique les plus réputées du Québec. Ses grandes montaisons, l'étendue des habitats accessibles au saumon et la qualité de ses eaux expliquent sa place dans l'histoire de la pêche sportive sur la Côte-Nord, où elle a longtemps attiré une clientèle de pêcheurs venus de l'extérieur de la région.
Les documents ministériels soulignent la qualité de ses milieux aquatiques et riverains, demeurés peu perturbés en raison de l'absence de grands aménagements hydroélectriques sur le cours principal. Cette intégrité écologique fait de la rivière un milieu représentatif des grands cours d'eau sauvages de la région naturelle qu'elle traverse.
La conservation des écosystèmes aquatiques et riverains, ainsi que la protection du saumon atlantique et de ses habitats, figurent parmi les objectifs explicitement annoncés pour l'aire protégée projetée sur la rivière. La gestion de la pêche relève par ailleurs du cadre réglementaire provincial applicable aux rivières à saumon.
Conservation
La Moisie fait l'objet d'un statut de réserve aquatique projetée en vertu de la Loi sur la conservation du patrimoine naturel du Québec. La réserve couvre un corridor qui suit la rivière principale et certains de ses tributaires ; le plan simplifié de conservation publié par le ministère de l'Environnement en indique une superficie de 3 945,2 km².
Le projet a été soumis au Bureau d'audiences publiques sur l'environnement (BAPE), qui a examiné les projets de réserve aquatique de la rivière Moisie et de réserves de biodiversité connexes dans son rapport 213. Les audiences ont donné lieu au dépôt de mémoires, dont certains plaidaient pour la reconnaissance de la Moisie comme rivière du patrimoine québécois et mettaient en valeur son caractère de parcours canotable exceptionnel.
Le statut de réserve aquatique vise à préserver le caractère naturel du cours d'eau en y interdisant certaines activités, notamment la production d'énergie hydroélectrique et l'exploitation minière ou forestière à des fins commerciales dans le périmètre protégé, selon le régime prévu par la loi.
Usages et fréquentation
Outre la pêche au saumon, la Moisie est connue des adeptes de canot-camping et d'eaux vives. Sa longueur, ses rapides et l'isolement de sa vallée en font un parcours d'expédition exigeant, mis en valeur dans les mémoires présentés au BAPE.
Pour les Innus, la rivière Mastashibou demeure un axe de fréquentation traditionnelle du territoire, utilisé pour la chasse, la pêche et les déplacements vers l'intérieur. La proximité de Mani-utenam et de Sept-Îles fait de la portion inférieure de la vallée le secteur le plus fréquenté.
Le secteur de Moisie, à l'embouchure, a connu une occupation ancienne liée à la pêche et aux activités côtières avant son rattachement à Sept-Îles en 2003. Il constitue aujourd'hui le principal point d'accès à la rivière depuis la route 138.

