Toponymie
Le nom Koksoak a été fixé par le Bureau géographique d'Ottawa en 1916, ou quelques années auparavant, en remplacement des appellations anglaises Big River et South River, employées notamment par les commerçants et les voyageurs du XIXe siècle. Selon la Commission de toponymie du Québec, ce nom pourrait être une graphie ancienne ou erronée du terme inuit Kuujjuaq, qui signifie « la grande rivière ».
La Commission de toponymie rapporte également que l'ensemble du cours d'eau formé aujourd'hui par la rivière Caniapiscau et la rivière Koksoak était autrefois désigné sous le seul nom de Koksoak. L'usage contemporain réserve ce nom au tronçon situé en aval de la confluence avec la rivière aux Mélèzes.
Le nom « rivière Koksoak » a été officialisé le 5 décembre 1968. La forme inuite a pour sa part été retenue pour désigner le village de Kuujjuaq, établi sur la rive du cours d'eau, et le territoire non organisé environnant porte le nom de Rivière-Koksoak, ce qui témoigne de la place centrale de la rivière dans la toponymie régionale.
Géographie et cours
La rivière Koksoak prend naissance au confluent de la rivière Caniapiscau, qui arrive du sud, et de la rivière aux Mélèzes, qui arrive de l'ouest. À partir de ce point, son cours inférieur s'étend sur environ 140 km jusqu'à la baie d'Ungava, échancrure du détroit d'Hudson.
Le tracé se divise en deux segments :
- de la confluence jusqu'à Kuujjuaq, la rivière coule d'abord en direction du nord-est ;
- à partir de Kuujjuaq, elle s'oriente vers le nord jusqu'à son embouchure.
En aval de Kuujjuaq, le lit de la rivière devient très large et prend un caractère estuarien. La marée de la baie d'Ungava, reconnue pour son amplitude parmi les plus fortes au monde, se fait sentir dans cette partie du cours, ce qui influence la navigation et l'accès aux rives.
Hydrographiquement, la Koksoak constitue le prolongement aval de la rivière Caniapiscau, qui lui fournit l'essentiel de son débit. Elle traverse la partie nord de la péninsule du Québec-Labrador, dans un relief de plateaux et de basses terres qui s'abaisse progressivement vers la baie d'Ungava.
Bassin versant et hydrologie
Le bassin versant de la Koksoak est alimenté principalement par deux grands affluents :
| Cours d'eau | Rôle dans le bassin |
|---|---|
| Rivière Caniapiscau | Branche méridionale, cours d'eau principal en amont |
| Rivière aux Mélèzes | Branche occidentale, rejoint la Caniapiscau à la confluence |
Ce réseau draine une vaste portion du centre et du nord de la péninsule du Québec-Labrador, ce qui fait de la Koksoak l'un des cours d'eau les plus importants du Nunavik par l'étendue de son bassin et par son débit.
Le régime hydrologique est de type nordique : les eaux sont gelées durant une grande partie de l'année, et la fonte printanière provoque une crue marquée. La débâcle, au printemps, constitue un moment important dans le cycle annuel de la rivière et pour les déplacements des riverains.
Le régime naturel de la rivière a été modifié à partir des années 1980 par les aménagements hydroélectriques réalisés en amont, dans le bassin de la Caniapiscau (voir la section consacrée aux aménagements).
Milieu naturel
La rivière Koksoak traverse une zone de toundra arbustive, située près de la limite septentrionale des arbres. Le paysage riverain associe des formations d'arbustes, des peuplements épars de conifères dans les secteurs abrités et des étendues de végétation basse caractéristiques du Subarctique et de l'Arctique québécois.
Le nom de l'affluent principal occidental, la rivière aux Mélèzes, rappelle la présence du mélèze laricin dans cette partie du territoire, où cette essence atteint certaines de ses stations les plus nordiques.
La rivière et son estuaire constituent un milieu d'importance pour la faune aquatique. Le cours d'eau est fréquenté par des poissons migrateurs, dont l'omble chevalier et le saumon atlantique, qui jouent un rôle dans la pêche de subsistance des Inuits et dans les activités de pêche sportive de la région de Kuujjuaq.
Le bassin de la Koksoak se trouve également sur le territoire parcouru par les caribous migrateurs du Nord québécois, dont les déplacements saisonniers traversent les grandes rivières de la péninsule.
Occupation humaine et histoire
La vallée de la Koksoak est fréquentée depuis longtemps par les Inuits, pour qui la rivière constitue une voie de circulation et un lieu de chasse et de pêche. Les Naskapis et les Innus fréquentaient aussi l'intérieur des terres en amont.
Au XIXe siècle, la Compagnie de la Baie d'Hudson a établi un poste de traite près de l'embouchure de la rivière, connu sous le nom de Fort Chimo. Ce poste est à l'origine de l'agglomération actuelle de Kuujjuaq. Durant la Seconde Guerre mondiale, l'aménagement d'une base aérienne a contribué au développement de l'établissement sur la rive gauche de la rivière.
Le village a pris le nom inuit de Kuujjuaq, qui reprend le sens de « grande rivière ». Kuujjuaq est aujourd'hui le plus important village nordique du Nunavik et le siège de plusieurs institutions régionales, dont l'Administration régionale Kativik.
La rivière demeure au cœur de la vie locale : elle sert à la navigation estivale, à l'approvisionnement maritime de Kuujjuaq et, l'hiver, aux déplacements sur la glace lorsque les conditions le permettent.
Aménagements hydroélectriques
Le cours supérieur de la rivière Caniapiscau, principal tributaire de la Koksoak, a été intégré au complexe hydroélectrique La Grande, aménagé par Hydro-Québec dans le cadre du projet de la Baie-James.
La création du réservoir de Caniapiscau, au moyen d'ouvrages de retenue et de dérivation, a détourné vers la Grande Rivière une partie des eaux qui alimentaient auparavant la rivière Caniapiscau en amont du réservoir. Ces eaux, qui s'écoulaient naturellement vers le nord jusqu'à la baie d'Ungava par la Koksoak, sont désormais dirigées vers l'ouest, en direction de la baie James.
Cette dérivation a réduit le débit de la Caniapiscau en aval du réservoir et, par conséquent, celui de la Koksoak. Les répercussions de ces modifications sur le milieu riverain, la faune aquatique et les usages traditionnels ont fait l'objet de préoccupations de la part des communautés inuites du Nunavik.
Les aménagements s'inscrivent dans le cadre de la Convention de la Baie-James et du Nord québécois, signée en 1975, qui encadre le développement du territoire et les droits des Cris et des Inuits.
Administration
La rivière Koksoak est située dans la région administrative du Nord-du-Québec, dans la partie de cette région qui correspond au Nunavik, territoire situé au nord du 55e parallèle.
Selon la Commission de toponymie du Québec, l'entité est localisée dans le territoire non organisé de Rivière-Koksoak, vaste territoire sans municipalité locale qui entoure les villages nordiques de la région. Le village nordique de Kuujjuaq, établi sur les rives de la rivière, dispose de son propre territoire municipal.
Le territoire du Nunavik relève, sur le plan régional, de l'Administration régionale Kativik, créée en vertu de la Convention de la Baie-James et du Nord québécois. Les terres riveraines sont réparties selon le régime des terres établi par cette convention, qui distingue différentes catégories de terres selon les droits reconnus aux Inuits.
La gestion de l'eau et des aménagements hydroélectriques en amont relève notamment d'Hydro-Québec et des autorités gouvernementales du Québec.

