Toponymie
Le nom « Rivière Manicouagan » a été officialisé par la Commission de toponymie du Québec le 5 décembre 1968. Le nom est d'origine innue. La Commission répertorie notamment la forme Manikuakanishtikᵘ, employée par les Innus de Pessamit, que l'on interprète comme « rivière à la tasse » ou « rivière où l'on donne à boire ».
Le nom Manicouagan s'est étendu à plusieurs entités du territoire : le réservoir Manicouagan, qui alimente la rivière, la municipalité régionale de comté (MRC) de Manicouagan, la péninsule de Manicouagan ainsi que les ouvrages hydroélectriques désignés par l'abréviation populaire « Manic », suivie d'un numéro (Manic-2, Manic-3, Manic-5).
La Commission de toponymie consigne plusieurs dénominations innues de la rivière employées à Pessamit.
Géographie et hydrographie
La rivière Manicouagan coule du nord vers le sud, dans la région administrative de la Côte-Nord. Elle prend naissance au réservoir Manicouagan et se jette dans l'estuaire maritime du Saint-Laurent, à la hauteur de Baie-Comeau, chef-lieu de la MRC de Manicouagan.
Longueur
La longueur indiquée pour la rivière varie selon les sources. La Commission de toponymie du Québec indique un parcours d'environ 200 km, tandis qu'un rapport d'analyse de la vulnérabilité de la source d'eau potable produit pour la Ville de Baie-Comeau mentionne 221 km entre le réservoir et l'estuaire.
Bassin versant
Le bassin versant de la rivière couvre plus de 46 000 km², ce qui le place parmi les plus vastes de la Côte-Nord. Il est alimenté par plusieurs grands tributaires, dont :
- la rivière Mouchalagane ;
- la rivière Seignelay ;
- la rivière Hart Jaune ;
- la rivière Toulnustouc.
Le relief du bassin, situé sur le Bouclier canadien dans la province géologique de Grenville, se caractérise par une descente marquée entre le plateau intérieur et la côte. Ce fort dénivelé, conjugué à un débit important, explique l'intérêt précoce de la rivière pour la production d'électricité. La rivière constitue également une source d'approvisionnement en eau potable pour Baie-Comeau.
Réservoir Manicouagan et cratère d'impact
Le réservoir Manicouagan constitue la source principale de la rivière. Il résulte de la mise en eau de plusieurs lacs, dont les plans d'eau se sont rejoints autour de l'île René-Levasseur lors de la hausse du niveau consécutive aux aménagements hydroélectriques des années 1960. Le réservoir forme ainsi un anneau d'eau entourant cette île, une configuration aisément reconnaissable depuis l'espace.
Origine géologique
Cette forme annulaire s'explique par la présence du cratère d'impact de Manicouagan, une des structures d'impact météoritique les mieux conservées de la planète. Selon Géologie Québec, l'impact remonte à environ 214 millions d'années. Le ministère décrit une structure d'environ 52 km de diamètre, dont la trace est aujourd'hui visible sous la forme du lac annulaire.
Avant la création du réservoir, la dépression annulaire était occupée par deux lacs distincts, les lacs Manicouagan et Mouchalagane, disposés en arc de part et d'autre du plateau central. L'érosion glaciaire a accentué le contraste entre les roches de l'impact et les roches encaissantes, ce qui a contribué à dessiner l'anneau actuel.
Le site intéresse autant la géologie planétaire que l'histoire de l'aménagement du territoire québécois, puisque le même paysage associe un phénomène naturel ancien et un ouvrage d'ingénierie du XXe siècle.
Aménagements hydroélectriques
La rivière Manicouagan et ses affluents sont parmi les cours d'eau les plus aménagés du Québec. Avec la rivière aux Outardes voisine, ils forment le complexe Manic-Outardes, construit par Hydro-Québec.
Ouvrages sur la rivière
La Commission de toponymie du Québec attribue aux quatre centrales établies sur la rivière une puissance totale de 4 672 MW. L'ouvrage le plus connu est le barrage Daniel-Johnson, à Manic-5, qui retient les eaux du réservoir Manicouagan. Ce barrage à voûtes multiples et contreforts est l'un des plus imposants de ce type au monde. Il porte le nom du premier ministre Daniel Johnson.
En aval, d'autres centrales, dont celles de Manic-3 et de Manic-2, exploitent la succession de chutes et de rapides qui jalonnent la descente vers le Saint-Laurent.
Portée
Les aménagements de la Manicouagan occupent une place majeure dans le développement hydroélectrique québécois. La rivière s'inscrit dans le rôle de la Côte-Nord comme territoire énergétique, l'électricité produite étant transportée vers les grands centres du sud du Québec par des lignes à haute tension. Ces aménagements ont en contrepartie profondément transformé le régime naturel de la rivière, désormais régulé par les ouvrages.
Occupation du territoire
Le cours inférieur de la rivière traverse le territoire de la MRC de Manicouagan, sur la Côte-Nord. À son embouchure se trouve Baie-Comeau, ville industrielle dont le développement a été lié à l'exploitation forestière, à la production de papier, à l'aluminerie et à la proximité des grands chantiers hydroélectriques. La rivière y sert aussi de source d'eau potable, ce qui justifie le suivi de la qualité de l'eau de son bassin versant.
Présence innue
Le territoire de la rivière fait partie du Nitassinan, le territoire ancestral des Innus. La communauté de Pessamit, située sur la rive du Saint-Laurent au sud-ouest de Baie-Comeau, conserve plusieurs noms innus de la rivière, recensés par la Commission de toponymie du Québec. La mise en eau des réservoirs a modifié des milieux fréquentés pour la chasse, la pêche et les déplacements.
Accès
La route 389, qui relie Baie-Comeau à Fermont et au Labrador, longe en partie la vallée de la rivière et donne accès aux principaux ouvrages hydroélectriques, dont le barrage Daniel-Johnson. Cette route a d'abord été ouverte pour les besoins des chantiers.
Dans la culture
La rivière et ses chantiers ont inspiré la chanson « La Manic » de Georges Dor, devenue un classique de la chanson québécoise, qui évoque l'éloignement des travailleurs des barrages.
