Toponymie
Le nom de la rivière rappelle le navigateur malouin Jacques Cartier, qui a exploré la vallée du Saint-Laurent au XVIe siècle. Il a été officialisé par la Commission de toponymie du Québec, qui en documente aussi plusieurs appellations antérieures.
En 1632, Samuel de Champlain désigne le cours d'eau sous le nom de « Rivière des Esturgeons & Saulmons », ce qui témoigne de l'abondance de ces poissons à l'époque. Une carte datée de 1656 porte déjà la forme « R. J. Quartier », variante graphique du nom actuel.
La Commission de toponymie consigne également le nom wendat Yahndawïio'yeh, que l'on traduit par « à la belle, grande rivière » ou « sur la belle, grande rivière ».
Le nom a été étendu à plusieurs entités géographiques du bassin, notamment :
- le lac Jacques-Cartier, dans la réserve faunique des Laurentides ;
- la rivière Jacques-Cartier Nord-Est et la rivière Jacques-Cartier Sud, cours d'eau du bassin supérieur ;
- le parc national de la Jacques-Cartier ;
- la municipalité régionale de comté de La Jacques-Cartier.
Géographie
Cours
La rivière prend naissance sur le plateau laurentien, dans la réserve faunique des Laurentides, où sa source est généralement associée au lac Jacques-Cartier. Elle s'écoule globalement du nord vers le sud sur une longueur d'environ 177 km.
Dans son cours supérieur, elle parcourt une vallée profondément encaissée, protégée par le parc national de la Jacques-Cartier. Elle débouche ensuite sur un relief plus doux, traverse le territoire de la municipalité régionale de comté de La Jacques-Cartier, puis celui de Portneuf, avant de se jeter dans le fleuve Saint-Laurent entre Donnacona et Cap-Santé.
Bassin versant
Le bassin versant de la rivière couvre environ 2 515 km². Il s'étend sur la région administrative de la Capitale-Nationale, entre le bassin de la rivière Montmorency à l'est et celui de la rivière Sainte-Anne à l'ouest. La gestion intégrée de l'eau y relève de la Corporation du bassin de la Jacques-Cartier, organisme de bassin versant qui élabore le plan directeur de l'eau, notamment pour les milieux humides et hydriques.
| Caractéristique | Valeur approximative |
|---|---|
| Longueur | 177 km |
| Superficie du bassin versant | 2 515 km² |
| Orientation générale | Nord-sud |
| Embouchure | Fleuve Saint-Laurent |
Géologie et géomorphologie
Le corridor de la rivière recoupe deux grands ensembles géologiques. Au nord, elle entaille les roches anciennes du Bouclier canadien, qui forment le massif des Laurentides. Au sud, elle traverse les Basses-Terres du Saint-Laurent, constituées de roches sédimentaires plus récentes recouvertes de dépôts meubles.
Le relief de la vallée est largement hérité des glaciations du Quaternaire. Les glaciers ont élargi et approfondi la vallée préexistante, lui donnant un profil en auge caractéristique, aux versants abrupts dominant un fond relativement plat. Lors de la déglaciation, les eaux de fonte ont déposé d'importantes quantités de sédiments, et la rivière a ensuite façonné des terrasses étagées le long de son cours.
Ce contraste entre la vallée glaciaire encaissée du plateau laurentien et les terrasses des basses terres explique en bonne partie la valeur paysagère reconnue au cours d'eau. Plusieurs secteurs présentent aussi des rapides et des chutes là où la rivière franchit des ruptures de pente dans le socle rocheux.
Histoire et occupation du territoire
Le cours d'eau est fréquenté par les Wendats, dont le nom traditionnel de la rivière a été conservé par la Commission de toponymie du Québec. Au début de la colonisation française, Champlain relève l'abondance d'esturgeons et de saumons dans la rivière, comme en témoigne le nom qu'il lui attribue en 1632.
Les basses terres situées près de l'embouchure sont colonisées sous le Régime français, dans le cadre du système seigneurial, et les villages riverains se développent le long du fleuve. Au XIXe siècle, la rivière sert au flottage du bois et à l'alimentation d'installations industrielles, ce qui modifie profondément le milieu aquatique. La construction de barrages et la dégradation des habitats contribuent alors au déclin, puis à la disparition, de la population de saumon atlantique.
Au XXe siècle, la vallée supérieure est visée par un projet d'aménagement hydroélectrique. La mobilisation d'une partie de la population et de groupes de conservation en faveur de la protection de la vallée précède la création du parc de la Jacques-Cartier en 1981. Dans la même période, des efforts de restauration ont été entrepris pour réintroduire le saumon atlantique dans la rivière.
Aujourd'hui, le bassin comprend des secteurs forestiers peu habités au nord, des zones de villégiature et des milieux périurbains dans la couronne de Québec, ainsi que des espaces agricoles et urbains dans Portneuf.
Conservation
Parc national de la Jacques-Cartier
Le parc national de la Jacques-Cartier, créé en 1981, couvre environ 670 km². Il protège la portion la plus spectaculaire de la vallée glaciaire, ainsi que les plateaux forestiers qui l'encadrent. Le parc fait partie du réseau des parcs nationaux du Québec.
Rivière du patrimoine canadien
La rivière Jacques-Cartier est inscrite au Réseau des rivières du patrimoine canadien, programme qui reconnaît des cours d'eau pour leurs valeurs naturelles, culturelles et récréatives. La fiche du Réseau insiste sur la qualité des paysages, sur l'intérêt récréatif du cours d'eau et sur l'importance de protéger ses rives. Environ 77 % de celles-ci relèvent du domaine public.
Gestion de l'eau
La Corporation du bassin de la Jacques-Cartier assure la concertation entre les acteurs du territoire en matière de gestion de l'eau. Son plan directeur de l'eau porte notamment sur la conservation des milieux humides et hydriques, en application du cadre québécois de gestion intégrée de l'eau par bassin versant.
Usages récréatifs
La rivière et sa vallée constituent un pôle de plein air important à proximité de la ville de Québec. Le parc national de la Jacques-Cartier offre des activités de canot, de kayak, de randonnée pédestre, de camping et d'observation de la faune, ainsi que des activités hivernales.
Plusieurs tronçons de la rivière sont pratiqués en eau vive, notamment en raison de la succession de rapides dans les secteurs où le lit franchit des ruptures de pente. La pêche y est également pratiquée, en particulier dans les secteurs de la réserve faunique des Laurentides et dans le cours inférieur.
La forte proportion de rives appartenant au domaine public favorise l'accès au cours d'eau et la mise en valeur de son patrimoine naturel.

