Définition et statut
La Journée nationale des patriotes est un jour férié propre au Québec. Sa date est mobile : elle tombe le lundi qui précède le 25 mai, soit entre le 18 et le 24 mai selon les années. L'Office québécois de la langue française la définit comme la journée consacrée à la commémoration de la lutte des Patriotes de 1837-1838 pour la reconnaissance nationale du peuple, pour sa liberté politique et pour l'obtention d'un système de gouvernement démocratique.
La journée figure parmi les jours fériés et chômés prévus par la Loi sur les normes du travail, dont l'application relève de la Commission des normes, de l'équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST). Les salariés visés ont ainsi droit à un congé ou à une indemnité selon les règles générales applicables aux jours fériés.
La date coïncide avec celle de la fête de la Reine (Victoria Day), jour férié fédéral et jour férié dans les autres provinces canadiennes. Au Québec, l'appellation officielle de ce congé est celle de Journée nationale des patriotes. L'usage terminologique recommandé par l'Office québécois de la langue française emploie la minuscule au mot « patriotes » dans le nom de la journée, alors que la majuscule est courante pour désigner le groupe historique des Patriotes.
Création
Le gouvernement du Québec, alors dirigé par le premier ministre Bernard Landry, a proclamé la Journée nationale des patriotes en 2002. La première célébration officielle a eu lieu le 19 mai 2003.
La nouvelle journée a remplacé, à la même date, la fête de Dollard, qui avait elle-même tenu lieu au Québec de pendant francophone à la fête de la Reine. L'institution de la journée répondait à des demandes formulées depuis plusieurs années par des organismes de mémoire et des sociétés nationales, dont les sociétés Saint-Jean-Baptiste et le Mouvement national des Québécoises et Québécois, qui souhaitaient consacrer un jour férié à la mémoire des rébellions de 1837 et 1838.
Pour ses promoteurs, le choix de ce jour visait à substituer à la célébration d'une figure de la Nouvelle-France, dont l'interprétation historique avait été contestée, la commémoration d'un mouvement politique associé à l'histoire de la démocratie parlementaire au Québec.
La fête de Dollard
Avant 2003, le lundi précédant le 25 mai était souligné au Québec sous le nom de fête de Dollard. Cette fête honorait Adam Dollard des Ormeaux, mort en 1660 lors de la bataille du Long-Sault, sur la rivière des Outaouais, contre des guerriers iroquois. Le combat avait été présenté par une partie de l'historiographie traditionnelle comme un sacrifice ayant sauvé Ville-Marie.
La figure de Dollard a été promue dans les premières décennies du XXe siècle par des milieux nationalistes canadiens-français, notamment par l'historien et prêtre Lionel Groulx. La fête de Dollard offrait aux francophones du Québec une solution de rechange à la fête de la Reine, perçue comme un symbole de l'attachement à la Couronne britannique.
À partir de la seconde moitié du XXe siècle, l'interprétation héroïque du Long-Sault a été remise en question par les historiens, qui ont nuancé les motivations de Dollard et les conséquences réelles de l'affrontement. Ce réexamen a contribué à l'affaiblissement de la fête et à la recherche d'une autre figure commémorative pour ce jour férié.
Contexte historique commémoré
La journée renvoie au mouvement patriote du Bas-Canada et aux rébellions de 1837 et 1838.
Le mouvement patriote
Au cours des années 1820 et 1830, le Parti patriote, dirigé notamment par Louis-Joseph Papineau, domine la Chambre d'assemblée du Bas-Canada. Il réclame une réforme démocratique des institutions, en particulier le contrôle du budget par les élus et la responsabilité de l'exécutif devant l'assemblée. Ces revendications sont formulées dans les 92 Résolutions adoptées en 1834. Le rejet de ces demandes par Londres, confirmé par les résolutions Russell de 1837, conduit à une série d'assemblées publiques, dont l'assemblée des six comtés tenue à Saint-Charles en octobre 1837.
Les affrontements
| Date | Lieu | Issue |
|---|---|---|
| 23 novembre 1837 | Saint-Denis-sur-Richelieu | Victoire patriote |
| 25 novembre 1837 | Saint-Charles-sur-Richelieu | Défaite patriote |
| 14 décembre 1837 | Saint-Eustache | Défaite patriote, mort de Jean-Olivier Chénier |
| Novembre 1838 | Lacolle, Odelltown, Beauharnois | Défaites patriotes |
En 1838, des Patriotes réfugiés aux États-Unis, menés par Robert Nelson, proclament l'indépendance du Bas-Canada et tentent un second soulèvement, rapidement réprimé.
La répression
Après les défaites, plusieurs chefs sont emprisonnés ou s'exilent. Douze Patriotes sont pendus à la prison du Pied-du-Courant, à Montréal, dont François-Marie-Thomas Chevalier de Lorimier, exécuté le 15 février 1839, et 58 autres sont déportés en Australie. Le rapport de lord Durham, puis l'Acte d'Union de 1840, qui réunit le Haut-Canada et le Bas-Canada, constituent les suites politiques immédiates des rébellions.
Commémorations et symboles
La Journée nationale des patriotes donne lieu chaque année à des activités organisées par des municipalités, des sociétés nationales régionales et des organismes de mémoire. Les rassemblements se tiennent souvent dans les lieux associés aux combats, notamment dans la vallée du Richelieu et à Saint-Eustache, ainsi qu'à Montréal, près de l'ancienne prison du Pied-du-Courant, où un monument rappelle la mémoire des Patriotes exécutés.
Le drapeau des Patriotes, formé de trois bandes horizontales verte, blanche et rouge, est largement arboré lors de la journée. Plusieurs organisations distribuent aussi des documents pédagogiques et des notices biographiques sur les principaux acteurs des rébellions.
Parmi les lieux de mémoire liés à la journée figure la Maison nationale des Patriotes, à Saint-Denis-sur-Richelieu, consacrée à l'interprétation des événements de 1837 et 1838. La Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal décerne également des distinctions associées à la mémoire patriote.
Toponymie
La mémoire des Patriotes est inscrite dans la toponymie québécoise. La Commission de toponymie du Québec documente de nombreux noms de lieux qui leur rendent hommage et reprend l'objectif commémoratif officiel de la journée.
Parmi les désignations officialisées figurent notamment :
- la place des Patriotes, à Montréal ;
- la place des Patriotes, à Mirabel ;
- la place des Patriotes, à Vaudreuil-Dorion ;
- la rue des Patriotes et le parc des Patriotes, à Saint-Eustache.
Ces toponymes se concentrent dans les régions qui ont été le théâtre des rébellions, en particulier les Basses-Laurentides, la Montérégie et la région de Montréal. Ils témoignent de la place qu'occupent les événements de 1837 et 1838 dans la mémoire collective québécoise, au-delà de la seule célébration annuelle.

