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Histoire

Filles du Roy

Les Filles du Roy, aussi appelées « filles du roi », désignent les quelque 800 femmes, pour la plupart célibataires, venues de France en Nouvelle-France entre 1663 et 1673 aux frais de la Couronne. Ce programme royal de peuplement, lancé avec la prise en main directe de la colonie par Louis XIV, vise à corriger un fort déséquilibre entre hommes et femmes. Établies surtout dans les régions de Québec, de Trois-Rivières et de Montréal, ces femmes fondent un grand nombre de familles. L'arrivée des Filles du Roy est désignée événement historique du Québec depuis 2013.

Contexte

Au début des années 1660, la Nouvelle-France demeure peu peuplée et fragile. La colonie, administrée jusque-là par la Compagnie des Cent-Associés, compte quelques milliers d'habitants d'origine européenne, majoritairement des hommes : engagés, soldats, artisans et coureurs des bois. Les femmes célibataires en âge de se marier y sont rares, ce qui freine la formation de nouveaux ménages et la croissance naturelle de la population.

En 1663, Louis XIV place la colonie sous l'autorité directe de la Couronne et la dote d'un gouvernement royal, avec un Conseil souverain siégeant à Québec. Le ministre Jean-Baptiste Colbert entend faire de la Nouvelle-France une colonie de peuplement capable de se défendre et de se suffire. L'envoi de troupes, notamment le régiment de Carignan-Salières à partir de 1665, et l'installation de colons s'accompagnent d'une politique visant à fournir des épouses aux hommes établis ou appelés à s'établir.

Des femmes étaient déjà venues en Nouvelle-France avant 1663, parfois désignées comme « filles à marier », souvent dans le cadre d'initiatives privées ou religieuses. Ce qui distingue les Filles du Roy, c'est la prise en charge de leur migration par l'État royal : le roi assume les frais de recrutement, de traversée et d'entretien jusqu'au mariage. L'intendant Jean Talon, arrivé à Québec en 1665, devient l'un des principaux artisans du programme sur place.

Recrutement et origines

Le recrutement s'effectue en France, principalement par l'entremise d'autorités civiles et d'institutions de charité. Une part importante des Filles du Roy provient de l'Hôpital général de Paris, en particulier de la maison de la Salpêtrière, qui accueille des femmes pauvres, des orphelines et des jeunes filles sans soutien familial. D'autres sont recrutées dans les ports de l'Ouest, comme Dieppe et La Rochelle, ou dans les campagnes.

Les régions d'origine les plus représentées sont l'Île-de-France, notamment Paris, la Normandie et les provinces de l'Ouest, telles l'Aunis et la Saintonge. Une minorité vient d'autres régions du royaume, et quelques-unes sont d'origine étrangère.

Profil social

Les études historiques font ressortir des parcours variés :

  • une forte proportion de femmes issues de milieux modestes, urbains ou ruraux ;
  • de nombreuses orphelines de père, de mère ou des deux, ce qui ne signifie pas que toutes étaient orphelines ;
  • quelques veuves ;
  • une minorité de femmes d'origine plus aisée, parfois issues de la petite noblesse ou de la bourgeoisie, souvent destinées à épouser des officiers.

La plupart sont jeunes, mais les âges varient. Les autorités coloniales expriment à plusieurs reprises leurs attentes à l'égard des recrues, souhaitant des femmes en bonne santé et aptes aux travaux de la vie rurale, plutôt que des citadines peu préparées aux conditions de la colonie.

Traversée et établissement

Le premier contingent débarque à Québec en septembre 1663. D'autres arrivées suivent presque chaque année jusqu'en 1673, avec des effectifs variables selon les moyens alloués par la Couronne et les besoins exprimés par les autorités coloniales. La traversée de l'Atlantique, qui dure en général plusieurs semaines, comporte des risques réels : maladies, mauvaises conditions d'hygiène et décès en mer.

À leur arrivée, les femmes sont accueillies et encadrées en attendant leur mariage. À Québec, des communautés religieuses comme les Ursulines et les Augustines de l'Hôtel-Dieu participent à cet accueil. À Montréal, Marguerite Bourgeoys et les sœurs de la Congrégation de Notre-Dame hébergent des Filles du Roy, notamment à la maison Saint-Gabriel. On attribue d'ailleurs à Marguerite Bourgeoys l'une des premières mentions écrites de l'expression « filles du roi ».

Répartition

Les Filles du Roy s'établissent surtout dans les trois gouvernements de la colonie :

GouvernementCaractéristiques
QuébecPrincipal lieu de débarquement et d'établissement
Trois-RivièresÉtablissements le long du fleuve, dont Champlain, Batiscan et Sainte-Anne-de-la-Pérade
MontréalÉtablissements autour de Ville-Marie, poste exposé aux conflits

La grande majorité s'installe en milieu rural, sur des terres concédées dans les seigneuries de la vallée du Saint-Laurent.

Mariage et familles

Le mariage constitue l'objectif central du programme. Les Filles du Roy conservent toutefois le choix de leur époux : elles rencontrent des prétendants, et un contrat de mariage est généralement passé devant notaire. Plusieurs contrats sont annulés avant la célébration religieuse, ce qui témoigne d'une marge de décision réelle. Les mariages suivent néanmoins le plus souvent l'arrivée de près, parfois en quelques semaines.

La Couronne accorde à de nombreuses Filles du Roy une dot, appelée « don du roi », souvent de l'ordre de 50 livres, auxquelles s'ajoutent des effets personnels fournis au départ. Les femmes destinées à des officiers ou à des hommes de rang plus élevé reçoivent parfois davantage.

Politique nataliste

Le programme s'inscrit dans une politique plus large d'encouragement au mariage et à la natalité. Au début des années 1670, des mesures adoptées sous l'impulsion de Talon et de Colbert prévoient :

  • des gratifications aux jeunes gens qui se marient tôt ;
  • des pensions aux familles nombreuses ;
  • des contraintes à l'endroit des célibataires, notamment des restrictions aux droits de chasse, de pêche et de traite.

Effets démographiques

Les unions contractées par les Filles du Roy donnent naissance à de nombreuses familles. Pendant la décennie 1663-1673, la population coloniale croît fortement, et l'équilibre entre les sexes s'améliore sensiblement. En raison de cette fécondité et de la faiblesse de l'immigration ultérieure, une grande partie des Québécois francophones d'ascendance canadienne-française comptent au moins une Fille du Roy parmi leurs ancêtres. Plusieurs historiens leur attribuent aussi une contribution à l'unification linguistique de la colonie autour du français, sans en faire la cause unique.

Fin du programme

Le programme prend fin en 1673. Plusieurs facteurs expliquent cet arrêt. La guerre de Hollande, déclenchée en 1672, mobilise les ressources du royaume, et les frais liés au recrutement et au transport pèsent sur le trésor royal. Jean Talon quitte la colonie en 1672, et les autorités jugent que l'équilibre entre les sexes s'est suffisamment amélioré pour que la croissance de la population repose désormais sur les naissances dans la colonie.

Après 1673, l'immigration féminine vers la vallée du Saint-Laurent devient faible et ponctuelle. La population canadienne continue de croître essentiellement par accroissement naturel, ce qui accentue le poids relatif des familles fondées pendant la décennie du programme. Cette situation distingue la Nouvelle-France des colonies anglaises voisines, alimentées par une immigration nettement plus nombreuse.

Le nombre exact de Filles du Roy dépend des critères retenus : date d'arrivée, preuve de la prise en charge royale, mariage dans la colonie ou retour en France. Les dénombrements de référence, fondés notamment sur les actes de l'état civil et les contrats notariés, situent leur nombre autour de 800. Une partie des femmes recrutées sont mortes avant le mariage, ou retournées en France, ou ne se sont jamais mariées.

Historiographie et mythes

Les Filles du Roy ont longtemps fait l'objet de représentations contradictoires. Une légende tenace, popularisée notamment par les écrits du baron de Lahontan au début du XVIIIe siècle, les présente comme des femmes de mauvaise vie envoyées dans la colonie. Les recherches historiques ont réfuté cette idée : les autorités coloniales et religieuses exerçaient une surveillance sur le recrutement et le comportement des recrues, et l'examen des dossiers individuels ne soutient pas cette réputation. La confusion tient en partie à l'envoi, à d'autres époques, de femmes déportées vers d'autres colonies françaises.

À l'inverse, une partie de l'historiographie traditionnelle canadienne-française a idéalisé les Filles du Roy en « mères de la nation », mettant l'accent sur leur vertu et leur piété. Les travaux plus récents, notamment ceux de l'historien démographe Yves Landry, adoptent une approche fondée sur la reconstitution des parcours individuels à partir des registres paroissiaux, des recensements et des actes notariés.

Ces études soulignent la diversité des origines sociales, la fréquence de la pauvreté et de l'orphelinage, ainsi que l'adaptation de ces femmes à la vie rurale coloniale. Les bases de données en démographie historique, comme celles du Programme de recherche en démographie historique de l'Université de Montréal, permettent de suivre leur descendance et d'évaluer leur contribution au peuplement.

Mémoire et patrimoine

La mémoire des Filles du Roy occupe une place importante dans la culture et la généalogie québécoises. De nombreuses familles revendiquent une ascendance remontant à l'une d'elles, et les associations de généalogie leur consacrent des travaux et des répertoires.

Reconnaissance officielle

Le 11 juillet 2013, année du 350e anniversaire de l'arrivée du premier contingent, l'arrivée des Filles du roi en Nouvelle-France est désignée événement historique en vertu de la Loi sur le patrimoine culturel du Québec. La désignation porte sur l'ensemble du mouvement migratoire de 1663 à 1673.

Toponymie et commémoration

Plusieurs lieux rappellent leur souvenir, dont des voies publiques et le parc des Filles-du-Roi, inscrit à la banque de noms de lieux de la Commission de toponymie du Québec. La maison Saint-Gabriel, à Montréal, met en valeur l'accueil des Filles du Roy par la Congrégation de Notre-Dame.

Organismes et diffusion

La Société d'histoire des Filles du Roy se consacre à la recherche et à la commémoration de ces femmes. Des sociétés d'histoire régionales, comme la Société d'histoire de la Côte-du-Sud, ainsi que des ouvrages consacrés aux Filles du Roy établies dans des localités comme Champlain, Batiscan et Sainte-Anne-de-la-Pérade, documentent leur présence à l'échelle locale. Le sujet est également abordé dans les programmes d'histoire du primaire et du secondaire au Québec, dans le cadre de l'étude de la société de la Nouvelle-France.

Sources

  1. Conseil du patrimoine culturel du Québec, « Arrivée des Filles du roi en Nouvelle-France »
  2. Société d'histoire des Filles du Roy
  3. Université du Québec à Trois-Rivières, « Les filles du Roi »
  4. Centre de la francophonie des Amériques, « Les Filles du Roy : Des bords de Seine aux rives du Saint-Laurent 1663-1673 »
  5. Commission de toponymie du Québec, « Parc des Filles-du-Roi »
  6. RÉCIT, « Les Filles du roi »
  7. L'Encyclopédie canadienne, « Filles du Roi »
  8. Société d'histoire de la Côte-du-Sud, « Filles du Roy »
  9. Les Filles du Roy (1663-1673) : Champlain, Batiscan, Sainte-Anne-de-la-Pérade
  10. Yves Landry, Orphelines en France, pionnières au Canada : les Filles du roi au XVIIe siècle, Leméac, 1992
  11. Programme de recherche en démographie historique, Université de Montréal
  12. Dictionnaire biographique du Canada
  13. Registre éditorial de Savoirs.Québec, « Filles du Roy »

Recherche documentaire

Références recueillies lors de la recherche web du dossier, en complément des sources citées dans le texte.

  1. Filles du Roy — Wikipédia

Modèles ayant contribué : Recherche documentaire — Sonar Pro · Rédaction — Claude Opus 5 5

Mots-clés : filles du roy, nouvelle-france, peuplement, louis xiv, jean talon, immigration féminine, démographie historique, régime français

Processus éditorial

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