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Histoire

Invasion américaine de 1775-1776

L'invasion américaine de 1775-1776, aussi appelée invasion de la province de Québec, est une campagne militaire menée au début de la guerre d'Indépendance américaine par les forces révolutionnaires des Treize Colonies. Autorisée par le Congrès continental en juin 1775, elle vise à priver la Grande-Bretagne d'une base d'opérations au nord et à rallier les habitants de la province à la rébellion. Les troupes américaines occupent Montréal en novembre 1775, mais échouent devant Québec le 31 décembre 1775. Elles se retirent de la province au printemps et à l'été 1776.

The Irish invasion of Canada
Photographie : The Irish invasion of Canada. pax-romana (CC BY-SA 3.0) Wikimedia Commons · CC BY-SA 3.0

Contexte

Au milieu des années 1770, la province de Québec, conquise par la Grande-Bretagne et cédée par le traité de Paris de 1763, demeure peuplée en majorité de Canadiens catholiques de langue française. L'Acte de Québec de 1774 rétablit les lois civiles françaises, garantit le libre exercice du catholicisme et élargit les frontières de la province vers la vallée de l'Ohio. Dans les Treize Colonies, cette loi est rangée parmi les mesures jugées « intolérables » par les opposants à la politique britannique.

Le Congrès continental tente d'abord de gagner les habitants de la province par la voie des idées. En octobre 1774, il adresse une lettre aux habitants de la province de Québec les invitant à se joindre à la résistance et à envoyer des délégués à Philadelphie. Cet appel reçoit peu d'écho.

Après le déclenchement des hostilités à Lexington et Concord en avril 1775, des miliciens dirigés par Ethan Allen et Benedict Arnold s'emparent du fort Ticonderoga en mai 1775, sur le lac Champlain. En juin 1775, le Congrès autorise une expédition contre la province afin d'affaiblir le pouvoir britannique et d'empêcher que Québec serve de base contre les colonies insurgées. Le gouverneur Guy Carleton ne dispose alors que de faibles effectifs réguliers pour défendre un vaste territoire.

Campagne du Richelieu et occupation de Montréal

La principale armée d'invasion, placée d'abord sous le commandement de Philip Schuyler puis, en raison de la maladie de celui-ci, sous celui de Richard Montgomery, emprunte la voie traditionnelle du lac Champlain et de la rivière Richelieu.

  • Siège du fort Saint-Jean : à partir de septembre 1775, les Américains investissent le fort, principal verrou de la route vers Montréal. La garnison résiste pendant plusieurs semaines avant de capituler au début de novembre 1775.
  • Prise du fort Chambly : le fort se rend en octobre 1775, ce qui procure aux assiégeants des vivres et des munitions.
  • Tentative contre Montréal : en septembre 1775, Ethan Allen tente un coup de main contre Montréal ; il est battu et fait prisonnier.
  • Échec de Carleton : une tentative du gouverneur pour franchir le Saint-Laurent et secourir Saint-Jean est repoussée près de Longueuil à la fin d'octobre 1775.

Après la chute de Saint-Jean, Montréal, faiblement fortifiée, ne peut être défendue. Les troupes de Montgomery l'occupent en novembre 1775. Carleton parvient à quitter la ville par le fleuve et à gagner Québec, où il organise la défense de la capitale.

Expédition d'Arnold et attaque contre Québec

Parallèlement, Benedict Arnold conduit une seconde expédition partie de la Nouvelle-Angleterre en septembre 1775. Ses troupes remontent la rivière Kennebec, dans l'actuel Maine, franchissent les hauteurs des Appalaches et descendent la vallée de la Chaudière. Le trajet, plus long et plus difficile que prévu, cause de lourdes pertes par la faim, le froid et les désertions.

Arrivées sur la rive sud du Saint-Laurent en novembre 1775, les forces d'Arnold traversent le fleuve et se présentent devant Québec, mais elles sont trop peu nombreuses pour entreprendre un siège. Elles se replient en amont, où Montgomery les rejoint au début de décembre 1775 avec une partie de ses troupes.

L'assaut du 31 décembre 1775

Dans la nuit du 30 au 31 décembre 1775, à la faveur d'une tempête de neige, les Américains lancent un double assaut contre la basse-ville :

  • la colonne de Montgomery avance par Près-de-Ville, au pied du cap Diamant ; Montgomery y est tué dès les premiers tirs et ses troupes se retirent ;
  • la colonne d'Arnold attaque par le Sault-au-Matelot ; Arnold est blessé et ses hommes, désormais menés notamment par Daniel Morgan, sont encerclés et contraints de se rendre.

La garnison, formée de soldats britanniques, de marins et de miliciens canadiens et britanniques, repousse l'attaque. Les Américains perdent leur commandant en chef et plusieurs centaines d'hommes, en majorité faits prisonniers.

Siège de Québec et retraite de 1776

Malgré l'échec de l'assaut, les Américains maintiennent le blocus de Québec pendant l'hiver 1775-1776. Leur armée, affaiblie par la variole, le manque de vivres, l'expiration des engagements et la difficulté de payer les fournitures en monnaie sonnante, reçoit quelques renforts sans parvenir à menacer sérieusement la ville.

Au printemps 1776, le Congrès envoie à Montréal une commission formée notamment de Benjamin Franklin, de Samuel Chase et de Charles Carroll, accompagnée du prêtre John Carroll, afin de gagner l'appui de la population. L'imprimeur Fleury Mesplet arrive dans le sillage de cette mission. La commission ne parvient pas à rétablir la situation.

En mai 1776, l'arrivée de navires britanniques chargés de renforts devant Québec met fin au siège. Les Américains se replient en désordre vers l'amont du fleuve. Le 8 juin 1776, les forces américaines sont battues près de Trois-Rivières. L'armée continentale abandonne Montréal à la mi-juin 1776, puis évacue la vallée du Richelieu pour se retirer vers le lac Champlain. À l'automne 1776, la flottille d'Arnold est défaite à l'île Valcour, sur le lac Champlain, par les forces de Carleton.

Attitude de la population

L'invasion révèle des réactions contrastées dans la population de la province.

  • Élites et clergé : une partie de la noblesse canadienne et des seigneurs soutient les autorités britanniques. L'évêque de Québec, Jean-Olivier Briand, appelle les fidèles à la loyauté envers la Couronne et menace de sanctions religieuses ceux qui collaborent avec les envahisseurs.
  • Population rurale : une grande partie des habitants reste neutre et répond mal aux appels à la milice lancés par Carleton. Certains vendent des vivres ou rendent des services aux troupes américaines, surtout tant que celles-ci paient en espèces.
  • Partisans de la cause américaine : une minorité de Canadiens s'engage aux côtés des insurgés, notamment dans les régiments canadiens levés par James Livingston et Moses Hazen. Des marchands britanniques de Montréal sympathisent également avec la rébellion.

Les appels américains à rejoindre la cause révolutionnaire rencontrent ainsi peu d'écho durable. Après la retraite, une commission d'enquête formée de François Baby, de Gabriel-Elzéar Taschereau et de Jenkin Williams parcourt en 1776 les paroisses afin d'évaluer la conduite des habitants et de réorganiser la milice.

Conséquences

L'échec de l'invasion maintient la province de Québec dans l'Empire britannique, alors que les Treize Colonies proclament leur indépendance en juillet 1776. La province sert ensuite de base de départ à l'expédition britannique de John Burgoyne vers le sud, en 1777.

Sur le plan militaire, les autorités britanniques renforcent les défenses de la frontière méridionale. L'île aux Noix, sur la rivière Richelieu, devient un point stratégique fortifié destiné à barrer la route du lac Champlain ; le site accueillera plus tard le fort Lennox.

La fin de la guerre, en 1783, amène dans la province l'arrivée de loyalistes fuyant les nouveaux États-Unis, ce qui modifie la composition de la population et contribue aux réformes institutionnelles qui mènent à l'Acte constitutionnel de 1791. La vallée du Richelieu demeure par la suite une zone défensive majeure, de nouveau sollicitée durant la guerre de 1812.

Mémoire et patrimoine

Le souvenir de l'invasion s'inscrit dans le paysage de Québec et de la vallée du Richelieu. À Québec, des plaques commémorent les combats de Près-de-Ville et du Sault-au-Matelot. Le Siège de Québec en 1775 est désigné événement historique national par le gouvernement du Canada, et l'invasion est répertoriée dans le Répertoire du patrimoine culturel du Québec.

Les lieux historiques nationaux du Fort-Chambly et du Fort-Lennox présentent l'épisode dans le cadre de l'histoire militaire du Richelieu. L'historiographie québécoise s'est longtemps intéressée à la question de la loyauté ou de la neutralité des Canadiens, interprétées tantôt comme un attachement à la Couronne garanti par l'Acte de Québec, tantôt comme une prudence face aux deux belligérants. L'événement figure dans les programmes d'histoire du Québec consacrés à la période 1760-1791.

Sources

  1. Répertoire du patrimoine culturel du Québec, « Invasion américaine »
  2. Dictionnaire biographique du Canada, « Invasion américaine de 1775–1776 »
  3. Parcs Canada, « Événement historique national du Siège de Québec en 1775 »
  4. Parcs Canada, Lieu historique national du Fort-Lennox, « L'invasion américaine »
  5. Récitus Histoire, « L'invasion américaine et les Loyalistes »
  6. Cap-aux-Diamants, no 162, « Québec face aux Américains : l'invasion de 1775-1776 »
  7. La Presse, « Comment le Québec a été envahi »
  8. Encyclopédie de l'Histoire du Monde, « Invasion du Québec »
  9. Savoirs.Québec, registre éditorial

Recherche documentaire

Références recueillies lors de la recherche web du dossier, en complément des sources citées dans le texte.

  1. 1770
  2. Québec face aux Américains : l’invasion de 1775-1776. Number 162, Summer 2025 – Cap-aux-Diamants

Modèles ayant contribué : Recherche documentaire — Sonar Pro · Rédaction — Claude Opus 5 5 · Comité — OpenAI — GPT 6.1 Sol · Comité — Anthropic — Claude Sonnet 5 5 · Arbitrage — GPT 6.1 Sol

Mots-clés : invasion américaine, siège de québec, guerre d'indépendance américaine, richard montgomery, benedict arnold, guy carleton, vallée du richelieu, province de québec

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