Contexte
Après les rébellions de 1837-1838, l'Acte d'Union de 1840 réunit le Haut-Canada et le Bas-Canada en une seule province du Canada, dotée d'un parlement unique. La capitale est d'abord fixée à Kingston, puis transférée à Montréal, où le Parlement tient sa première séance le 28 novembre 1844.
Pour loger les chambres, les autorités réaménagent le marché Sainte-Anne, un édifice construit en 1832 pour servir de marché public, situé à l'emplacement de l'actuelle place D'Youville. Le bâtiment accueille l'Assemblée législative, le Conseil législatif et leurs bibliothèques.
La fin des années 1840 est marquée par l'arrivée au pouvoir, en 1848, du ministère réformiste dirigé par Louis-Hippolyte La Fontaine et Robert Baldwin, et par la mise en pratique du principe du gouvernement responsable, selon lequel le gouverneur agit sur l'avis des ministres appuyés par la majorité de l'Assemblée. Le gouverneur général James Bruce, comte d'Elgin, accepte ce principe. Ce contexte s'accompagne de vives tensions politiques et ethniques à Montréal, où une partie de la population anglophone et tory s'inquiète de l'influence des réformistes canadiens-français.
Loi d'indemnisation
Au cœur de la crise se trouve le projet de loi d'indemnisation des habitants du Bas-Canada ayant subi des pertes matérielles lors des rébellions de 1837-1838. Une mesure semblable avait déjà été adoptée pour le Haut-Canada ; le gouvernement La Fontaine-Baldwin entend étendre le principe au Bas-Canada.
Les opposants, regroupés notamment autour des tories, soutiennent que la loi risque de dédommager d'anciens rebelles. Ses partisans font valoir qu'elle répare des dommages causés en grande partie par la répression. Le débat dépasse la question financière : il porte sur la loyauté envers la Couronne, sur l'équilibre entre les deux anciennes provinces et sur la portée du gouvernement responsable.
Adopté par la majorité réformiste, le projet de loi est soumis au gouverneur général. Les opposants réclament qu'il le réserve à la sanction de Londres ou qu'il dissolve les chambres. En sanctionnant la loi le 25 avril 1849, lord Elgin confirme qu'il se conforme à la volonté de la majorité parlementaire, ce qui déclenche la colère des protestataires.
Émeute et incendie du 25 avril 1849
À sa sortie du Parlement après la sanction, le 25 avril 1849, lord Elgin est accueilli par une foule hostile qui lance des projectiles contre sa voiture. En soirée, une assemblée de protestation réunit des opposants à la loi au Champ-de-Mars. Les sources décrivent les participants comme des protestataires anglophones ou des sympathisants tories.
La foule se dirige ensuite vers le marché Sainte-Anne, où les députés siègent toujours. Les émeutiers envahissent l'édifice, brisent les vitres et le mobilier, puis mettent le feu au bâtiment. Les parlementaires doivent évacuer les lieux en hâte.
L'incendie se propage rapidement dans la structure. L'intervention des pompiers est entravée et le bâtiment est complètement détruit au cours de la nuit. Les désordres se poursuivent dans les jours suivants à Montréal, visant notamment des partisans du gouvernement réformiste, dont la résidence de Louis-Hippolyte La Fontaine.
Pertes
L'incendie détruit le siège parlementaire, les deux bibliothèques parlementaires et une grande quantité de documents et d'archives. Les pertes comprennent notamment :
- l'édifice du marché Sainte-Anne lui-même ;
- les bibliothèques de l'Assemblée législative et du Conseil législatif ;
- une grande quantité de documents parlementaires et d'archives.
Les estimations du nombre de volumes disparus varient selon les sources, de l'ordre de 22 000 à 25 000 livres. La reconstitution des collections parlementaires s'étend ensuite sur plusieurs années.
Quelques objets sont soustraits aux flammes.
Suites politiques
Au lendemain de l'incendie, le Parlement poursuit ses travaux dans des locaux de fortune : il siège temporairement au marché Bonsecours, puis dans un théâtre de la rue Notre-Dame.
Les événements portent un coup décisif au statut de capitale de Montréal. Le gouvernement abandonne la ville et adopte un système de capitale itinérante, les sessions se tenant en alternance à Toronto et à Québec. Ce régime dure jusqu'à l'installation du Parlement à Ottawa en 1866, choisie entre-temps comme capitale permanente.
Sur le plan constitutionnel, la sanction de la loi malgré l'opposition violente consacre la pratique du gouvernement responsable : le représentant de la Couronne s'en remet à l'avis des ministres soutenus par la majorité de l'Assemblée. L'agitation de 1849 se prolonge par ailleurs dans d'autres manifestations du mécontentement tory à Montréal au cours de la même année.
Vestiges et mémoire
Le site du marché Sainte-Anne correspond aujourd'hui à la place D'Youville, dans le Vieux-Montréal. Des fouilles archéologiques menées au XXIe siècle y ont mis au jour des vestiges du bâtiment et des objets liés à l'activité parlementaire et à l'incendie.
Le gouvernement du Canada a désigné le Parlement de la province du Canada (1841-1866) comme événement historique national, et Parcs Canada en présente l'histoire, dont l'épisode montréalais. L'Assemblée nationale du Québec rappelle également le Parlement de Montréal (1844-1849) dans son lexique patrimonial.
L'incendie occupe une place dans la mémoire collective montréalaise et dans l'histoire des institutions parlementaires. Il est évoqué par plusieurs institutions, dont la Ville de Montréal, le Service de sécurité incendie de Montréal et la Bibliothèque du Parlement, qui le présente comme un jalon de l'histoire de ses collections.

