Localisation
Le monument se dresse dans le parc du Mont-Royal, à Montréal, sur le versant est de la montagne, à proximité de l'avenue du Parc et dans l'axe de la rue Rachel. Cette implantation, à la jonction de la trame urbaine et des espaces boisés du parc, en fait un point de repère visible depuis l'avenue du Parc et l'un des principaux accès au mont Royal.
L'œuvre appartient à la Ville de Montréal et fait partie de sa collection d'art public. Elle est située à l'intérieur du site patrimonial du Mont-Royal, territoire protégé par le gouvernement du Québec en vertu de la Loi sur le patrimoine culturel. Le monument est ainsi intégré à un paysage aménagé dont la conception d'ensemble remonte à l'architecte paysagiste Frederick Law Olmsted, auteur du plan du parc inauguré en 1876.
L'esplanade qui entoure le monument, dégagée et bordée de pelouses, se prête aux rassemblements. Elle s'ouvre sur les terrains de l'avenue du Parc, que fréquentent les promeneurs, les sportifs et les visiteurs du mont Royal.
Genèse et réalisation
Le projet de monument naît au début des années 1910, à l'approche du centenaire de la naissance de George-Étienne Cartier, survenue le 6 septembre 1814. Un comité organise un concours en 1912, remporté par le sculpteur montréalais George William Hill (1862-1934), auteur de plusieurs monuments commémoratifs au Canada. La réalisation est placée sous la supervision des architectes Edward Maxwell et William Sutherland Maxwell, figures marquantes de l'architecture montréalaise de l'époque.
Le financement repose sur une souscription publique recueillie dans l'ensemble de l'Empire britannique ainsi qu'aux États-Unis, ce qui témoigne de la portée accordée à la mémoire de Cartier au-delà du seul Québec.
L'inauguration, d'abord prévue pour 1914 afin de coïncider avec le centenaire, est reportée en raison de la Première Guerre mondiale. Le chantier s'étend de 1911 à 1919, et le monument est finalement inauguré le 6 septembre 1919, date anniversaire de la naissance de Cartier.
Chronologie
| Année | Étape |
|---|---|
| 1919 | Inauguration le 6 septembre |
| 1914 | Inauguration initialement prévue, reportée en raison de la guerre |
| 1912 | Concours remporté par George William Hill |
| 1911 | Début du projet |
Description et programme iconographique
La composition monumentale comprend une terrasse, une colonne pyramidale en granit et 18 figures de bronze. Elle se lit comme un programme allégorique consacré à la fondation de la Confédération et au rôle qu'y a joué Cartier.
- La statue de Cartier : Cartier est représenté debout, en parlementaire, tenant un document sur lequel figure la devise « Avant tout, soyons Canadiens », formule qui lui est associée.
- Les groupes sculptés : disposés au pied de la figure principale, ils évoquent les quatre provinces fondatrices de la Confédération en 1867, soit l'Ontario, le Québec, la Nouvelle-Écosse et le Nouveau-Brunswick.
- La Renommée : une figure ailée couronne la colonne, symbolisant la gloire et la mémoire durable du personnage célébré.
- Les lions : quatre lions de bronze gardent les accès du monument. Selon l'interprétation proposée par les gestionnaires du mont Royal, ils expriment l'allégeance de Cartier à l'Empire britannique.
L'ensemble relève de la tradition de la statuaire commémorative de la fin du XIXe et du début du XXe siècle, qui associe un portrait réaliste du personnage honoré à des figures allégoriques chargées de traduire ses idéaux et son œuvre politique. Le caractère patriotique du monument est caractéristique des commandes publiques de cette période au Canada.
Le personnage commémoré
George-Étienne Cartier naît le 6 septembre 1814 à Saint-Antoine-sur-Richelieu, dans la vallée du Richelieu. Avocat formé à Montréal, il participe à la rébellion des Patriotes de 1837, notamment à la bataille de Saint-Denis, avant de s'engager dans la vie parlementaire du Canada-Uni.
Élu député en 1848, il devient l'une des principales figures politiques du Canada-Est. Il dirige avec John A. Macdonald le gouvernement Macdonald-Cartier et joue un rôle déterminant dans les négociations qui mènent à l'Acte de l'Amérique du Nord britannique de 1867. Il défend alors l'idée d'une fédération qui accorderait au Québec une législature provinciale tout en l'associant à un ensemble politique plus vaste. Après la Confédération, il occupe le poste de ministre de la Milice et de la Défense. Il meurt à Londres le 20 mai 1873.
La mémoire de Cartier demeure discutée. Si le monument célèbre l'artisan de la Confédération, la fiche patrimoniale du Mont-Royal invite à distinguer la représentation commémorative de l'interprétation historique, en soulignant le rôle controversé de la figure honorée. Sa maison du Vieux-Montréal est aujourd'hui un lieu historique national administré par Parcs Canada.
Lieu de rassemblement
Au-delà de sa fonction commémorative, l'esplanade du monument est devenue un lieu de sociabilité montréalais. Elle accueille, les dimanches de la belle saison, les « tam-tams » du Mont-Royal, rassemblement spontané de percussionnistes, de danseurs et de promeneurs devenu une tradition de la vie urbaine montréalaise depuis la fin du XXe siècle.
Cette appropriation populaire contraste avec la vocation solennelle d'origine de l'œuvre. Le monument sert ainsi à la fois de repère mémoriel associé à l'histoire constitutionnelle du Canada et de point de rencontre informel, ouvert à une population diverse.
Sa situation à l'entrée du parc en fait également un point de départ pour l'ascension de la montagne et un lieu de rendez-vous pour les activités récréatives et culturelles qui se déroulent sur le mont Royal. Cette double vocation, civique et festive, contribue à la place singulière qu'occupe le monument dans le paysage montréalais.
Statut patrimonial
Le monument fait partie de la collection d'art public de la Ville de Montréal, qui en est propriétaire et en assure la gestion. Il figure au Répertoire du patrimoine culturel du Québec, qui recense les biens, sites et éléments patrimoniaux reconnus sur le territoire québécois.
Sa localisation dans le site patrimonial du Mont-Royal lui confère une protection indirecte : toute intervention sur ce territoire est encadrée par la Loi sur le patrimoine culturel et par les orientations de conservation définies par le ministère de la Culture et des Communications. Ce site, d'abord constitué en arrondissement historique et naturel en 2005, protège les composantes naturelles, paysagères, architecturales et commémoratives de la montagne.
Le monument est aussi recensé par Anciens Combattants Canada dans son inventaire national des monuments commémoratifs, ce qui témoigne de son importance dans le patrimoine commémoratif canadien.
Autres monuments à Cartier au Québec
Le monument montréalais n'est pas le seul hommage sculpté rendu à Cartier au Québec.
- À Québec : une réplique de la statue de Cartier, également attribuée à George William Hill, se dresse au parc Montmorency, dans le Vieux-Québec, à proximité de l'emplacement où siégeait le Parlement du Canada-Uni. Elle fait partie de la collection d'art public de la Ville de Québec.
- À Saint-Antoine-sur-Richelieu : un monument-buste est inauguré en 1919 dans le village natal de Cartier, en Montérégie.
À ces œuvres s'ajoute la Maison de Sir-George-Étienne-Cartier, dans le Vieux-Montréal, désignée lieu historique national du Canada. Elle présente la vie de Cartier et de sa famille au XIXe siècle et complète, sous une forme muséale, la commémoration inscrite dans l'espace public par les monuments.