Description
Le monument se dresse sur la terrasse Dufferin, promenade aménagée au sommet de la falaise du cap Diamant, dans la haute-ville du Vieux-Québec. Il mesure 8,67 mètres de hauteur et associe le bronze, utilisé pour la statue et les éléments sculptés, au calcaire, qui forme le socle.
L'ensemble comprend deux parties principales :
- la statue de Champlain, représenté debout, qui domine la composition et se tourne vers la ville qu'il a fondée en 1608 ;
- un haut-relief placé sur le piédestal, qui met en scène plusieurs figures allégoriques, notamment la personnification de la ville de Québec, le génie de la Navigation et la Renommée.
Ce programme décoratif, typique de la statuaire commémorative de la fin du XIXe siècle, associe la figure historique à des allégories qui exaltent la fondation de la ville, l'exploration maritime et la gloire posthume du personnage. Le piédestal porte en outre des inscriptions qui retracent la carrière de Champlain.
Par sa position en surplomb du fleuve Saint-Laurent et sa proximité avec le Château Frontenac, le monument occupe un emplacement de premier plan dans le paysage du Vieux-Québec.
Genèse et inauguration
Le monument est l'œuvre de deux artistes français : le sculpteur Paul Chevré, auteur de la statue et des éléments sculptés, et l'architecte Paul-Alexandre Le Cardonnel, à qui est attribuée la conception du socle.
Son financement repose sur plusieurs contributions :
- des souscriptions recueillies auprès des citoyens de Québec ;
- la participation du gouvernement du Canada ;
- celle du gouvernement du Québec ;
- celle du gouvernement de l'Ontario, province dont Champlain avait parcouru une partie du territoire lors de ses explorations ;
- une contribution du conseil municipal de Québec.
Installé en 1898, le monument est inauguré le 21 septembre de la même année. Cette réalisation s'inscrit dans une période où se multiplient, au Québec comme ailleurs en Occident, les monuments publics consacrés aux grandes figures nationales. À Québec, la fin du XIXe siècle et le début du XXe siècle voient ainsi s'affirmer une politique de commémoration qui culminera avec les fêtes du tricentenaire de la fondation de la ville, en 1908.
Le choix de la terrasse Dufferin, aménagée quelques décennies plus tôt sur l'emplacement de l'ancien château Saint-Louis, résidence des gouverneurs de la Nouvelle-France, renforce la portée symbolique du monument en l'associant à un lieu chargé de l'histoire coloniale.
Iconographie et question du portrait
Aucun portrait authentique de Samuel de Champlain réalisé de son vivant n'est connu. Le visage donné à la statue ne repose donc pas sur une représentation fidèle du personnage.
Selon la Ville de Québec, le sculpteur s'est inspiré d'une gravure alors considérée comme le portrait de Champlain. Des recherches ultérieures ont montré que cette image représentait en réalité un autre personnage du XVIIe siècle, Michel Particelli d'Émery, administrateur des finances du royaume de France. Ce portrait, largement diffusé au XIXe siècle, a ainsi fixé pour longtemps une image du fondateur de Québec qui ne correspond pas à ses traits réels.
Cette méprise ne retire rien à la valeur commémorative du monument, mais elle rappelle que l'image de Champlain transmise par la statuaire publique relève de la construction mémorielle plutôt que du témoignage historique. L'allure du personnage, son costume et son attitude traduisent l'idéal héroïque que la fin du XIXe siècle associait au fondateur, explorateur et administrateur de la colonie.
Les figures allégoriques du haut-relief, en particulier la Renommée et le génie de la Navigation, participent du même registre : elles inscrivent Champlain dans une lecture glorieuse des origines de la Nouvelle-France.
Inscriptions et mémoire collective
Les inscriptions gravées sur le monument présentent les principales étapes de la carrière de Champlain : la fondation de Québec en 1608, ses explorations et les fonctions qu'il a exercées en Nouvelle-France. Elles constituent un témoignage de la mémoire publique de Champlain telle qu'elle s'exprimait à la fin du XIXe siècle et doivent être lues comme une source sur cette mémoire plutôt que comme une biographie.
Le monument participe à la consécration de Champlain comme « père » de la Nouvelle-France et figure fondatrice de la collectivité canadienne-française. Cette lecture, dominante à l'époque de son érection, a été nuancée par l'historiographie ultérieure, qui a notamment mis en évidence le rôle des alliances conclues par Champlain avec les nations autochtones, dont les Wendats, les Innus et les Algonquins, sans lesquelles l'implantation française dans la vallée du Saint-Laurent n'aurait pas été possible.
Le monument demeure un point de repère des grandes commémorations liées à la fondation de Québec, dont celles du tricentenaire en 1908 et du 400e anniversaire en 2008. Anciens Combattants Canada le recense parmi les monuments commémoratifs du pays.
Statut patrimonial
Le monument est situé dans le site patrimonial du Vieux-Québec, déclaré par le gouvernement du Québec en 1963 sous le régime de protection alors en vigueur pour les arrondissements historiques. Le Répertoire du patrimoine culturel du Québec le recense comme sculpture à l'intérieur de ce site.
Ce statut encadre toute intervention susceptible de modifier l'aspect du secteur, en vertu de la Loi sur le patrimoine culturel du Québec, qui a remplacé en 2012 la Loi sur les biens culturels. Le monument fait également partie de la collection d'art public de la Ville de Québec.
Le Vieux-Québec, dont la terrasse Dufferin est l'un des espaces publics les plus fréquentés, est par ailleurs inscrit depuis 1985 sur la Liste du patrimoine mondial de l'UNESCO sous le nom d'« Arrondissement historique du Québec ». Le monument à Samuel de Champlain s'inscrit ainsi dans un ensemble urbain reconnu aux échelles provinciale et internationale.
Place dans le paysage commémoratif de Québec
Le monument à Samuel de Champlain appartient à un ensemble de monuments érigés à Québec entre le XIXe siècle et le début du XXe siècle pour célébrer les figures marquantes de l'histoire de la Nouvelle-France et du Canada. Il voisine notamment, dans la haute-ville, avec le monument à Wolfe et Montcalm, dans le jardin des Gouverneurs, et avec le monument à Mgr de Laval, inauguré en 1908.
La mémoire de Champlain s'exprime aussi à Québec par d'autres lieux, dont le site patrimonial de l'Habitation-Samuel-De Champlain, qui correspond à l'emplacement de l'établissement fondé en 1608 dans la basse-ville. Ailleurs au Québec et au Canada, de nombreux toponymes et ouvrages portent son nom, comme le pont Samuel-De Champlain à Montréal.
Par son ancienneté, son emplacement et son ampleur, le monument de la terrasse Dufferin demeure la représentation commémorative de Champlain la plus connue à Québec.