Contexte historique
Le monument commémore la bataille de Sainte-Foy, livrée le 28 avril 1760 à l'ouest de la ville de Québec, quelques mois après la bataille des plaines d'Abraham (13 septembre 1759) et la capitulation de la ville. Au printemps 1760, l'armée française commandée par François de Lévis, renforcée de miliciens canadiens et d'alliés autochtones, tente de reprendre Québec, alors tenue par une garnison britannique placée sous les ordres de James Murray.
Murray sort de la ville pour affronter les troupes de Lévis sur les hauteurs de Sainte-Foy. Les combats, particulièrement acharnés aux abords du moulin Dumont, se soldent par une victoire française et la retraite des Britanniques derrière les fortifications. Lévis entreprend alors le siège de Québec, mais l'arrivée de navires britanniques sur le Saint-Laurent, au mois de mai, l'oblige à lever le siège et à se replier vers Montréal. La capitulation de Montréal, en septembre 1760, met fin à la présence militaire française dans la vallée du Saint-Laurent.
La bataille de Sainte-Foy est ainsi souvent présentée comme la dernière victoire des armes françaises en Nouvelle-France. Les pertes y sont lourdes dans les deux camps, et de nombreux soldats sont inhumés sur les lieux mêmes des combats ou à proximité.
Genèse et construction
Le projet naît au milieu du XIXe siècle, dans un contexte de redécouverte de l'histoire de la Nouvelle-France par les élites canadiennes-françaises. Des ossements de soldats morts au cours de la bataille de Sainte-Foy, mis au jour sur le site des combats, suscitent l'intérêt du public et de la Société Saint-Jean-Baptiste de Québec, qui entreprend de leur offrir une sépulture digne et un lieu de mémoire.
En 1855, la Société Saint-Jean-Baptiste de Québec met sur pied un comité chargé de faire ériger le monument. La première pierre est posée le 18 juillet 1855. Les travaux s'étendent sur plusieurs années, en raison notamment des difficultés de financement propres aux souscriptions publiques de l'époque.
La conception de l'ouvrage est attribuée à l'architecte Charles Baillairgé, figure marquante de l'architecture et du génie civil à Québec au XIXe siècle. La statue qui couronne la colonne, représentant Bellone, déesse romaine de la guerre, est un don du prince Jérôme Napoléon, cousin de l'empereur Napoléon III, qui a séjourné au Canada au début des années 1860.
Le monument est inauguré le 19 octobre 1863. Les ossements recueillis sont déposés dans un coffret placé à l'intérieur de l'ouvrage, qui tient ainsi à la fois du monument commémoratif et du lieu de sépulture.
Description
Le Monument des Braves se compose de trois éléments principaux :
- un piédestal de pierre, qui porte les inscriptions commémoratives et abrite le coffret renfermant les restes des combattants ;
- une colonne de fonte, élément vertical dominant de l'ensemble ;
- une statue de Bellone, placée au sommet de la colonne.
Le choix de Bellone inscrit l'œuvre dans la tradition néoclassique de la statuaire commémorative du XIXe siècle, qui recourt volontiers aux figures allégoriques de l'Antiquité pour évoquer la guerre, la victoire ou le sacrifice. L'usage de la fonte, matériau alors associé à l'essor industriel, reflète les techniques de construction de l'époque.
Le monument se dresse dans le parc des Braves, espace vert de la ville de Québec bordant le chemin Sainte-Foy, dans un secteur associé aux combats du 28 avril 1760. Il en constitue l'élément central et lui a donné son nom, de même qu'à l'avenue des Braves voisine.
L'ouvrage rend hommage aux soldats des deux armées. Cette dimension double, qui associe vainqueurs et vaincus dans un même hommage, rappelle celle du monument à Wolfe et Montcalm érigé plus tôt dans le jardin des Gouverneurs, à Québec.
Propriété et conservation
Érigé par la Société Saint-Jean-Baptiste de Québec, le monument passe en 1908 sous la responsabilité de la Commission des champs de bataille nationaux, organisme fédéral créé la même année, à l'occasion du tricentenaire de la fondation de Québec, afin d'aménager et de conserver les sites des batailles de 1759 et 1760. La Commission gère également le parc des Champs-de-Bataille, communément appelé plaines d'Abraham.
Le monument figure dans le répertoire des œuvres d'art public de la Ville de Québec, ainsi que dans l'inventaire des monuments commémoratifs d'Anciens Combattants Canada, qui recense les lieux de mémoire militaire au pays.
Comme de nombreux ouvrages en fonte et en pierre exposés au climat québécois, le monument requiert des interventions périodiques d'entretien et de restauration. La presse a rapporté un démontage temporaire de l'ouvrage dans le cadre de tels travaux, sans remise en cause de sa présence dans le parc.
Signification mémorielle
Le Monument des Braves occupe une place particulière dans l'histoire de la commémoration au Québec. Au milieu du XIXe siècle, l'élite canadienne-française, marquée notamment par la publication de l'Histoire du Canada de François-Xavier Garneau, cherche à valoriser le passé de la Nouvelle-France et la bravoure de ses défenseurs. La bataille de Sainte-Foy, victoire remportée après la défaite des plaines d'Abraham, se prête à cette relecture du passé.
L'initiative de la Société Saint-Jean-Baptiste de Québec, association patriotique canadienne-française, témoigne de ce mouvement. Le don d'une statue par un membre de la famille impériale française illustre en outre le rapprochement symbolique entre la France du Second Empire et les Canadiens français, quelques années après la visite à Québec de la corvette La Capricieuse, en 1855.
Le caractère bilatéral de l'hommage permet toutefois au monument de s'inscrire dans le cadre politique de la colonie britannique : en honorant les morts des deux armées, il célèbre le courage des combattants plutôt que la victoire d'un camp sur l'autre. Les historiens y voient l'un des jalons de la construction d'une mémoire collective canadienne-française fondée sur le souvenir de la Conquête.
Monuments homonymes
L'appellation « Monument des Braves », ou « Monument aux Braves », désigne plusieurs ouvrages au Québec, distincts de celui de Québec.
Terrebonne
À Terrebonne, un Monument des Braves est inauguré le 24 juin 1922. Il commémore d'abord les Terrebonniens ayant participé à la Première Guerre mondiale. Déplacé en 1960, il est complété par des plaques rappelant la participation des citoyens de la ville à la Seconde Guerre mondiale et à la guerre de Corée. Il est inscrit au Répertoire du patrimoine culturel du Québec.
Autres monuments
D'autres municipalités québécoises, dont Shawinigan, possèdent des monuments aux braves dédiés aux soldats de leur collectivité. Ces ouvrages relèvent pour la plupart de la vague commémorative qui a suivi les deux guerres mondiales et n'ont pas de lien avec la bataille de Sainte-Foy.